<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736</id><updated>2012-01-30T08:38:46.550-05:00</updated><category term='nouvelle'/><category term='roman policier'/><category term='essai'/><category term='récit'/><category term='revue littéraire'/><category term='roman'/><category term='Nouvelles'/><category term='récit poétique'/><category term='Récits'/><category term='novella'/><title type='text'>Ma page littéraire Dominique Blondeau</title><subtitle type='html'>&lt;br&gt;Critique de livres, romans, nouvelles, récits.&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;i&gt;Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture.&lt;/i&gt;  Jean Cocteau</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><link rel='next' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default?start-index=101&amp;max-results=100'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>136</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1867558802616474356</id><published>2012-01-30T08:38:00.000-05:00</published><updated>2012-01-30T08:38:46.559-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='novella'/><title type='text'>D'étranges personnes, rue Maille *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-NxrciijYeOI/TyadUB5DoWI/AAAAAAAAAq8/EcMyN1QkizE/s1600/JLI2814368.1323734234.320x320.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-NxrciijYeOI/TyadUB5DoWI/AAAAAAAAAq8/EcMyN1QkizE/s200/JLI2814368.1323734234.320x320.jpg" width="133" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;L'hiver s'écoule entre neige et pluie. Période monotone pendant laquelle on observe les trépidations d'un monde chambardé par des gens révoltés, indignés, qui ne veulent plus être considérés comme des esclaves. De profonds changements s'opéreront en cette année transitoire, le vent change de direction, le soleil plombe ses rayons. L'axe de la Terre penche enfin du côté des laissés-pour-compte. Mais que de révolutions restent à faire ! On parle du dernier-né d'Andrée Laurier, &lt;i&gt;Avant les sables.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aborder un livre de cette écrivaine signifie se laisser emporter dans un univers où hommes et femmes ne se contentent pas de faits ordinaires. Quand Myriam B. Gers se promène dans son quartier, qu'elle ressent un malaise et que deux bras la soutiennent, l'accompagnent chez elle, nous ne doutons pas qu'un trio exceptionnel nous subjuguera. Myriam est très belle, de cette beauté éthérée qui impressionne et fait fuir les hommes. Blonde aux yeux pers, elle se consume de mélancolie, contrastant avec la vivacité d'Alba, « plutôt Anglaise », de Yacek, genre slave. Alba suit des cours de français, Yacek étudie à l'université. Recluse dans son appartement, rue Maille, Myriam se réfugie dans un rêve intemporel qui la fait vaciller entre vie et mort. Échappatoire qui la plonge dans le déni, d'où la nécessité d'écrire dans un Journal ses insuffisances, ses déceptions affectives. Alba trouvera une place privilégiée au cœur de son questionnement : pourquoi ses visites du mardi, ses motifs de la tenir, elle, Myriam, loin de plaisirs illicites, telle la drogue, la dérive dans des songes stériles ? Le sommeil n'est-il pas propice à anéantir tout élan vital ? Alba s'ingéniera à lui démontrer que la vie s'avère un rêve éveillé que, coûte que coûte, nous devons apprivoiser sans trop nous blesser, nous heurter aux encoignures de portes claquées... Myriam représenterait-elle un miroir reflétant d'infimes désirs inaccomplis ou assoupis parce qu'indéfinis dans une existence enclose ? S'insinuent des hésitations, des égards qu'incite une certaine distance envers l'être que le désir convoque. À ce stade des prévenances, Myriam reprend goût à la vie, la présence rayonnante d'Alba, l'énergie amoureuse de Yacek, lui inspirant un éveil des sens, une tendresse spontanée pour cette femme et cet homme qui, sans trop le savoir, occupent son espace intérieur. Appartement et accessoires. Rue Maille. Une sourde jalousie, que la beauté de Myriam suscite, instaure des balises charnelles entre Alba et Yacek, lui, trop possessif, elle, trop méfiante. Ne faut-il pas traverser de singuliers déserts imaginaires, avant de parvenir à une plénitude que les paroles, les rires, sensibilisent ? Si Myriam se rend compte du mouvement ralenti alentour, tels l'inertie accablante de la chaleur du mois d'août, sa perte dans le monde, des aveux balbutiés alors qu'Alba dort, elle s'étonne de la constance avec laquelle ces deux êtres forgent leurs journées, leurs nuits. Restant auprès d'elle, ils s'affranchissent des soubresauts discontinus qui l'opposent encore à la simplicité des péripéties quotidiennes. Alba a obtenu un poste important dans un bureau de tourisme, Yacek a terminé avec succès la session universitaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les saisons inscrivant leur unité dans les démarches coutumières des protagonistes, novembre déploie spontanément&amp;nbsp; le Journal de Myriam. Nous la percevons dans un décor suranné, parmi des objets démodés. 1920. Époque qui la cerne, d'où elle essaie de se dépêtrer, désirant se frotter au monde moderne où butinent ses deux compagnons. Vie mondaine de la jeune femme. Observations assidues de l'étudiant. Solitude que réprouve maintenant Myriam. Une année les a fait muer. Les corps sont fatigués de la dissipation des gestes, des paroles, des rires. Des beaux visages. Tous trois s'enferment dans l'appartement où la volupté altère les points de repères. Si l'espace existe, le temps se disloque, les lieux se banalisent. N'importe. L'exacerbation des sens, le mélange des sexes, la saveur des liquides, leur rapt affamé, « musique de l'affolement » de Myriam, vaincront ses infirmités réticentes. Des horizons de sable s'ouvrent à elle, alors que le cocon de son appartement se replie sur l'attente d'Alba et de Yacek qui « avaient hâte d'en savoir plus. » &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Manière simpliste de tourner en rond autour de l'envoûtant récit d'Andrée Laurier. On aimerait énumérer les phrases poétiques qui le composent mais ce serait le dénaturer, tant il propose au lecteur une vision personnelle d'une écrivaine pourvue d'un univers atypique, d'une acuité presque douloureuse, d'une plume exacerbée par une sensibilité hors du commun. Avec grâce, sans jamais dévier d'un jouissif plaisir d'écrire, Andrée Laurier se promène dans des jardins aux parfums sulfureux, capiteux. Sans y être invité, le lecteur la suit dans des dédales particuliers où écrire signifie l'abandon à des possibilités interchangeables entre des êtres épris de l'amour de mondes arides, salvateurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Avant les sables, &lt;/i&gt;Andrée Laurier&lt;br /&gt;Lévesque éditeur, Montréal, 2011, 123 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1867558802616474356?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1867558802616474356/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2012/01/detranges-personnes-rue-maille-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1867558802616474356'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1867558802616474356'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2012/01/detranges-personnes-rue-maille-12.html' title='D&apos;étranges personnes, rue Maille *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-NxrciijYeOI/TyadUB5DoWI/AAAAAAAAAq8/EcMyN1QkizE/s72-c/JLI2814368.1323734234.320x320.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7630386803450851556</id><published>2012-01-16T09:28:00.001-05:00</published><updated>2012-01-16T09:29:32.617-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit'/><title type='text'>« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-uZIOASoVb5g/TxQz69EMZ0I/AAAAAAAAAq0/xRLh6-qnYxs/s1600/wigrum.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-uZIOASoVb5g/TxQz69EMZ0I/AAAAAAAAAq0/xRLh6-qnYxs/s200/wigrum.jpg" width="133" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Une question nous est régulièrement posée. Pourquoi toujours parler de livres qui nous plaisent et rarement de ceux qui nous déplaisent ? Question saugrenue à laquelle on répond, agacée, qu'on n'a pas de temps à perdre. On travaille comme réviseure, on évalue des manuscrits, on lit pour alimenter notre blogue. Et puis, raison ultime, étant soi-même écrivaine, on est très mal placée pour critiquer méchamment ses pairs. Ceci mis au point, on parle du livre de Daniel Canty, &lt;i&gt;Wigrum.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela commence à l'automne 1944. La guerre sévit en Europe ; en Angleterre d'intenses bombardements font rage sur Londres. Rien de bien nouveau avant que Sebastian Wigrum entre en scène, au moment où il s'enfuit de son appartement londonien vers des ciels plus paisibles. Où se réfugie-t-il ? Nous ne savons trop, seuls des indices nous mettent sur plusieurs pistes, des objets en particulier, un visage de femme répondant au doux nom de Clara. Hantise d'un amour déçu ? Un dénommé Joseph Stepniac nous assure que Sebastian Wigrum est un « collectionneur ordinaire », qu'il est né en 1899. S'ensuit une étrange et courte biographie sur l'homme qui nous intéresse. Nous avons souvent l'impression que Wigrum franchit des miroirs démultipliés, qu'il apparaît à des époques différentes, abandonnant ici et là des objets préservés par un homme aujourd'hui décédé, nous léguant une succession d'artefacts, listés en trois catégories :&lt;i&gt; Collection du miroir, Collection de Prague, Extraits de patience. &lt;/i&gt;Classés par ordre alphabétique, les objets et leurs explications laissent supposer que Sebastian Wigrum n'était pas un homme simple, mais entravé par des vérités imparfaites et par leurs contraires. On cite quelques-unes des choses ordinaires, elles aussi, auxquelles il tenait, nous emportant loin du monde des arts et de leurs merveilles. Des allumettes, un piment, une pierre, une carte à jouer, un ongle d'oie, une bulle d'eau, un burin, des clefs, un bonbon mexicain, un index de caoutchouc, une feuille d'automne, une loupe, des pilosités, un poil blanc de yéti, un écrou, un pavé, une savonnette, une toupie, une fourchette... Il serait superflu d'énumérer tous les accessoires qui, par leurs commentaires parfois douteux ou oniriques, nous détournent d'une réalité logique et concrète. La légende réservée au poil de yéti, par exemple, nous a fait basculer dans plusieurs minutes irrationnelles, comme si nous entrions dans le monde farfelu d'un peintre qui aurait tout vu, d'un écrivain qui aurait tout lu : soit dans une espèce de négatif où les lettres et l'image seraient perçues à travers une loupe déformante. Par contre, plusieurs objets nous permettent de croiser des personnages illustres, à qui ces colifichets auraient appartenus. Salvador Dali — bienvenu dans ce monde de « retrousse-poils » —, William Faulkner, Arthur Rimbaud, Robert Louis Stevenson, Ernest Hemingway, Josephine Baker. Des noms inconnus intervenant, nous nous demandons à quoi tient leur véracité : à une heure de gloire ou à l'imagination jubilatoire de l'auteur ? Il est d'ailleurs impossible à Daniel Canty de prouver quoi que ce soit des faits stipulés, leur fin s'abîmant dans une habile combinaison d'événements substantiels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'humour résonne à chaque page, rebutés ou subjugués que nous sommes par l'invraisemblance de propos anodins ou, inversement, évoqués par des témoins, tels Joseph Stepniac et Sebastian Wigrum. Ces deux-là n'échangent-ils pas une courte correspondance, où l'ombre magique de Georges Perec engage le lecteur dans une illusoire présence de l'auteur, Daniel Canty, se fourvoyant dans des interprétations volubiles ? Le lecteur a pris grand plaisir à se délecter de ce livre burlesque, cabinet de curiosités qu'il ouvre sur des collections privées, désencombrées d'appellations où toutes formes d'art côtoient des sciences plus formelles. Ce livre, se suffisant à lui-même, il était fastidieux de le ranger parmi les romans, ce qu'il n'est pas, mais témoigne plutôt d'une démarche littéraire hors du temps et de l'espace, essaimée d'objets singuliers comblant la curiosité d'un lecteur avide d'originalité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On souligne le travail d'édition magistral, les illustrations signées Estela Lopez Solis, ainsi que les traductions en plusieurs langues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Wigrum&lt;/i&gt;, Daniel Canty&lt;br /&gt;Éditions La Peuplade, Chicoutimi, 2011, 205 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7630386803450851556?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7630386803450851556/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2012/01/objets-inanimes-avez-vous-donc-une-ame.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7630386803450851556'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7630386803450851556'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2012/01/objets-inanimes-avez-vous-donc-une-ame.html' title='« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-uZIOASoVb5g/TxQz69EMZ0I/AAAAAAAAAq0/xRLh6-qnYxs/s72-c/wigrum.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3471941795799474478</id><published>2012-01-04T08:30:00.000-05:00</published><updated>2012-01-04T08:30:18.291-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Trois filles, un gars ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-EA1q7o8agOE/TwRUVZiAd9I/AAAAAAAAAqs/Z0UHNtiC5lM/s1600/9782895022978.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/-EA1q7o8agOE/TwRUVZiAd9I/AAAAAAAAAqs/Z0UHNtiC5lM/s200/9782895022978.jpg" width="132" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Aux hommes et aux femmes qui nous lisent, on offre nos vœux de bonne et heureuse année 2012. À ceux et celles qui secouent une torpeur existentielle, filtrent des gouttes d'eau de l'immense océan où bouillonnent les injustices commises envers les êtres vivants, qu'ils soient d'espèces humaine ou animale, on redit notre admiration. Tel un prélude à un monde meilleur, on ne cesse de dénoncer la désespérance qui mine notre société moderne. On ouvre ce mois de janvier avec le roman de l'écrivaine afro-canadienne Dionne Brand, &lt;i&gt;Les désirs de la ville.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;Ils sont jeunes et beaux. Ils ont entre vingt-trois et vingt-cinq ans. Ils partagent tout, vêtements et nourriture, dissimulent sous un air placide, leur histoire familiale. Issus de parents immigrants, ils refusent de vivre dans les méandres d'un continent qu'ils ne connaissent pas. Nés à Toronto, ils s'insèrent farouchement dans la ville, contrairement à leurs pères et mères qui, fermant la porte à toute intrusion étrangère, se replient dans des souvenirs des années quatre-vingt. Ils sont quatre à débouler dans les quartiers colorés de Toronto, partagés qu'ils sont entre leurs occupations et leur famille. Tuyen, Carla, Jackie, Oku. Tuyen, d'origine vietnamienne, artiste d'avant-garde, se terre dans un taudis assez grand pour y installer ses performances. Lesbienne affirmée, elle est amoureuse de Carla, sa voisine de palier. Ses parents, ses deux sœurs aînées, son frère Binh, ne comprennent pas pourquoi elle les a quittés. Un drame consume sa mère et son père : vingt ans plus tôt, sur le bateau qui les amenait à Hong-Kong, leur premier fils, Quy, leur a échappé. Le fantôme de l'enfant les hante, personnifié par la voix assourdie de Quy, entrecoupant les chapitres. Carla, de père noir et de mère blanche, sillonne la ville en vélo, elle est messagère. Elle habite l'appartement adjacent à celui de Tuyen ; les souris se promènent dans le plafond ou sur le plancher. Elle protège son frère Jamal qui, commettant des larcins de plus en plus graves, se retrouve régulièrement en prison. Elle hait son père, qui a poussé sa mère à se suicider quand elle était petite fille. Elle et Jamal ont été recueillis par Nadine, l'épouse de son père. Jackie, native de Halifax, Nouvelle-Écosse, tient une friperie, a un amant allemand. Ses parents, Noirs eux aussi, ne sont pas sans rappeler les héros de F. Scott Fitzgerald. Pendant quinze ans, ils ont mené grande vie, fréquentant les lieux branchés de l'époque, jusqu'à épuisement financier et perte de leur jeunesse. En continuant à vivre dans leur quartier misérable, Jackie « démontrait sa loyauté envers sa mère et son père », bien que sa décision ne fût pas simple. Oku est noir. Ses parents sont Jamaïcains. Il est poète, vit dans le sous-sol de leur maison. Pour des raisons particulières à ses vingt-cinq ans, il a déserté l'université où il préparait une maîtrise en littérature. Oku rôde du côté de chez Jackie de qui il est épris, déconfit qu'elle ait choisi un amant blanc. Gravite autour de ces acteurs hétéroclites un groupe de graffiteurs, qui tracent des tags sur les murs, essayant de lutter « contre la poésie moribonde de la ville anglicisée. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'action se déroule au printemps et le temps passant, la ville devient elle-même personnage. Ses désirs s'amalgament à ceux qui s'ancrent aux quatre jeunes, prisonniers de leur existence jalonnant celle de leurs parents. Si le climat familial les étouffe, tel un aimant, le cocon parental les attire. Tuyen, en conflit avec son frère Binh, qui fera l'impossible pour retrouver Quy, ne peut s'empêcher de ressentir à son égard une certaine admiration. Carla, persuadée que son père doit prendre en main Jamal, culpabilise sur son état d'adolescent attardé, y percevant le manque affectif d'Angie, leur mère aveuglée par les promesses mensongères de leur père. Jackie, propriétaire de son magasin de vêtements, nargue Oku en s'affichant avec Reiner, son amant allemand. Déchirés par un passé occulte, ils oscillent entre une tendresse désuète, le mépris de ce qui n'est pas le présent. D'ailleurs, la ville, constamment, les sollicite à partager ses désirs immédiats ; les leurs se manifestent dans des quartiers populaires, celui prospère où résident les parents de Tuyen, quartier aseptisé qu'elle rejette, inadéquat à ses aspirations artistiques. La ville s'avère polyphonique, les pièces musicales d'Ornette Coleman, celles de Coltran, Dexter Gordon, Charlie Rouse, mentionnées de page en page, scandent le récit, entraînent le lecteur non dans un courant joyeux mais à la poursuite d'un phénomène inaccessible convoité par Tuyen, Carla, Jackie et Oku. La Coupe du Monde entre la Corée et l'Italie, se jouant au Japon, exaltant tableau pluvieux, déclenchera à travers les photos prises par Tuyen, un processus irréversible, remettant en cause les valeurs qui ne cessent de les épuiser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman psychologique s'il en est. À tour de rôle, les parents du continent de jadis, les enfants du temps présent, sont disséqués par la plume poétique, incisive de Dionne Brand. Mille détails géographiques décryptant la ville font de ses pierres, de son acier, de ses terrains, une entité complémentaire dérangeant les intentions parfois oniriques des protagonistes, détails dépeints minutieusement par l'écrivaine. Infortunés parce qu' immatures, Tuyen et son frère Binh provoqueront sans le vouloir une tragique erreur de stratégie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman admirable aux relents surréalistes. Comment sauvegarder des êtres étourdis par l'incertitude de leurs projets, comment les guider sur des chemins parsemés d'incompréhension et de violence ? Tuyen, Carla, Jackie et Oku ne témoignent-ils pas d'une société migrante dont les désirs aboutissent sur une idéalisation forcenée du moment qu'ils vivent ? Instant fatidique certes qui, telle la fin du roman, nous somme de revenir au point de départ de ce que nous étions, de rompre le charme trompeur de ce que nous aurions voulu être. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On note que Dionne Brand a reçu, en 2005, le Toronto Book Award pour cette œuvre. On mentionne aussi l'excellence de la traduction signée Nicole Côté et Anton Iorga.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les désirs de la ville,&lt;/i&gt; Dionne Brand&lt;br /&gt;traduit de l'anglais (Canada) par Nicole Côté et Anton Iorga&lt;br /&gt;Éditions L'Instant même, Québec, 2011, 298 pages.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3471941795799474478?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3471941795799474478/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2012/01/trois-filles-un-gars.html#comment-form' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3471941795799474478'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3471941795799474478'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2012/01/trois-filles-un-gars.html' title='Trois filles, un gars ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-EA1q7o8agOE/TwRUVZiAd9I/AAAAAAAAAqs/Z0UHNtiC5lM/s72-c/9782895022978.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-2144700214164828532</id><published>2011-12-19T09:14:00.002-05:00</published><updated>2011-12-19T09:19:53.475-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Signes noirs et blancs du passé ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-0URa82RGFro/Tu9GvyuSvJI/AAAAAAAAAqg/Bh-6pMgzS1Y/s1600/1210573-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-0URa82RGFro/Tu9GvyuSvJI/AAAAAAAAAqg/Bh-6pMgzS1Y/s200/1210573-gf.jpg" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Depuis que Facebook gère notre vie sociale, qu'exprime le vocable "ami " ? Pris au pied de la lettre, il témoigne d'un échange affectif avec une ou plusieurs personnes qui nous ressemblent un tant soit peu. Que représentent mille ou deux mille amis virtuels ? N'importe si cette amitié-artefact atténue la solitude de celui ou celle assis devant son écran, attendant un peu de réconfort. On clôt l'année 2011 avec le troisième roman de Dominique Fortier,&lt;i&gt; La porte du ciel.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes à quelques mois de la guerre civile, dite de Sécession par les Européens. Guerre fratricide entre les États du Nord d'Amérique et ceux du Sud pour tenter d'abolir la ségrégation des Noirs. L'histoire est racontée par le Roi Coton, symbole de la richesse des Blancs en Louisiane. Et de leur pouvoir impitoyable sur les Noirs. Cette même année, le docteur McCoy achète distraitement une fillette noire dont personne ne veut. Sa mère et ses frères ont été vendus dans une autre plantation, en Alabama. L'enfant, dénommée Ève, deviendra la compagne de jeu de sa fille Eleanor, toutes les deux ont huit ans. L'une se tiendra dans la lumière des artifices de la vie, l'autre avancera dans l'ombre de ses souvenirs, exécutant « une courte série de tâches simples mais fastidieuses [...] » dans la famille McCoy. De nombreux indices mentionnés par l'auteure rappellent sans cesse que les deux fillettes, aussi liées soient-elles, ne fréquenteront jamais le même milieu, ni surtout le même monde. À mesure qu'elles grandissent, la guerre s'amplifie, les jeunes hommes des plantations s'engagent dans un conflit sanguinaire dont les États-Unis se remettront mal... Sur ce drame tissé en toile de fond, Dominique Fortier, en parallèle avec l'histoire d'Eleanor et d'Ève, s'insinue dans l'existence misérable de June, esclave noire, et de ses enfants. June s'interroge sur l'avenir de sa fille restée en Louisiane. De l'intervention subtile de cette femme, surgissent plusieurs de ses compagnes qui, avec leurs hardes, confectionnent des courtepointes servant de messages secrets aux hommes noirs et blancs qui rejoignaient l'armée du Nord. D'ailleurs, magnifique intermède, l'auteure décrit quelques-unes de ces pièces, démontrant ainsi le courage de femmes utilisant ce procédé discret pour aider des êtres qui, unis par un utopique idéal, mouraient sur un champ de bataille illusoire, aucun traité n'ayant été signé mettant fin à cette guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À dix-huit ans, Eleanor sera mariée à Michael, l'un des fils de la plantation prospère Arlington. La mère, veuve,&amp;nbsp; souveraine intransigeante de ce domaine, signifiera à sa belle-fille qu'elle appartient à la Grande Maison et non l'inverse. Ève, autorisée à suivre sa maîtresse, s'initiera aux travaux journaliers, comptant parmi les servantes. Cependant, privilège dû à l'enfance fractionnée avec Eleanor, elle restera la compagne et confidente de celle-ci. Nous nous demandons quelle est la part la plus importante de ce roman entrecoupé de péripéties plurielles ou intimes. Sans les commentaires du narrateur, Roi Coton, l'histoire se disperserait, entrée et sortie du labyrinthe de Thésée, fable que se racontent Eleanor et ses amies de son âge, réunies à broder dans le salon familial. Là encore, Ève se tient en retrait, son statut mal défini, comme le fera remarquer Roi Coton pour instituer chacune dans son rôle. La guerre de Sécession dessert les nécessités de June qui, elle, travaille sans relâche en Alabama, entourée de petites bouches à nourrir, de ses compagnes de servitude, attelées à leur détresse commune. De qui sont les enfants de June, Ève n'a-t-elle pas le nez droit, les lèvres fines, mais les cheveux crépus ? Des mystères subsistent, renforçant le pathétisme de ces femmes qui, des générations plus tard, dans le village de Gee's Bend, Alabama, confectionneront encore des courtepointes, aujourd'hui reconnues, telles des œuvres d'art.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;De courts plans constituent des pages admirables, composent la trame érudite de ce livre émouvant. Ève, enfant, dans le poulailler gobant l'œuf blanc d'une poule noire. Ève assistant à la messe avec monsieur et madame McCoy et Eleanor, surveillant une araignée tissant sa toile. Les dernières heures d'un Noir, condamné vingt-trois ans plus tôt. Ruby, vieille femme noire, se souvenant de sa première courtepointe cousue à l'école avec la complicité de son institutrice. Le mariage d'Eleanor avec Michael, homme de devoir avant tout. Quand son frère cadet, Samuel, reviendra de la guerre, un climat de sensualité emplira la demeure, intensifiant le parfum des roses s'échappant de la serre qu'a fait rénover Michael, pour commémorer leur anniversaire de mariage. Mais il y a davantage dans ce roman où la touffeur des bayous enferme les êtres dans une torpeur consentie, qu'Eleanor paiera de sa vie. Après sa trahison, Ève, désespérée, s'en retournera à ses lointaines origines. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman narré par le Roi Coton, certes, mais orchestré de la plume chevronnée d'une écrivaine exigeante. Hommes et femmes vont et viennent sans se presser, tels des spectres historiques et légendaires. Nous aimerions que l'église du père Louis, siégeant au bord des marécages, ait existé, que pareil homme ait tendu un morceau de pain à une esclave dénommée Ève. Le roman est parsemé de ces tendres et douloureuses situations, témoignages indélébiles de quatre années pendant lesquelles les hommes se seront entretués pour secouer le joug imposé à d'autres hommes, trop fatalistes pour s'insurger ouvertement contre la toute-puissance de maîtres serviles. Une histoire accablante de couleur de peau, décimant six cents mille hommes, blancs et noirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si ce roman nous a conquise, on aime l'œuvre de Dominique Fortier qui, éloignée des sentiers battus, nous apprend que le monde d'hier, parfois estompé par des traits inédits, mérite d'être réveillé d'un endormissement éclaboussé du sang de ses victimes bien souvent innocentes. Comme le mentionne l'écrivaine, ces faits se déroulaient-ils en un siècle contraint ou en notre ère désemparée ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;i&gt;La porte du ciel&lt;/i&gt;, Dominique Fortier&lt;br /&gt;Éditions Alto, Québec, 2011, 290 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-2144700214164828532?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/2144700214164828532/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/12/signes-noirs-et-blancs-du-passe.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2144700214164828532'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2144700214164828532'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/12/signes-noirs-et-blancs-du-passe.html' title='Signes noirs et blancs du passé ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-0URa82RGFro/Tu9GvyuSvJI/AAAAAAAAAqg/Bh-6pMgzS1Y/s72-c/1210573-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7503931602907340397</id><published>2011-12-05T08:44:00.003-05:00</published><updated>2011-12-17T10:03:49.599-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Il était une fois... ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-hYFHSNsMnqY/TtzKmBYqJ_I/AAAAAAAAAqY/Oy07UfnqgQo/s1600/medium.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-hYFHSNsMnqY/TtzKmBYqJ_I/AAAAAAAAAqY/Oy07UfnqgQo/s200/medium.jpg" width="129" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Parfois, des gens nous demandent ce que l'on fait des livres reçus pour lecture et appréciation. Question pertinente qui mérite une réponse appropriée. On en garde, on en donne, on en " égare " dans des lieux publics, tels des bistrots, des quais de métro, des parcs. Durant les grèves postales, on en a glissés dans quelques boîtes aux lettres. Jamais, on en vend, on aurait mauvaise conscience. Aujourd'hui, on parle du dernier roman de Félicia Mihali, &lt;i&gt;L'enlèvement de Sabina.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela se passe dans deux villages voisins où règne la bonne entente, au point de festoyer ensemble. Pourtant, un soir après moult libations, les Comans enlèvent dix-huit jeunes filles slavines, pour les marier à dix-huit jeunes hommes de leur clan. Chacun fera son choix, retournera chez lui accompagné d'une épouse. Un seul restera célibataire, Kostine. Sa promise, Sabina, ayant flairé le piège, s'est enfuie avec l'aide de son père, « enseignant expérimenté. » Honteux, Kostine partira de chez sa mère pour conquérir sa belle... Pendant ce temps, la vie s'est organisée chez les Comans. Onou, chef du village, bien qu'il protège les Slavines, s'avère inquiet et méfiant, les villageois slavins ne s'étant pas soulevés pour délivrer leurs filles. Peu à peu, débonnaire, il oubliera. Nous observons une région innommée où la paix règne. Au loin, grondent les clameurs de guerres fomentées par les barbares. Qui sont-ils ? Des peuples asiatiques, slaves, dépeints plus tard par Kostine qui, parvenu dans le village de Sabina, se fait kidnapper par des hommes soudoyés par le père de la jeune fille. De force, il ira à la guerre... Les femmes qui ont épousé les Comans établissent entre elles une complicité créative, qui leur font ouvrir des commerces prospères dont profitent leurs époux, pour la plupart médiocres, ivrognes, impotents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi le temps dérive, savamment orchestré par Félicia Mihali. Chaque chapitre se sous-titre de mois ou d'années pendant lesquels, lentement, le village évolue. L'air de rien, les jeunes femmes imposent leurs préceptes simples et, certaines devenues veuves, retournent dans leur village, avec l'accord bienveillant d'Onou qui, toujours, a favorisé un bonheur tranquille dans sa communauté. Bonheur malmené par de perpétuelles manigances, par des menaces d'invasion, par l'attaque imprévisible des loups et des ours. Dans ce lieu aux allures enchevêtrées se profile un Moyen-Âge perclus de ses misères, de ses épidémies, de ses superstitions. S'obombrent aussi les Croisades : cotte de mailles, champs de bataille où périssent à coups de hache, des chevaliers valeureux et naïfs. Kostine se fera le porte-parole de ces épopées visionnaires — ô Jérusalem ! — où la vie d'un homme ne valait pas grand-chose, sinon rien. Parcourant des contrées inconnues, avançant dangereusement vers Sabina, il se liera d'amitié avec des êtres qui, tout comme lui, ont peu à perdre. Pendant dix-sept ans, il soutiendra des aventures fabuleuses, comme celle de l'Orphelin, jeune prince déchu, sa halte improbable dans le pays de Kokane. Il profitera d'opportunités s'offrant à lui : un jongleur qui, au moment de leur séparation, l'avisera d'une vierge et d'une licorne ; le chevalier Kross qui, las de ses tribulations, se retirera dans un monastère. Une aura ensorcelante ne cesse d'embellir cette histoire, ce conte, serait plus adéquat. Un rêve prémonitoire engagera Kostine sur la route insondable de sa bien-aimée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chez les Comans, les femmes vieillissent, les hommes meurent. Le village se banalise, les Slavines rentrant chez elles quand leur mari décède. Fatiguées mais déterminées, les villageoises se partageront un terrifiant secret, le confieront au lecteur. Nul besoin de références légendaires pour situer le roman. L'intrigue, menée avec perspicacité par Mihali, se soustrait à des influences immémoriales. Imagination débridée, goût démesuré du merveilleux, culture livresque se prêtant à différentes interprétations — on soupçonne que la Roumanie, pays natal de l'écrivaine, ne soit pas étrangère à la description des mœurs féodales des villages. Histoire intemporelle qui nous surprend, nous ébranle. Relents fantasmagoriques s'inspirant de nos sociétés industrialisées. Tragédie et ludisme harmonisent le récit tout en privilégiant les relations humaines. Hommes et femmes, prisonniers de leurs ancestraux préjugés, ne savent se dépêtrer d'une perpétuelle malédiction, dissimulée au comble de sentiments vieux comme le monde, usés telles de vaines promesses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman à lire à petites doses, comme nous lisions au siècle dernier, chacun dans son genre, Balzac et Marcel Proust. Avec délice et enchantement. C'est dire que cette œuvre touffue et accomplie, échappe à toute mode contraignante. À lire encore pour nous souvenir que l'esprit déborde d'images archaïques, léguées par des hommes et des femmes, ostracisées par nos déliements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;L'enlèvement de Sabina&lt;/i&gt;, Félicia Mihali&lt;br /&gt;XYZ éditeur, Montréal, 2011, 286 pages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7503931602907340397?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7503931602907340397/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/12/il-etait-une-fois.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7503931602907340397'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7503931602907340397'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/12/il-etait-une-fois.html' title='Il était une fois... ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-hYFHSNsMnqY/TtzKmBYqJ_I/AAAAAAAAAqY/Oy07UfnqgQo/s72-c/medium.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-5854626071443068698</id><published>2011-11-28T08:46:00.000-05:00</published><updated>2011-11-28T08:46:28.120-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Échec et mat ! *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-y6wf2UZGZpY/TtOQlwdf4WI/AAAAAAAAAqQ/D2kwlONASKg/s1600/d438206470221d7db6a7843259af43c0_w145.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/-y6wf2UZGZpY/TtOQlwdf4WI/AAAAAAAAAqQ/D2kwlONASKg/s200/d438206470221d7db6a7843259af43c0_w145.jpg" width="130" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;C'est officiel, sept milliards d'humains peuplent notre planète. Trois milliards cinq cents millions de personnes asservissent ce même nombre. On ne peut imaginer un juste milieu quand, chaque jour, les divers moyens de communication nous informent que les uns menacent les autres de représailles internationales. Ces représailles représentant des chiffres incalculables en intérêts, chacun se soumet avant de continuer. La roue inventée par un ancêtre inconnu serait-elle le premier signe de notre décadence ? On a lu &lt;i&gt;Faux et filatures &lt;/i&gt;de l'écrivain Fabien Ménar.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Désœuvré, Thomas Parenteau, vingt-cinq ans, concierge de l'immeuble qu'il habite, épie les gens qui vont et viennent. Une fin d'après-midi de mai 2008, il se promène dans le Vieux-Montréal. Un orage menaçant la ville, Thomas se réfugie au restaurant Le Saint-Gabriel. Assis à une table, il remarque un homme « affligé d'embonpoint [...], il fait dos à la salle comme s'il conspirait contre le monde. » Thomas ne pourrait mieux dire, l'homme, Georges Lepetit, propriétaire d'une galerie d'art, agent de l'artiste espagnol mondialement connu, Alberto Bodega, trempe dans le trafic d'œuvres d'art. Avant de faire cette découverte aberrante, Thomas vivra des aventures époustouflantes où se manifeste son voisin de palier, monsieur Defoe, aveugle et masseur. Son père, premier ministre du Québec, avec qui il a coupé les ponts depuis l'adolescence, est l'ami de Paul Bourbonnet, conservateur du musée des Beaux-Arts de Montréal. Robert Roche, expert de l'œuvre de Bodega, a écrit une monographie consacrée à l'artiste peintre. Pour le remercier, celui-ci lui a offert un tableau de son cru qui lui réservera une humiliante surprise. Ernst Lantherman, autre expert véreux circulant dans le milieu de l'art, en phase terminale d'un cancer généralisé, a menacé Georges Lepetit de révéler le pot aux roses. De rebondissement en rebondissement, ces personnages s'enferreront dans le plan machiavélique dressé par Thomas et monsieur Defoe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les femmes ne manquent pas de croiser le chemin de Thomas Parenteau et de monsieur Defoe. La première, figure de proue de cette passionnante histoire, est enquêtrice en œuvres d'art à son compte. Haïtienne, elle se nomme Vierge Lys, dite Mona Lisa par ses collègues. En rendant visite à un richissime et prétentieux collectionneur américain, elle doutera de l'authenticité d'un de ses tableaux, signé Kandinsky. Hasard ou coïncidence, le musée des Beaux- Arts de Montréal possède un Kandinsky identique. Piste révélatrice qui la dirigera vers Thomas et monsieur Defoe. Autre figure impressionnante, Laure, la fille de Georges Lepetit, artiste surdouée pour fabriquer des faux, que son père influencera à mauvais escient. Noémie, étudiante à l'École nationale de théâtre, petite-fille de la femme de ménage de Georges Lepetit. Il y a aussi la séduisante Béatrice, secrétaire de Georges Lepetit et comptable de sa galerie. Monsieur Defoe tombera sous le charme alors que Thomas s'éprendra d'une femme entrevue un soir, la Belle Mystérieuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si tous les protagonistes se rencontrent, se recoupent, eux-mêmes victimes d'un passé douteux, il suffira d'une péripétie pathétique pour que des grains de sable enrayent la bonne marche d'enquêtes routinières. Thomas nous apprendra la raison pour laquelle il a rompu avec son père ; nous saurons pourquoi Mona Lisa a disparu pendant un an à la suite de rumeurs insupportables. Ni Georges Lepetit, ni Gilles Parenteau, ni Alberto Bodega n'échapperont à ce douloureux questionnement intérieur. Est-ce à croire que personne ne devient vertueux ou corrompu par dérision ? Suffit-il qu'un témoin oculaire se présente, brouillant ingénument les desseins d'hommes assoupis sur leurs méfaits incontrôlables ? Au haut de leur empire vacillant, ne perçoivent-ils jamais de fissures impossibles à colmater, ébranlant leurs certitudes vibrantes d'interférences ? Alberto Bodega, usé par le remords, se rendra compte de sa tragique erreur à l'instant de se tirer une balle en plein cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce roman, dépourvu de moralité, se chargeant de punir et de récompenser hommes et femmes assujettis à un destin impopulaire ou bienveillant, se lit sans interruption, sans essoufflement. L'auteur, Fabien Ménar, a su donner à tout un chacun une personnalité suffisamment solide et percutante pour tenir en éveil la curiosité d'une lectrice peu adepte au genre du thriller. Si quelques longueurs endommagent certains dialogues — parle-t-on ainsi sans être interrompu ? — l'excellence de l'écriture, la structure habile et spiralée, nous font oublier ce léger inconvénient. On a aimé que l'auteur évite les effusions de sang, une violence trop souvent superflue, enjolivant une séquence où ne fleurit aucune pertinence psychologique. Chaque fois qu'un individu justifie sa conduite éhontée, il est guidé par l'instinct sensible et tendre d'un écrivain, qui a pris le temps de s'attarder sur les manigances d'humains en proie à des contradictions insolubles. Roman parfaitement maîtrisé, qui nous invite à décrypter ses machinations dans le silence ouaté du musée des Beaux-Arts. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Faux et filatures&lt;/i&gt;, Fabien Ménar&lt;br /&gt;Éditions Québec Amérique, Montréal, 2011, 407 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-5854626071443068698?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/5854626071443068698/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/11/echec-et-mat-12.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5854626071443068698'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5854626071443068698'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/11/echec-et-mat-12.html' title='Échec et mat ! *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-y6wf2UZGZpY/TtOQlwdf4WI/AAAAAAAAAqQ/D2kwlONASKg/s72-c/d438206470221d7db6a7843259af43c0_w145.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7131238198278551914</id><published>2011-11-21T08:58:00.002-05:00</published><updated>2011-11-21T10:54:52.079-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Le charme discret des roses *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-_IlzVApN3C0/TspbWJdfWfI/AAAAAAAAAqA/dFhR9mFPxKU/s1600/r_2025_s.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-_IlzVApN3C0/TspbWJdfWfI/AAAAAAAAAqA/dFhR9mFPxKU/s200/r_2025_s.jpg" width="128" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Récemment, on a mentionné les calamités que des hommes infligeaient à d'autres hommes. Femmes et enfants. Cette fois, on tient compte des souffrances que certains humains font subir aux animaux. Différents et sans défense, pourquoi s'en prendre à des êtres vivants, capables de nous aimer inconditionnellement ? Existe-il vraiment des animaux sauvages, leur rapport à l'homme étant troublant quand celui-ci l'a protégé à l'état de nouveau-né. On se dit que des occasions se présentent régulièrement où des fils et filles aimeraient abandonner leurs vieux parents sur le bord d'une route ou dans une forêt. On a lu le troisième roman de Helen Humphreys, &lt;i&gt;Le Jardin oublié.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes au printemps 1941. En Europe, la guerre fait rage. Gwen Davis, trente-cinq ans, horticultrice, quitte Londres, sa ville bien-aimée, pour la campagne du Devon. Elle répond à l'appel de volontaires émis par le siège social de l'Armée ; elle dirigera un groupe de jeunes filles dans la production de légumes, principalement de pommes de terre. Arrivée à la gare campagnarde, personne ne l'attend. Ce qui l'étonne et l'agace. Seul, un capitaine canadien, Raley, est venu chercher quelques-uns de ses hommes ; ils demeurent dans une résidence, proche du domaine où Gwen doit séjourner, avant d'être affectés sur le continent. Raley lui propose de l'accompagner à Mosel où les jeunes filles résident. Parvenue au lieudit, elle déambule dans un immense bâtiment silencieux, érigé au centre d'un jardin « en état de complète perdition. » Fascinée, Gwen se souvient de sa mère morte, de Virginia Woolf de qui &lt;i&gt;Le Times&lt;/i&gt; a annoncé le décès le matin même. Elle pénètre dans une chambre où l'odeur de brûlé la surprend. Chambre vide qu'elle adoptera pour y faire la sienne. Apparaît soudain une jeune femme, Jane, abasourdie par la présence de Gwen, mais conquise par sa personnalité farouche, indépendante. Quelques jours plus tard, Mme Billings, déléguée du comté, tancera vertement Gwen : elle s'est trompée dans son agenda, elle aurait dû se présenter une semaine plus tôt. Après cette bévue, il ne sera pas facile à Gwen de prendre les filles en main ; âgées d'une vingtaine d'années, elles ne pensent qu'à retrouver les soldats dans leur résidence, rendez-vous auxquels le capitaine Raley ne s'oppose pas. Excédée, Gwen affuble les filles de Mosel de noms de pommes de terre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au fur et à mesure que l'action se déroule, celle de défricher, de semer des légumes dans le potager, Gwen fera connaissance avec la diversité du verger, des jardins nord et sud envahis par les mauvaises herbes et des arbres fruitiers en espalier. Dans la remise des jardiniers, elle découvre un livre des comptes qui la poussera plus loin dans ses investigations. Un après-midi, munie du plan du domaine, guidée par une anémone, elle pénètre dans&lt;br /&gt;le plus fantasque des jardins qu'elle ait jamais vu. L'observant minutieusement, elle ressent un étrange sentiment d'irréalité et de peur. Aussi une certitude : elle est la première à revenir là depuis infiniment longtemps. En farfouillant dans la terre pour évaluer sa consistance, ses doigts butent « sur quelque chose de solide fixé dans la terre. » Une pierre plate sur laquelle a été gravé le mot : Désir. Le jardin du Désir... Qui a créé le jardin, et pour qui ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À partir de cette énigme qu'elle ne confiera pas aux pensionnaires, ni même à Jane avec qui elle a créé une relation exceptionnelle, Gwen se remémorera des fragments douloureux de son enfance avec sa mère veuve, de ses élans vers elle, simplement pour être aimée. Elle évoquera une première expérience sexuelle avec M. Gregory, locataire comme elle, dans la pension de Mme Royce, à Londres. Elle résumera ses souvenirs comme n'étant d'aucun réconfort. Ses retraites dans le jardin oublié nous vaudront de merveilleuses leçons de botanique sur diverses fleurs, mais surtout sur les roses. Pour la récompenser de ses succès scolaires, sa mère lui avait offert &lt;i&gt;The Genus Rosa, &lt;/i&gt;encyclopédie signée Ellen Wilmot. Sans cesse, elle s'y réfère, donnant chair et vie aux deux tomes : elle aime s'en recouvrir le corps, leur poids la faisant rêver au corps d'un homme. Peu à peu, Jane deviendra sa complice. Celle-ci languit de son fiancé porté disparu. Comme Gwen, Jane est amoureuse de la beauté englobant le domaine. Elle se liera avec David, un soldat qui tricote des chandails qu'il expédie à sa fiancée. Il y a aussi le capitaine Riley, amateur de poésie, qui bousculera les convictions austères de Gween, envers elle-même et ses assistantes. Peine perdue, les maladresses de Gwen ne transformeront pas en amour la tendresse qu'il lui manifeste. Mystère des êtres, mystère du jardin oublié que, grâce à un vieux jardinier, elle essaiera de résoudre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gwen est avant tout une passionnée des hommes et des femmes affligés par quelque blessure gangrenée. Attirée vers le figement de leur cœur presque mort, elle tente de leur donner un souffle de vie, de manière à assouvir sa soif d'aimer et d'être aimée. La métaphore ambivalente en est sa rencontre imaginée ou réelle avec Virginia Woolf, un soir dans les jardins de Tavistock. Les lettres qu'elle lui écrit, l'admiration qu'elle éprouve pour son roman &lt;i&gt;La promenade au phare,&lt;/i&gt; que Jane lira à voix haute à l'intention de David, et que Gwen offrira au capitaine Riley, quand il partira avec ses hommes se faire tuer à la guerre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'elles soient d'hier ou d'aujourd'hui, seules les écrivaines anglaises savent dépeindre avec un talent indéniable et délectable, le charme envoûtant des roses, l'attrait romantique de lieux désertés. Se greffent au récit de Helen Humphreys, Londres défigurée par les bombes, l'étude précise des plantes et des fleurs, l'affection de Jane, l'amour contrarié de Gwen pour le capitaine Riley. La guerre est finie, les événements se sont patinés de l'usure du temps. Roman captivant qui titille en nous la fibre nostalgique des êtres et des choses que nous avons perdus dans des jardins piétinés de nos propres oublis... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le Jardin oublié&lt;/i&gt;, Helen Humphreys&lt;br /&gt;Traduit de l'anglais par Louis Tremblay et André Gagnon&lt;br /&gt;Éditions Hurtubise, Montréal, 2011, 334 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7131238198278551914?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7131238198278551914/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/11/le-charme-discret-des-roses-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7131238198278551914'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7131238198278551914'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/11/le-charme-discret-des-roses-12.html' title='Le charme discret des roses *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-_IlzVApN3C0/TspbWJdfWfI/AAAAAAAAAqA/dFhR9mFPxKU/s72-c/r_2025_s.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-795613619480474913</id><published>2011-11-14T08:25:00.000-05:00</published><updated>2011-11-14T08:25:09.344-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Sentiments en débandade *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-OhSgUl5E8RM/TsEWn78HmKI/AAAAAAAAApw/0AleAfE3W3g/s1600/rivieres_72dpi.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/-OhSgUl5E8RM/TsEWn78HmKI/AAAAAAAAApw/0AleAfE3W3g/s200/rivieres_72dpi.jpg" width="103" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Sortant du cinéma avec un ami, celui-ci était bouleversé par le sujet dramatique du film. Assis à une terrasse, nous étions silencieux, presque tendus. Alors qu'on ne s'y attendait pas, l'ami s'est mis à pleurer doucement, des larmes rondes coulaient sur ses joues jusqu'à son menton. Étant d'une génération où les hommes ne devaient pas dévoiler leurs états d'âme, on a été touchée par la sincérité avec laquelle l'ami mettait à nu ses émotions. On termine de lire le deuxième roman de Hélène Custeau, &lt;i&gt;Tant qu'il y aura des rivières.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Douze individus, hommes et femmes, morcellent le récit. Ils se sont aimés, se sont quittés, parfois regrettent de s'être laissés emporter par une décision impulsive. Lassitude ou colère. Naïveté de penser qu'un être différent se montrerait plus compréhensif et complice. Ultime erreur qui pousse au geste fatal ; amère déception qui écarte l'amour, jamais atteint, dans ses retranchements. Tout d'abord, nous faisons connaissance avec Lisa, vingt-sept ans. Hospitalisée, elle a fait une tentative de suicide après que son amant, Antoine, l'a quittée. Dans la même chambre, Réjeanne, femme de ménage de deux cents livres, occupe l'autre lit. Elle s'est trompée dans le décompte de ses tranquillisants, se lamente sur l'absence de son fils. La parole est à Antoine, séducteur invétéré, qui se défend d'aimer Lisa. Chez elle, Réjeanne a préparé un repas pour fêter son soixantième anniversaire. Encore une fois son fils s'est défilé. Désespérée, elle oscille entre la boulimie et le chant italien. Puis, intervient Mona qui apprend qu'elle a un cancer du sein. Elle a quitté Gabriel qui vit comme un « sauvage » en Abitibi. Ensemble, ils ont eu deux enfants, Lisa et Francis. Elle tient un salon de coiffure, s'est associée à Kevin, coiffeur comme elle. Francis se réveille dans sa chambre minable, le cœur nauséeux de son « bad trip ». Sa copine, Nahima, le prévient qu'ils n'ont plus un sou, que le frigidaire est vide. Kevin est chez Mona. Il hésite entre prendre soin de sa patronne, qui dépérit à force de chimiothérapie, et son vieil amant. Dans le cabinet du docteur Demers, Lisa lui annonce qu'elle ne reviendra plus. Elle est guérie, elle a un nouvel amant. Fou amoureux d'elle, docteur Demers remettra sa profession de psychanalyste en question. Catherine, journaliste, amie de Lisa, accorde une entrevue au premier ministre, imaginaire, du Québec. Une satire sans complaisance sur le comportement infatué d'un homme politique. Olivier, violoniste, bénévole dans l'hôpital où ont été soignées Lisa et Réjeanne, patiente en pleine chaleur caniculaire : un ex-soldat de la guerre en Afghanistan menace de se lancer du pont de Québec. Sur l'autoroute bloquée, il se liera avec un autre Olivier. Hilarant et grinçant. Nahima a été rejetée par Francis quand elle lui a appris sa grossesse. Triste réflexion d'une jeune femme du Grand Nord sur sa condition d'exilée à Montréal. Gabriel a cinquante ans, vit toujours en Abitibi. Amant de Linou, enceinte de leur enfant. À la veille d'une tempête de neige, son fils Francis lui apporte une lettre de la part de sa mère Mona. Farouche confrontation muette entre le père et le fils qui se détestent. Linou ferme le roman. Sur le point d'accoucher de leur fils Élie, au début de l'été, anxieuse, elle attend Gabriel dont le Cesna a disparu depuis un mois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si on a énuméré brièvement les personnages qui composent le roman, c'est pour insister sur le fait qu'ils appartiennent à un monde que chaque jour nous côtoyons. Leur existence se découpe en sédiments fragmentaires, tous ayant eu le temps de se nourrir de leurs propres échecs. Mais aussi de l'amour qui les a portés, en a fait des êtres à part. Aimer équivalant à une exception. L'auteure, Hélène Custeau, ne s'y est pas trompée en les campant orgueilleux, révoltés, combattant, acharnés, leurs démons intérieurs, leur accordant une importance d'humains contradictoires, rarement apaisés, luttant contre des frustrations que génère l'inaccomplissement de certains rêves. Docteur Demers cite l'ombre de celui qui l'habite, nous habite tous : l'exaspérant Mr Hyde. Des détails récurrents, comme les yeux bleu turquoise de Lisa, tissent une toile gluante et translucide de laquelle les protagonistes ne savent se dépêtrer. Dépendants d'un passé trop lourd, ils essaient d'enfouir au plus profond de leur conscience des agissements tronqués d'erreurs de jeunesse. Comme Mona qui a quitté Gabriel et qui l'aime toujours. Comme Olivier qui croit ne pas avoir été suffisamment attentif à sa femme avant qu'elle se suicide. Hélène Custeau a sondé des êtres en proie à une tardive maturité ou face à la mort inéluctable. Les expériences qu'ils ont traversées se projettent dans le courant précipité de la vie, toujours en mouvement. D'où l'insigne du titre, se rattachant à une chanson de Jean Leloup. La solitude qui les empêche de renouer pleinement avec eux-mêmes s'imprègne d'un désespoir à la limite de la folie, d'un manque de confiance les empêchant d'assimiler leur fourvoiement. Pourtant, la vie n'est-elle pas la plus forte, symbolisée par la naissance de l'enfant de Linou ? « Car voilà Élie » mentionne prophétiquement l'auteure, comme elle aurait pu écrire : Voici l'homme...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman émouvant et généreux que nous offre Hélène Custeau. Généreux, parce que la vie sous toutes ses formes y coule abondamment. Observatrice attentive et lucide, l'auteure trempe sa plume poétique, acérée et tranchante, dans un courant d'encre qui ne cesse d'alimenter des sentiments en débandade, la détresse de personnages en déroute. Aucune conclusion moralisatrice ne ternit le récit. La vie continue, telle une rivière finit par se jeter dans l'océan...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Tant qu'il y aura des rivières&lt;/i&gt;, Hélène Custeau&lt;br /&gt;Les éditions De Courberon, collection « Lueurs »&lt;br /&gt;Saint-Patrice-de-Beaurivage, 2011, 170 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;cite&gt;&lt;/cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;/cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;/cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;/cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;/cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;cite&gt;&lt;br /&gt;&lt;/cite&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-795613619480474913?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/795613619480474913/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/11/sentiments-en-debandade-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/795613619480474913'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/795613619480474913'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/11/sentiments-en-debandade-12.html' title='Sentiments en débandade *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-OhSgUl5E8RM/TsEWn78HmKI/AAAAAAAAApw/0AleAfE3W3g/s72-c/rivieres_72dpi.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7151913926876977976</id><published>2011-10-31T08:56:00.000-04:00</published><updated>2011-10-31T08:56:39.110-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Drôle d'époque ! ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-aN2arQ74stI/Tq6a7ubpbPI/AAAAAAAAApk/t3W43s8-CG4/s1600/1200228-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/-aN2arQ74stI/Tq6a7ubpbPI/AAAAAAAAApk/t3W43s8-CG4/s200/1200228-gf.jpg" width="126" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Pendant une minute, on oublie les fureurs du monde. On pense à soi, au roman, &lt;i&gt;Des trains qu'on rate, &lt;/i&gt;qu'on vient de publier dans la nouvelle maison d'édition numérique "&lt;a href="http://www.editionslechatquilouche.com/"&gt;Le Chat qui Louche&lt;/a&gt;", créée et dirigée par l'écrivaine Dany Tremblay, à Chicoutimi.&lt;cite&gt;&lt;/cite&gt; La minute est passée, on revient aux rumeurs de la ville.&amp;nbsp; On a lu &lt;i&gt;La concession, &lt;/i&gt;roman signé Marc Ory.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paris, en l'an 2030. Depuis deux ans, la capitale est occupée par les Chinois. Une concession de l'envahisseur s'est établie sur l'île Saint-Louis, « corps étranger que rejetait la France. » Comme il est de rigueur en de pareilles circonstances, collaborateurs, résistants, espions, agents doubles se démènent en cette histoire insolite. Prise pour cible, une famille française, les Lamaury, témoignera des difficultés qui pèsent sur chacun des membres. Famille composée surtout de femmes : la grand-mère Adélaïde de Castelvieil, « pénétrée de culture chinoise », conférencière au musée Guimet. Se montrant trop souvent en compagnie du professeur Ping, de qui elle suit les cours au Collège de France, elle est considérée comme une traîtresse. Veille sur son bien-être son robot de compagnie, Alfred. Il y a aussi Émilie, sa fille, dépressive depuis que son mari s'est défenestré. Camille et Petit Pierre, enfants d'Émilie. Camille a vingt-trois ans, bardée de diplômes en art, elle « allait commencer un stage au nouveau Musée des arts de la Chine. » Petit Pierre, dix ans, est atteint de leucémie. Les uns et les autres seront prétextes à faire entrer en scène des personnages équivoques, comme Léopold Francœur. Diplômé du conservatoire, il se contente de jouer du triangle, gagne sa vie en tirant un « pousse-pousse pour l'occupant. » Héloïse Lambert, conservatrice du Musée de la chasse et de la nature, joue un rôle obscur auprès de Camille. Yu Chi Ming, homme métissé. Sa mère est une juive de Hong-Kong, son père, un Chinois han. Aventure sans lendemain de laquelle naîtra l'enfant. Abandonné par sa mère, placé chez un cousin de son père, qui le maltraite ; méprisé par ses compatriotes, Yu Chi Ming, enfant surdoué, envers et contre tous, atteindra le poste prestigieux d'architecte en chef du Musée d'art chinois, à Paris. Le hasard et un cerf-volant mettront Camille sur sa route... On ne peut passer sous silence la très sensuelle Roxanne Mathoss. Elle aussi est métissée mais contrairement à Yu Chi Ming, elle utilise cet atout avec perversité. Designer et styliste, elle laisse dans son sillage de sulfureuses petites culottes en soie noire. Signature d'une femme fatale, chef incontestée de la résistance. En arrière-plan se dessinent les ombres d'êtres néfastes qui détiennent le pouvoir d'un monde désaccordé, pusillanime. Jusqu'au dénouement déboulant aux accents d'une valse, aux grondements du tonnerre. La foudre s'érigera en justicière...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En parallèle avec ces événements dignes d'une tragédie shakespearienne, la grand-mère Adélaïde lit à son petit-fils, Pierre, une correspondance que s'échangent deux jeunes Français en l'an 1926. Lettres de Maurice, né en Chine et y demeurant, qu'il adresse à son cousin Guillaume. Maurice dépeint l'empire du Milieu d'alors, les trois guerres de l'opium, la guerre des Boxers, la révolte des Tai Ping, les épreuves d'une Chine exploitée par les Occidentaux. Maurice a un frère qui, semblable à Petit Pierre, est atteint de leucémie, mal qui le tuera. Les deux enfants ont en commun la passion des cerfs-volants. Les dernières lettres de Maurice nous apprendront qu'il s'est épris passionnément d'une jeune Chinoise, amour condamné en ces temps exaltés par l'intolérance patriotique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir refermé le roman, on se pose une question, sinon plusieurs. Que viennent faire dans ce texte les lettres de Maurice adressées à son cousin Guillaume ? Servent-elles d'allégation à Marc Ory pour faire part au lecteur des calamités qu'a subi l'empire du Milieu au cours de diverses invasions ? Pourtant, des tics d'érudition encombrent le récit contemporain, se plaquant sur les protagonistes aux prises avec des complots ourdis par de farouches partisans, comme il en existe dans tous les pays victimes de conflits accablants. L'occupation de Paris par les Chinois en 2030 n'est pas sans rappeler l'occupation allemande en France, durant la Deuxième Guerre mondiale : délations impitoyables, représailles extrémistes. Les femmes, amantes de l'éventuel ennemi, sont tondues sans distinction de classe. Il y a aussi la lettre de Rébecca, mère de Yu Chi Ming, réfugiée à Tel Aviv, à sa meilleure amie restée à Hong Kong. Que recèle-t-elle ? Encore des anecdotes historiques chinoises et le parcours d'une femme téméraire, plutôt irresponsable...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman qui aurait mérité d'être dépouillé de nombreux faits épisodiques ayant trait à la civilisation chinoise. S'il est agréable à lire pour ceux et celles que la Chine intéresse, il risque de lasser des lecteurs qui cherchent une histoire originale d'aventures et d'amour. Il aurait fallu que l'historisme soit davantage intégré à l'action, alors qu'il est constamment narré dans des dialogues ou mentionné dans des lettres. Parfois hors contexte, comme la polémique existant autour de l'armée de terre cuite du premier empereur, Quin Shi Huangdi... Quelles étaient au juste les intentions de Marc Ory ? Le tout rassemblé, équilibré, aurait abouti à un excellent roman, ce qui, hélas, se délaie ici dans des considérations bavardes, minimisant l'ampleur humaine de femmes et d'hommes défendant un idéal rarement remis en cause...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La concession, &lt;/i&gt;Marc Ory&lt;br /&gt;Éditions Triptyque, Montréal, 2011, 203 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7151913926876977976?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7151913926876977976/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/drole-depoque.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7151913926876977976'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7151913926876977976'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/drole-depoque.html' title='Drôle d&apos;époque ! ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-aN2arQ74stI/Tq6a7ubpbPI/AAAAAAAAApk/t3W43s8-CG4/s72-c/1200228-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-2731308571929718607</id><published>2011-10-24T08:30:00.000-04:00</published><updated>2011-10-24T08:30:19.870-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Les deux tours infernales *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-IDn4tYzUodk/TqVaR1vNhOI/AAAAAAAAApc/SjhZRfZ7Ftk/s1600/1193941-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-IDn4tYzUodk/TqVaR1vNhOI/AAAAAAAAApc/SjhZRfZ7Ftk/s200/1193941-gf.jpg" width="137" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Scandales politiques et financiers. Attentats terroristes. Prises d'otages rançonnées. Guérillas partisanes meurtrières. Réseaux de prostitution et de drogue. Pédophilie et travail des enfants. Famine et maladies endémiques. Mépris des différences. Litanie incomplète... Ce matin, on a lu que, en l'an 2100, neuf à dix milliards d'humains encombreraient la Terre. En attendant stoïquement pareil étouffement, on se pose une question : où est l'Homme ? On a terminé de lire le premier roman d'Annie Dulong, &lt;i&gt;Onze.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mardi 11 septembre 2001, près de trois mille personnes sont mortes lors des attentats-suicides perpétrés sur les tours jumelles du World Trade Center, à New York. Consternée et fascinée par ce tragique événement, Annie Dulong a cerné le sujet à partir de deux climats intérieurs : celui des tours avant leur effondrement, celui des personnages décryptant des fragments existentiels avant de mourir. Les humains étant imparfaits, l'écrivaine a fait confiance à l'imaginaire, donnant la parole, conscience psychologique à l'appui, à onze d'entre eux, s'interrogeant sur leurs dernières pensées, leurs derniers espoirs. Mais aussi sur le dernier refuge, soit le cocon vital. Leurs réussites et leurs manques. Leurs regrets de ne plus pouvoir réparer ce qui aurait pu l'être. Comme si le temps s'avérait éternel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le roman se divise subtilement en deux parties. Pendant et après la tragédie. La voix d'une photographe ouvre le récit en pleurant sur la mort de son frère, Andrew, marié à Mélanie, père d'un petit enfant. Dans une des tours, il réparait un ascenseur. « Peter. Eva. Idiots amoureux » font connaissance, sans pour autant échapper aux forces hostiles. Tout au long du récit, ils interviendront, adoucissant la douleur de ceux et celles qui préservent leurs ultimes instants dans les étages en feu, les escaliers de secours, certains, à demi asphyxiés, se jetant par les fenêtres. Eileen, compagne d'Andrea, maman de Meredith, attend un deuxième enfant. Danny, conducteur de trains, s'inquiète pour son frère qui travaille dans un bureau de la tour Nord. Antonia téléphone à son père égocentrique, lui annonce, révoltée, qu'elle va mourir. Ginny Cooper, mariée depuis seize ans, mère de deux fils, descend l'escalier du quarante-septième étage, rêve de rentrer chez elle. Mabel, « collectionneuse d'ironies en tout genre ». Éprise d'escalades, ses collègues la considèrent comme une première de cordée, se fiant à son esprit d'initiative. Alors qu'elle aurait dû déguerpir, elle les entraîne vers leurs bureaux. Marik, jeune employé, amoureux de Mabel. Frank, l'irascible comptable. Maya joint son mari Hector, puis se lance par une fenêtre. On ne nommera pas les onze personnages dressés par l'auteure, chacun a sa vie propre, réduite au pire ; blessés, hagards, plusieurs ignorant ce qui se passe. Des cris, des appels à l'aide, les craquements de murs qui s'affaissent, les horrifient. « Un nuage de débris », des flots lugubres de papier s'envolent au-delà des fenêtres ; des flammes surgissent, des tonnes de poussière noire, une fumée lourde, l'air se raréfie... Durant deux heures, avant que les tours s'écroulent, les victimes s'emploieront à explorer des épisodes faillibles personnels : ruptures en suspens, erreurs de jugement ; des maris floués, des épouses trahies, des enfants compréhensifs. Des vieux parents exigeants qui ne comprennent pas bien pourquoi ils vont rester seuls. Hommes et femmes restaurent une existence, comme si recommencer était possible. Hors de leur situation désespérée, ils auraient agi dans la continuité d'actes automatiques, ne pensant pas que la mort les poursuivait inexorablement. Nul n'a eu le temps d'analyser les raisons d'un questionnement particulier, les astreignant, jusqu'au dernier souffle, à se remémorer les visages familiers. Temps à rebours télescopant les tours ravagées, cimetière hallucinant de chair calcinée, de corps démembrés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a aussi l'après de la catastrophe. Ceux qui sont morts en ont fini avec la terreur, les souffrances. Ils ont atteint un univers inaccessible, ont pardonné. Quoi ? Nous ne savons trop ce que la perte de l'autre engendrera d'inachèvement, seul l'amour et le doute subsisteront. Des noms défilent à toute allure, le cœur battant trop vite, la respiration haletante pour évoquer les disparus. Mélanie, Alex, Andrea, Hélène s'insurgent contre le malheur et l'abandon. Puis, se soumettent à l'atrocité d'un désastre imparable. Malgré eux, quelques-uns n'ont pas péri : Marik, vivant avec Maira, s'en voudra toujours de ne pas avoir sauvé Mabel. Cela valait-il la peine d'avoir franchi tant d'obstacles pour en arriver à détester Maira ? Alex qui, errant dans la ville, tourne en rond autour de la rancune qu'il éprouve contre les injustices commises par son père, assommé sous un mur de béton, envers lui et son frère Christian. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman — en est-il un ? — intelligent, émouvant. Annie Dulong s'est magnifiquement imprégnée de pudeur et de dignité, sans aucune mièvrerie, pour décrire symboliquement le martyre qu'on subi près de trois mille personnes reflétées dans le regard lucide, parce que humilié, de onze témoins imaginaires. La voix de la photographe ouvrant le récit le referme, se joignant à la voix d'Andrea, la compagne d'Eileen. Annie Dulong semble les avoir placées là, chœur privé se lamentant, tels les débris de Challenger, ligne filiforme et lumineuse, atteignant le firmament ou plus réaliste, « s'éparpillant à des kilomètres à la ronde. » L'écriture, élégante, poétique, le ton toujours mesuré, innove une sourde musique obsédante, requiem intime témoignant de la disparition d'humains innocents, et celle d'un monde qui, depuis ce macabre événement historique, n'a plus jamais été le même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Onze, &lt;/i&gt;Annie Dulong&lt;br /&gt;Éditions l'Hexagone, Montréal, 2011, 149 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-2731308571929718607?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/2731308571929718607/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/les-deux-tours-infernales-12.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2731308571929718607'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2731308571929718607'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/les-deux-tours-infernales-12.html' title='Les deux tours infernales *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-IDn4tYzUodk/TqVaR1vNhOI/AAAAAAAAApc/SjhZRfZ7Ftk/s72-c/1193941-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7230587894501276773</id><published>2011-10-11T08:51:00.001-04:00</published><updated>2011-10-11T08:58:05.119-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Éternel masculin ! ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-3nV0UaEXO00/TpQ7xl-epcI/AAAAAAAAApM/dVKs2hRSRbE/s1600/11970.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/-3nV0UaEXO00/TpQ7xl-epcI/AAAAAAAAApM/dVKs2hRSRbE/s200/11970.jpg" width="128" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Des photos datant d'une trentaine d'années nous ont enveloppée d'une chape de souvenirs, pour ne pas dire de nostalgie et, surtout, d'une jeunesse disparue. On se souvient avec émotion du monde insouciant dans lequel on se complaisait : des projets remis sans cesse à plus tard, des voyages entrepris à l'ombre d'un catalpa, d'amours exaltées par l'absence et le rêve. Depuis, on a écrit dans un roman : « Vieillir, c'est être jeune autrement&lt;i&gt;. » &lt;/i&gt;On a lu le dernier ouvrage de Donald Alarie, &lt;i&gt;J'attends ton appel.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;David Parent nous revient en force et en douceur. Depuis que son auteur l'a transformé en personnage. En écrivain, en homme à tout faire. Nous retrouvons les hommes et les femmes que David côtoie dans la petite ville où il réside. Nous nous familiarisons à nouveau avec ses proches, scrutant leur cheminement quotidien. Des anecdotes journalières ajoutent un maillon solide à la chaîne ininterrompue de l'existence, qu'elles trament des bonheurs et malheurs que nous essuyons au cours du temps qui coule. On n'ose parler de l'histoire que dépeint Donald Alarie, tant&lt;i&gt; &lt;/i&gt;elle rassemble des éléments simples, parfois crédules, pour explorer le cœur d'un homme épris de deux femmes. Hésitation, défection, questionnement, autant de prétextes à se dérober lorsqu'il s'agit de planifier un soupçon de bien-être amoureux lors du dernier tour d'une existence bien remplie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;David a atteint l'âge où la paix, la tolérance, la camaraderie sont parmi les priorités convenant aux soixante-cinq années qui ont laissé sur la chair et les os, le cœur et l'âme, leur lot de quiétude mais aussi leur tribut de souffrance. Naissance et mort, mariage et divorce, promesse et trahison, ce sont les prix à payer pour soutenir les désagréments qui façonnent les expériences humaines. Complexité et confusion des sentiments quand David oscille entre Yolande avec laquelle il entretient une liaison houleuse depuis une douzaine d'années, Colette de qui il a fait la connaissance trois mois plus tôt alors qu'il effectuait des réparations dans sa maison. Yolande et Colette, l'envers et le revers de destins opposés. Yolande, l'aventureuse, qui ne peut se passer des hommes « en moyens » que le hasard distribue sur sa route, Colette, sédentaire et fidèle, divorcée d'un joueur compulsif. Leur personnalité se complète, s'enchevêtre suffisamment pour troubler les journées et les nuits de David qui, faisant preuve de sérénité, savoure les instants prospères que les heures rondes lui offrent. Sa patience généreuse envers Yolande sera le point déclencheur de la conclusion qui s'impose. Il faut tôt ou tard que les inconvenances, les maladresses que nous commettons se cautérisent ; nous devons protéger les êtres qui nous aiment, n'attendent que le meilleur de nous. C'est la part lumineuse que David utilise, ne perdant jamais de vue que le temps s'étrécit, pour aller vers ceux qui ont besoin de lui, de ses gestes tranquilles, de son regard chaleureux. Si Antoine, l'ami de toujours, et Thomas, le père handicapé de Benoît, interviennent sans faillir, ces deux-là combattant des lacunes épineuses de leur existence, il n'en demeure pas moins que David, subtil et discret, s'interroge sur les nécessités de ces deux hommes lucides. Ainsi, le roman de Donald Alarie, loin des modes et du bruit éphémère qui les accompagne, rythme ses accords au son du jazz ; mélodieux périple apaisant quand David se démène avec les péripéties que concoctent les allers-retours impromptus de Yolande, tenant au bout de son bras sa symbolique petite valise. Mais un jour, tel le dénouement souriant d'une fable, arrive ce qui devait se produire. Yolande et Colette, qui a passé la nuit chez David, se rencontrent inopinément. Embarras de l'amant qui lui fait dire intérieurement : « Eh bien, mon vieux, tu as couru après... » Complicité latente des deux femmes qui se posent mutuellement des questions. Après que des petites lâchetés ont été réglées, l'incident grossier les obligera, tous les trois, à faire un choix décisif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On n'a pas évoqué l'étonnante sensualité, et l'humour, enjolivant plusieurs chapitres. Que l'amour se fasse avec Yolande ou Colette, se dise avec des mots éternels, un flot de tendresse hétérogène compose cette histoire rebattue, unique, puisque l'amour y domine. Donald Alarie dépeint des « grands et petits malheurs » que chacun d'entre nous traverse, que chacun d'entre nous dissipe, le temps éminçant les couches successives de nos épreuves. Il faut avoir acquis un talent exceptionnel — tout s'apprend — pour épurer ce qui en vaut la peine, parvenir à une telle maîtrise de l'écriture, le pouvoir des mots s'avére étouffant quand trop envahissant. L'habileté créatrice de Donald Alarie rappelle ces chanteurs qui, sur scène, usent de leur voix, de leurs textes pour envoûter un public admiratif. Nul besoin d'apparat critique, de paillettes et de strass, de pots fumigènes pour dissimuler la banalité de chansons futiles. Un air de jazz suffira, que, émus, nous écoutons en refermant le roman d'un écrivain hors de pair.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;J'attends ton appel, &lt;/i&gt;Donald Alarie&lt;br /&gt;XYZ éditeur, Montréal, 2011, 132 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7230587894501276773?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7230587894501276773/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/eternel-masculin.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7230587894501276773'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7230587894501276773'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/eternel-masculin.html' title='Éternel masculin ! ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-3nV0UaEXO00/TpQ7xl-epcI/AAAAAAAAApM/dVKs2hRSRbE/s72-c/11970.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-4936925775679632166</id><published>2011-10-03T08:45:00.000-04:00</published><updated>2011-10-03T08:45:34.087-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Voix d'ombre et de lumière ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-PdkR5Rkhz94/TomuWZhVNlI/AAAAAAAAApI/ttciDVXPlU8/s1600/9782923342542.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-PdkR5Rkhz94/TomuWZhVNlI/AAAAAAAAApI/ttciDVXPlU8/s200/9782923342542.jpg" width="132" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Ciel gris ardoisé, ciel bleu azur. En levant le nez, on se dit que ces teintes changeantes ressemblent à celles de la vie. Un jour bleu, un jour gris, comme nous le mentionnons couramment. Il n'empêche qu'au-dessous du ciel, les humains fonctionnent au rythme de leurs humeurs. De généreuses qui leur font tendre la main vers un sans-abri, de mauvaises qui leur font tourner la tête vers des réussites aléatoires. Négliger la misère dispersée au ras de l'asphalte. On a lu &lt;i&gt;Thure, &lt;/i&gt;premier roman de Thierry Leuzy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois générations d'hommes et de femmes démultipliées par la voix mentale d'un agonisant. Sur son ventre se tient son fils, Thure, que son épouse, Mijeanne, après avoir accouché, a posé là pour qu'il s'imprègne de l'esprit paternel. Le mourant se prénomme Arthur, il est le fils de Mika et d'un homme haineux, secret qui sera dévoilé dix-sept ans plus tard quand Arthur émettra le désir de rentrer dans l'armée. Après la mort de sa mère et de sa grand-mère Kay, il sera élevé par son grand-père Youri Michoustine, qui avait été danseur aux Ballets russes avant de s'exiler au Canada. Au fur et à mesure que le temps s'écoule, qu'il délie les chagrins du moribond, et les apaise, Thure intervient. Il a trente-trois ans, est père de Fay, fillette de dix ans. Sculpteur, il vit où son père, « faisait jadis les décors pour les spectacles de l'Académie. » À la suite d'un grave accident, Arthur est tombé dans un coma profond. Son enfant naissant étendu sur sa chair anéantie, il ne cessera de déployer le passé pour que Thure n'oublie pas d'où il vient, et surtout pour qu'il sache de qui, lui, Arthur, a été l'enfant. De l'héroïsme de sa mère Mika, de l'insoutenable douleur de Papi Youri qui, malgré l'horreur, a dû apprendre à l'aimer. Il lui a fallu cinq années pour juguler la répulsion qu'il éprouve lorsqu'il se rappelle Mika, sa fille torturée et violée par les nazis. Cinq années pendant lesquelles il placera Arthur dans une famille d'accueil en province française. Quand il le reprendra, une indéfectible histoire d'amour se tissera entre l'homme et l'enfant. Arrêt provisoire à Marseille avant d'embarquer pour le Canada — admirable traversée — où les attend un rabbin dont la fille a été sauvée grâce au sacrifice de Mika.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire est parsemée de sentiments indéfinissables, ricochant d'un côté et de l'autre. Entremêlant ce qui a été, ce qui ne sera jamais plus. Regard nostalgique pénétrant les êtres et les choses, regard englobant l'amour humain lorsqu'il est réparti entre des individus malmenés par des peurs viscérales, par les maladresses du corps qui doit apprendre la perfectible beauté du mouvement. Le tremblotement des paroles. C'est souvent en sourdine qu'Arthur s'adresse à son fils, craignant peut-être de l'éveiller aux turpitudes de l'existence. Plus tard, Thure se remémorera le parcours intense de son grand-père, celui de son père, lorsqu'ils décrivent des femmes, des lieux, des figures propres à la danse. Si parfois la voix de Thure interfère celle de son père, elles établissent un écho porté par des souvenirs toujours prégnants. Cependant, un flou demeure, évitant une idéalisation des personnages, un encombrement du passé dans le présent. Ainsi, quand Thure déambule un soir dans une ruelle « las d'écarteler [sa] solitude aux quatre coins du studio », et qu'il fait la connaissance d'un monde interlope, nous ne savons trop quelle est la part du songe ou du cauchemar. Déambulation envoûtante renforcée par la mélancolie de la disparition éthérée de Papi Youri, dépeinte par Arthur. Se cogner à des couloirs graffités de bonheurs et de chagrin, affermis par le charme slave que dégagent profondément ces hommes et ces femmes, ces dernières très souvent héroïques, demeurent parmi les plus belles pages du roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce long récit concentre les flétrissures d'une enfance passionnée pour la danse, pour le théâtre, très tôt encouragée par un grand-père meurtri par les aberrations d'une guerre qui le touchera jusque dans son âme. Une grandeur née de souffrances que seuls les Européens d'une certaine génération ont engrangée dans leurs gènes, comme si d'y pourvoir servait d'antidote aux embûches survenant inévitablement dans une existence. Nous avons l'impression qu'à travers des phrases chiffonnées par une poésie lyrique, exultent des scènes hallucinatoires entrecoupées de courtes séquences dans lesquelles Thure se démène du mieux qu'il peut, tenant par la main sa fille Fay qui, elle, partage ses jeunes années entre un père et une mère séparés, dispersés dans leurs propres codes. Autre temps, autre danse que Fay doit exécuter, laissant provisoirement de côté les intermittences du passé, plus accessibles que les méandres de la mémoire blessée par de trop douloureuses confidences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On recommande la lecture de ce roman pour ce qu'il nous apprend encore et encore des méfaits humains mais, aussi, la capacité des hommes à renouer avec la chair amoureuse quand les morsures fielleuses d'actes indécents se sont cicatrisées, quand les corps amputés ont enfin trouvé une manière différente de se reconstruire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Thure, &lt;/i&gt;Thierry Leuzy&lt;br /&gt;Les Éditions de la Bagnole, collection Parking&lt;br /&gt;Montréal, 2011, 168 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-4936925775679632166?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/4936925775679632166/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/voix-dombre-et-de-lumiere.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4936925775679632166'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4936925775679632166'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/10/voix-dombre-et-de-lumiere.html' title='Voix d&apos;ombre et de lumière ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-PdkR5Rkhz94/TomuWZhVNlI/AAAAAAAAApI/ttciDVXPlU8/s72-c/9782923342542.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1946581204079151355</id><published>2011-09-19T08:19:00.001-04:00</published><updated>2011-09-19T11:55:10.649-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Récits'/><title type='text'>La mort et ses vengeances  ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-uRkKeNU0LGA/TnczOe1gFVI/AAAAAAAAApE/OGC8m5jCfjE/s1600/poster_81451.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-uRkKeNU0LGA/TnczOe1gFVI/AAAAAAAAApE/OGC8m5jCfjE/s200/poster_81451.jpg" width="105" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Aujourd'hui, on est offusquée par les nouvelles télévisées. On dit aujourd'hui, mais l'indignation fait partie de nos constantes interrogations. On n'a rien de particulier à mentionner, mais que d'hypocrisie dans les déclarations d'hommes ou de femmes politiques qui ne songent qu'à servir leurs ambitions. Que ces personnes soient d'ici ou d'ailleurs, elles génèrent une révolte contenue. Faudrait-il souhaiter une révolution planétaire pour remettre les pendules à l'heure ? On a lu les récits de Laurent Gaudé, &lt;i&gt;Les oliviers du Négus.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Étrange descente aux enfers que manigancent ces quatre récits. Du monde moderne où le narrateur se démarque, il nous convie à regarder derrière notre épaule.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Des histoires où la mort intervient pour se souvenir d'événements presque irréels. Le premier récit éponyme nous plonge au cœur des oliviers de Calena, en Italie, où Zio Négus vient de mourir. Le narrateur, qui fut son ami, raconte l'invraisemblable cheminement du vieux rebelle qui croit entendre l'empereur souabe, Frédéric II, chevaucher parmi le royaume des morts. En son siècle, le souverain a forcé les portes de l'abbaye de Calena, édifice appartenant à une riche famille italienne despote, qui en interdit l'accès malgré les suppliques des villageois et du curé. Zio Négus a participé à la guerre italienne en Éthiopie — d'où son surnom — et, revenu dans son fief natal, il ne cesse de narguer les habitants, les insultent, les méprisent, eux qui ignorent l'aberration des massacres. Les oliviers de Calena l'ont appelé, il leur parle, se confie au narrateur qui manifeste à son égard une amicale compréhension. Mais Zio Négus est mort et le narrateur, son épouse et ses enfants, assistent à son minable enterrement. En parallèle, à des époques différentes, Frédéric II et Zio Négus auront payé un lourd tribut, l'un, pour avoir eu l'audace de défier la mort, l'autre, pour l'avoir croisée de si près.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le deuxième récit, &lt;i&gt;Le bâtard du bout du monde, &lt;/i&gt;propulse le lecteur à Rome, au siècle de l'empereur Hadrien. Lucius, bâtard de l'Aventin, est citoyen de l'Empire, la Légion l'a fait. L'empereur l'a envoyé aux confins de Rome, dans un fort brumeux et pluvieux, « pays de nulle part », au bout du monde, éradiquer les Barbares. Or, le centurion qui, depuis trois ans, tient son poste, et que Lucius transpercera de son glaive, est son père. Poussé par une curiosité morbide, il partira avec quelques-uns des hommes, s'aventurera sur des terres arides, « non pour les conquérir mais pour les traverser. » Peu à peu, le mercenaire sent une paralysie gagner son bras puis tout son être. Lui et ses comparses seront attaqués par les Barbares, Lucius demeurera le seul survivant. « Le dernier Romain en terre étrangère. » Le fort sera endommagé par les nouveaux conquérants et quand, paralytique, Lucius rentrera à Rome, il se rendra compte que l'Empire vit ses derniers beaux jours. Disgracié par la Légion, réfugié en haut de l'Aventin, il se lamente sur son crime et sur son échec. Sur son amour pour Rome qui, comme lui, agonise. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la chute des pierres, nous essuyons la colère de la Terre. L'action se passe dans un village français en Artois, durant la Grande Guerre. S'inspirant du mythe juif du Golem, l'auteur, Laurent Gaudé, nous renvoie notre propre image. Nous devrons payer les crimes que nous fomentons à l'égard de la Terre. Sur le Front, la terre a été abandonnée des paysans, labourée par la mitraille, éventrée par les obus. Elle ne suffit plus à enterrer les corps. Alors, elle envoie aux humains un monstre glaiseux que les combattants et les paysans auront beau disloquer en sept morceaux, l'enfermer dans des caisses clouées, il se reconstituera de lui-même une nuit où le vieux Fosquin, qui devrait être déjà mort, décide de l'exterminer... Ce conte effarant s'intitule &lt;i&gt;Je finirai à terre.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Un tombeau à Palerme &lt;/i&gt;se veut un hommage à la tragédie de Capaci, survenue en 1992. Le juge Paolo Borsellino se remémore les derniers moments de son « frère » Giovanni Falcone, qui a explosé avec son épouse, Francesca Morvillo, et leurs trois gardes du corps sur l'asphalte bourré de tolite. Paolo Borsellino se sait condamner à périr lui aussi dans un attentat similaire. Pendant quelques heures, il doutera de ses capacités à décapiter un autre monstre, la mafia. Il sera tenté de tout abandonner, s'accordera un semblant de liberté en déambulant dans un marché, sans escorte...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si on a consacré une place inhabituelle à un auteur français, Laurent Gaudé, c'est pour le faire connaître au lectorat québécois. On a été impressionnée par le talent inimitable de ce jeune auteur, par les thèmes vastes, universels, qu'il aborde. Des histoires poignantes et dures imprègnent les quatre récits. L'écriture à la fois poétique et dense, le style incisif, ciselé, tel un détail de sculpture, s'accordent fatalement à prédire que, tôt ou tard, nos actes nous rattrapent d'une manière implacable. Laurent Gaudé a été lauréat du prix Goncourt en 2004 pour son roman, &lt;i&gt;Le soleil des Scorta.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire et relire sans modération !&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les oliviers du Négus, &lt;/i&gt;Laurent Gaudé&lt;br /&gt;Éditions Actes Sud / Leméac, Arles / Montréal, 2011, 160 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1946581204079151355?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1946581204079151355/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/09/la-mort-et-ses-vengeances.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1946581204079151355'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1946581204079151355'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/09/la-mort-et-ses-vengeances.html' title='La mort et ses vengeances  ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-uRkKeNU0LGA/TnczOe1gFVI/AAAAAAAAApE/OGC8m5jCfjE/s72-c/poster_81451.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3080499382667820266</id><published>2011-09-06T08:55:00.002-04:00</published><updated>2011-09-10T10:53:12.076-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Deux hommes, deux immortels ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-pD3a5lp4gpI/TmYYLIvum4I/AAAAAAAAApA/ahGeUx6WqXI/s1600/1194139-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/-pD3a5lp4gpI/TmYYLIvum4I/AAAAAAAAApA/ahGeUx6WqXI/s200/1194139-gf.jpg" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Septembre est le mois qu'on préfère. Il n'est plus tout à fait l'été ni encore l'automne. Mois qui se suffit à lui-même. Qu'a-t-on fait en des dates ultérieures de ce temps flamboyant ? Des marches, des rencontres, des escapades. On a aussi grandi, mûri. Vieilli. On s'est tournée vers les autres, on a détesté le nombrilisme. Il y aura quatre ans la saison prochaine qu'on a pris la décision de créer un blogue pour y parler de livres québécois et de quelques traductions. On se penche sur &lt;i&gt;Le juste milieu, &lt;/i&gt;roman signé Annabel Lyon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire s'ouvre sur Aristote, trois siècles avant l'avènement du Christ. Le philosophe, accompagné de son épouse Pythias, de son neveu Callisthène, et de sa suite, se rend à Pella, capitale de la Macédoine. Il y retrouve son ami d'enfance, le roi Philippe, qui lui demandera d'être le précepteur de son fils cadet, le futur Alexandre le Grand. Le fils aîné de Philippe, Arrhidée, est déficient mental. Philosophe et médecin, Aristote tentera d'améliorer son sort en lui prodiguant des soins appropriés à l'époque. Ce sont les chevaux qui capteront l'attention mentale du garçon. Puis, Aristote rencontrera Alexandre, treize ans, rétif, en conflit constant avec le souverain. Déjà, il rêve de conquérir le monde, la timidité politique de son père et ses maladresses diplomatiques l'exaspérant au plus haut point. Aristote sera le maître qui répondra du mieux possible à ses questionnements insatisfaits, exigeants, ne perdant jamais de vue qu'Alexandre est le prince héritier. À travers des dialogues incisifs, truffés de symbolisme, l'homme et l'adolescent chemineront intellectuellement ensemble. Aristote lui apprendra à distinguer le juste milieu de toute chose, soit d'abolir les excès, d'éviter les insuffisances. Leçon qu'Alexandre, téméraire et passionné, mettra peu souvent en pratique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Féru de théâtre, de médecine, de sciences, Aristote se remémorera son père, médecin, sa mère, sage-femme, parents qu'il perdit à onze ans. Sa voix narrative nous informera qu'il est né à Stagire, une colonie grecque. Disciple de Platon pendant plus de vingt ans, il prendra une distance critique face à son maître et fondera sa propre école, le célèbre Lycée, plus tard financé par Alexandre le Grand. Quand il revoit Philippe, vingt-cinq années se sont écoulées. Il est marié à Pythias, de qui il aura une fille. Après la mort de son épouse, il s'accommodera d'une compagne, Herpyllis, elle aussi native de Stagire, qui lui donnera un fils. Ce retour dans le passé se greffe à des moments poignants, à des guerres impitoyables, des conflits de cour, des vengeances sanglantes. Des rencontres assidues avec Alexandre qui dissimule de profonds désirs ambitieux, de plus en plus exacerbés par la haine qu'il éprouve pour un père dissolu, ombrageux de la maturité de son fils, de l'influence que son illustre précepteur exerce sur le jeune homme. Cependant, l'enseignement d'Aristote envers Alexandre ne durera que deux ou trois ans, l'adolescent orgueilleux, indépendant, acceptant mal de se laisser guider par un homme de qui, obscurément, il est épris comme d'un père. Leurs échanges se nourrissent de thèmes qu'Alexandre ne peut confier à son entourage : la médecine, la géographie, et plus intime, son affection méprisante pour sa mère, ses amours avec des garçons de son âge. Confident attentionné, Aristote essaie d'apprivoiser son élève en piquant sa curiosité sur des sujets naturalistes : l'étude des guêpes, la dissection de cadavres, alors proscrite. De ces leçons partagées parfois avec ses compagnons, Alexandre en sort grandi, confiant à son maître le nom des pays qu'il vaincra. L'Asie Mineure, la Syrie, l'Égypte... À la suite de l'assassinat de son père, Alexandre suppliera Aristote de l'escorter avec son armée. Ne lui avoue-t-il pas qu'il est son enfant. L'un des plus émouvants échanges entre le philosophe et le guerrier qui, tous deux, bouleverseront le monde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman qui nous en apprend beaucoup sur les mœurs de l'époque macédonienne alors à son apogée. On se rend compte que peu de choses ont changé : la conquête par la force meurtrière des guerres, les populations civiles décimées, réduites à l'esclavage. Les femmes vendues à l'encan. C'est l'ère des superstitions païennes, des dieux de pierre, des oracles, de l'analphabétisme réducteur, des intrigues se réglant à l'arme blanche. Du patriotisme agressif. Les Athéniens considéraient Aristote, malgré son rang privilégié — il s'habille de linge fin, se pare de bijoux — tel un étranger, sa mère et sa ville natale étant grecques.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a lu ce roman avec un immense plaisir, mais on a été dérangée par l'approximation de situations dépeintes en surface. On sait que l'anecdote forge une existence. Même si de nombreux dialogues, empreints d'une grande habileté, créent un lien affectif entre les deux hommes, les propos du récit s'ouvrent sur différentes considérations ne concernant en rien le prince héritier. Perçus par la voix d'Aristote, les événements se propagent dans le temps et l'espace sans qu'Alexandre en soit témoin. Historiquement, il n'est pas certain que le philosophe ait accompagné Alexandre dans ses dangereux périples. Si le roman se termine sur ce tableau, mirant ainsi le voyage du premier chapitre, on aurait aimé connaître ce qu'a ressenti le vieil homme quand Alexandre sera tué, jeune, à la bataille de Crannon. Aristote mourra à soixante-trois ans d'une maladie d'estomac, à Chalcis, île d'Eubée, ville de sa mère. On se plait à imaginer ce que Marguerite Yourcenar, auteure magistrale des &lt;i&gt;Mémoires d'Hadrien &lt;/i&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;aurait magnifié autour de cet homme atteint sa vie durant de « bile noire », mélancolie anxieuse...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;On souligne la justesse de la traduction de David Fauquemberg.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;&lt;i&gt;Le juste milieu, &lt;/i&gt;Annabel Lyon&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;traduit de l'anglais (Canada) par David Fauquemberg&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;Éditions Alto, Québec, 2011, 450 pages&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3080499382667820266?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3080499382667820266/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/09/deux-hommes-deux-immortels.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3080499382667820266'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3080499382667820266'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/09/deux-hommes-deux-immortels.html' title='Deux hommes, deux immortels ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-pD3a5lp4gpI/TmYYLIvum4I/AAAAAAAAApA/ahGeUx6WqXI/s72-c/1194139-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-77393549111148852</id><published>2011-08-29T08:37:00.001-04:00</published><updated>2011-08-29T08:43:22.392-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>De passion et d'essoufflement *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-iechbzKU62w/TluH8Qfb36I/AAAAAAAAAo8/j9iUekop4o4/s1600/76.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-iechbzKU62w/TluH8Qfb36I/AAAAAAAAAo8/j9iUekop4o4/s200/76.jpg" width="128" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Juillet en a terminé avec ses abondances festivalières. Les feux d'artifice n'éclaboussent plus le ciel de Montréal, les bruits suspects de bombardement ont cessé. On évoque des images crispantes qui éclosent en bouquets colorés, ces explosions rappelant des souvenirs douloureux à de nombreux immigrants. Surtout aux enfants qui n'ont aucune mesure du malheur s'abattant sur eux. Pour se rassurer, on se réfugie dans le roman de Lynn Diamond, &lt;i&gt;Leslie Muller ou le principe d'incertitude.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est d'abord la voix de la narratrice, Leslie Muller, qui nous interpelle. En pièces détachées, elle fait allusion à un incendie qui aurait détruit sa maison, puis à un drame qui serait survenu au Salvador. En compagnie de son amant, Josua, médecin et vétéran du Vietnam, elle a vécu trois jours de tuerie durant la guerre civile. Leslie ne s'adresse pas au lecteur mais à ses compagnons de route durant les années quatre-vingt. Porteurs d'un idéal qu'ils ont concrétisé pleinement, ils se sont engagés en Amérique centrale. Il y a Anna, anthropologue, son conjoint Max, professeur de psychologie, Tammy, réalisatrice de documentaires sur le tiers-monde. Lili, la plus jeune du groupe. À quoi s'occupe Leslie ? Elle se situe « sans profession définie », comme si elle s'était consacrée à raconter une histoire d'amitié indestructible, d'amour qui s'effiloche. Ces réminiscences se déroulant sur vingt-cinq ans, nous faisons connaissance avec des hommes et des femmes qui ont regardé au-delà de leur propre vie. Ils n'ont jamais capitulé, les pires expériences leur ayant servi de catalyseur. Certains êtres humains ont besoin de ces tremblements excessifs pour se détourner d'une existence facile et sans risques. Leslie et ses camarades ont beaucoup appris du monde, qu'il soit démuni ou favorisé. Ils n'échappent pas pour autant au doute, à la perplexité, à la folie qui les guette face aux injustices politico-sociales contre lesquelles ils ne peuvent rien. À la peur de se perdre, de ne plus savoir aimer, ni pardonner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Perpétuel chassé-croisé que Leslie entretient en s'interrogeant sur leur manière d'avoir été, de se démener aujourd'hui dans une société assoupie dans son confort, gorgée d'informations plus ou moins véridiques. Pourquoi s'engager quand l'essentiel est à notre portée, l'essentiel se limitant souvent à des futilités. D'une maison ou d'une ville à une autre, Leslie contemple ses compagnons pris eux aussi dans l'engrenage de sentiments contradictoires, de bannissements attardés dans une parcelle d'existence qu'ils ont vécu comme si elle n'était pas la leur. Josua, héroïque dans l'action, se révèle un homme qui fuit l'amour de Leslie, elle-même opaque quand il s'agit de dénoncer ce qui s'est réellement passé au Salvador. Chacun se dissimule en utilisant le passage du temps, en fêtant les cinquante ans de Leslie, tous réunis « dans le jardin de la maison d'Anna. » Ironiques, un peu amers, ils analysent la condition humaine, à savoir ce qu'elle représente après un excès de foi qui, à fleur de jeunesse, les a conduits dans des pays où la misère ne fait que croître. Que reste-t-il de ces années chargées d'émotions fortes, de déceptions amères ? La hantise que rien ne sert à rien, la fatigue qu'ils ressentent, semble conclure Leslie en dialoguant avec Anna, Tammy, Lili. Les ailes des moulins à vent se profilent à l'horizon... Pourtant, en cette époque de ferveur véhémente, tous se sont démarqués dans une entreprise qui les a fait grandir au-delà de leurs espérances. Au-delà peut-être de l'échouement qu'ils ont redouté en se perdant provisoirement, en se retrouvant, fragiles et semblables aux humains quand ils doivent montrer leurs visages nus, déchirer les masques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman lucide, truffé de références philosophiques empruntées à des ouvrages signés Luis Sepelveda, Hermann Hesse et d'autres, que nous offre Lynn Diamond. Roman de la maturité quand, sous les traits de Leslie Muller, en chapitres bousculés par sa propre incertitude, l'auteure dépeint des univers stigmatisés par des conflits qui n'en finissent pas. Trop souvent, nous oublions que des femmes et des hommes admirables, inspirés par la nécessité d'accomplir un destin différent, ou de refuser tout confort moral et physique, mettent leur intégrité au service de peuples asservis par diverses formes de misère...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'écriture, toujours dynamique, enrichie de dialogues efficaces, intelligents, pourvus d'un questionnement confrontant nos raisons d'agir, de se comporter. Écriture frémissante parce que passionnée et volcanique. Roman à lire avant d'entrer de plain-pied dans la saison des nouveautés automnales. On regrette de ne pas avoir parlé plus tôt du dernier ouvrage de Lynn Diamond. On s'est dérobée à la passion de la lecture pour des raisons estivales, nos âges nous permettant de regarder derrière soi sans trembler d'indécision, ni de nous culpabiliser à cause d'un devoir inachevé...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Leslie Muller ou le principe d'incertitude, &lt;/i&gt;Lynn Diamond&lt;br /&gt;Éditions Triptyque, Montréal, 2011, 205 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-77393549111148852?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/77393549111148852/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/08/de-passion-et-dessoufflement-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/77393549111148852'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/77393549111148852'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/08/de-passion-et-dessoufflement-12.html' title='De passion et d&apos;essoufflement *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-iechbzKU62w/TluH8Qfb36I/AAAAAAAAAo8/j9iUekop4o4/s72-c/76.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7105876870668715172</id><published>2011-08-08T08:24:00.000-04:00</published><updated>2011-08-08T08:24:55.150-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Des histoires adhésives *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-kq62V8hUzUo/Tj_VSdHVebI/AAAAAAAAAo4/wXbdTHO3mk8/s1600/1187479-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-kq62V8hUzUo/Tj_VSdHVebI/AAAAAAAAAo4/wXbdTHO3mk8/s200/1187479-gf.jpg" width="116" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Pendant les congés de la deuxième quinzaine de juillet, on a l'impression de vivre sur une planète où les gens font preuve de gentillesse, de patience. Moins de monde, moins de coude à coude dans les transports en commun. Plus de tolérance envers les piétons, les automobilistes eux-mêmes laissent leur mécanique se la couler douce... Serions-nous trop nombreux sur notre Terre souillée par des usagers trop pressés, trop indifférents, parfois agressifs ? On parle du roman signé Marina Lewycka, &lt;i&gt;Des adhésifs dans le monde moderne.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la suite d'une discussion stupide, Rip Sinclair claque la porte de l'appartement qu'il partage avec son épouse, Georgie, et leurs deux enfants, Stella et Ben. Excédé, il annonce qu'il va vivre avec Pete, son partenaire de squash. Celui-ci est marié à Ottoline. Ils habitent une grande maison et louent « parfois le dernier étage transformé en appartement. » Désemparée et en colère, Georgie se débarrasse spontanément des affaires de son mari. Heureuse initiative qui lui fera faire la connaissance d'une vieille dame juive crasseuse, qui se présente à elle comme étant madame Naomi Shapiro, quatre-vingt-un ans. Elle vit avec sept chats grincheux et pisseurs dans une maison délabrée et puante, au nom biblique, Canaan House. La dame et la maison ont une histoire palpitante que Georgie, tout en écrivant un roman à l'eau de rose, essaiera de percer et de résoudre. Elle se heurtera à tant de facettes incohérentes, qu'elle n'hésitera pas à les comparer aux articles qu'elle rédige pour la revue &lt;i&gt;Des adhésifs dans le monde moderne. &lt;/i&gt;Métaphore essaimant le roman, les personnages et les chats s'agitant comme sur une scène de théâtre. Chacun colle à l'autre, dépend de l'autre, malgré de multiples divergences les opposant radicalement. Georgie devra démonter les usurpations de Naomi Shapiro, qui se dissimule depuis soixante ans derrière une douloureuse histoire d'amour. Sa tyrannique voisine admise à l'hôpital à la suite d'une chute dans la neige, Georgie s'occupera d'elle comme elle le fait avec Ben, son fils de quinze ans, qui traverse une troublante crise mystique. Elle imaginera que la maison, un personnage en soi, appartient à l'une de ses tantes, qui veut la mettre en vente. Elle aura alors affaire à de véreux agents immobiliers, sera exposée à tous les compromis malveillants pour acquérir la demeure. Ils collent à Georgie, à Mr Ali, à ses deux neveux qui entreprennent, tant bien que mal, de la rénover. L'un des agents collera tellement à Georgie qu'il éveillera en elle des sensations perverses... Au fur et à mesure que l'intrigue se dénoue, les protagonistes mettent au jour des blessures purulentes, inguérissables. Thématiques complexes qui, sous le couvert d'un humour féroce, d'une légèreté grinçante, s'agglutinent au roman. Pièces d'un puzzle qu'il est bon de souligner : création d'Israël, conflits israëlo-palestiniens, immigration, Deuxième Guerre mondiale, solitude de la vieillesse, révolte des mineurs avant et sous Margaret Thatcher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;Une dualité permanente, tels des jumeaux ennemis, crée des situations où le passé et le présent se disputent une place indéterminée, affaiblissant un précaire avenir. Nous avons l'impression que les luttes finissent toujours par se résorber, ce qui est improbable dans certains cas désespérés. Le monde évolue mais pour aller où ? La maison aux odeurs fétides renferme bien des secrets rassemblés dans des lettres froissées, des photos jaunies, que Naomi Shapiro n'est pas à même de soustraire aux témoins de son passé lequel, sans cesse, ressurgit. Jusqu'à son supposé fils sioniste qui devra partager quelques chambres avec les neveux palestiniens de Mr Ali. Perpétuel affrontement entre des êtres déchirés, exaltés par la convoitise d'une terre constamment saccagée par des hommes à la recherche d'un pays. Une patrie acquise durement après que tous ont été rejetés...&lt;br /&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Étonnée par tant d'incompréhension haineuse, Georgie, en désaccord total avec son mari, réalise qu'il est plus facile de se venger que de faire la paix. Ce qui la fait réfléchir et, écrire, sous la plume de Marina Lewycka, des propos réalistes qui font mouche. « Parfois, quand j'essaie de comprendre ce qui se passe dans le monde, je me surprends à penser à de la colle. » Roman perçu par une femme que chacun utilise à sa manière, d'où son prénom mutilé chaque fois que l'un d'eux recourt à sa générosité. Même son mari se rendra compte que Georgie n'est plus la femme qui se tracassait pour des futilités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'action se déroule en six mois, à Londres, entre l'automne et le printemps. Temps nécessaire à Georgie pour mesurer la bêtifiante sottise humaine. Essayer de recoller ce qui en vaut la peine en philosophant sur les attraits des adhésifs, vaste métaphore décryptant les relations interpersonnelles. En dernier recours, après avoir réussi à réconcilier ceux et celles qui, victimes d'un passé houleux, ne pensaient pas que le pardon fût possible. Georgie, elle aussi aux prises avec une famille récalcitrante, comprend que « tout est étroitement lié, maintenu par une force mystérieuse, que l'on peut appeler colle, si l'on veut. » Elle spécifie « les baleines et les dauphins, les Palestiniens et les juifs, les forêts tropicales, les chats de gouttière, les grandes demeures et les villages de mineurs. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'humour omniprésent, soutenant magistralement le récit, se révèle la grande porte de sortie lorsque les différences, si difficiles à admettre, nous font planer au-dessus de toute indulgence ; elles nous initient à la détestation plutôt qu'à nous délasser dans une paisible cohabitation, Georgie parvenant à disséminer dans l'esprit surchauffé des antagonistes des soupçons de douceur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutefois, le titre original&lt;i&gt; We are all made of glue, &lt;/i&gt;convient mieux aux pertinences de l'histoire que sa traduction en français. À lire pendant les chaudes journées estivales pour ajouter à nos bonheurs de lecture !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Des adhésifs dans le monde moderne, &lt;/i&gt;Marina Lewycka&lt;br /&gt;traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sabine Porte&lt;br /&gt;éditions Alto, Québec, 2011, 585 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7105876870668715172?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7105876870668715172/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/08/des-histoires-adhesives-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7105876870668715172'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7105876870668715172'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/08/des-histoires-adhesives-12.html' title='Des histoires adhésives *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-kq62V8hUzUo/Tj_VSdHVebI/AAAAAAAAAo4/wXbdTHO3mk8/s72-c/1187479-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8709820967758598036</id><published>2011-07-25T08:36:00.000-04:00</published><updated>2011-07-25T08:36:13.735-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Autour d'un homme absent *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-0J7BFqfdKho/Ti1jJ1e7xWI/AAAAAAAAAo0/OVPMLbkVZLY/s1600/Parapluies.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-0J7BFqfdKho/Ti1jJ1e7xWI/AAAAAAAAAo0/OVPMLbkVZLY/s200/Parapluies.jpg" width="123" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Dernièrement, on a fait un rêve étrange. Corps plié vers l'avant, une main tenant un bâton noueux, une vieille femme traversait à pas incertains une clairière d'acacias en fleur. Spectatrice de ce tableau vivant, on s'est souvenue que, petite fille, on se promenait dans cette même clairière. La vie se boucle-t-elle ainsi ? Aujourd'hui, on parle du roman de Christine Eddie, &lt;i&gt;Parapluies.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Béatrice raconte comment Matteo l'a quittée une nuit, alors que la veille, avec des amis, ils ont joyeusement fêté son quarantième anniversaire à elle dans un chic restaurant japonais. Ils sont en couple depuis quinze ans, tout semble aller bien entre eux. Ils s'aiment. Béatrice est correctrice dans « une agence qui produit des catalogues électroniques », Matteo enseigne la littérature dans une université. Très apprécié de ses étudiants, il leur consacre beaucoup de son temps. La mère de ce dernier, Francesca, vit dans l'appartement du rez-de-chaussée. Seul point sombre à leur existence sans failles, ils n'ont pas d'enfants, Béatrice est stérile. Elle a songé à l'adoption, Matteo a habilement découragé ce désir légitime. Béatrice s'interroge longuement sur la disparition de son conjoint quand, passant l'aspirateur sous le lit, le goulot de l'appareil lui rapporte une petite culotte « avec de la dentelle rose pâle », trop grande pour elle. Choc douloureux qui la jette vers Aisha, Somalienne de treize ans, qui a été lapidée parce qu'elle a dénoncé à la milice les hommes qui l'ont violée... Béatrice porte la jeune fille en elle, lui parle, la protège. Le fantôme d'Aisha lui permet de relativiser son malheur, d'évaluer sa chance d'être une femme occidentale indépendante. À l'hôpital, quand sa belle-mère se remettra d'un accident vasculaire cérébral, elle fera la connaissance d'une fillette, Thalie, qui, croit-elle, ressemble à Aisha. Bien sûr, Béatrice fera le tour des amies, des collègues de Matteo pour enfin s'arrêter sur une certaine Daphnée ( avec un &lt;i&gt;e &lt;/i&gt;) Sanschagrin, qu'elle soupçonne d'avoir débauché son conjoint. Depuis que sa vie a basculé dans son quarantième anniversaire, il pleut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous délaissons momentanément Béatrice et entrons dans l'univers adolescent de Daphnée Sanschagrin. Obèse et fille unique, elle se dit sauvée par les livres qu'elle a découverts quand elle s'est lassée des moqueries de ses amies. Du primaire à l'université, son parcours est semé d'embûches cruelles subies par la fréquentation de garçons et de filles qui n'ont aucune indulgence pour sa corpulence. Dans un demi sous-sol qu'elle a loué, elle rêve de rencontrer le docteur Jivago. La littérature russe n'a plus de secret pour elle. Pourquoi n'irait-elle pas sur place pour en savoir davantage ? Fascinée par les cours dynamiques de Matteo Jordi, éperdument amoureuse, Daphnée devient son assistante. Lui ne prête pas attention à ses avances, il est aveuglé, essoufflé par Catherine, doctorante en littérature. Coup de poing en plein visage qu'il ne sait comment soigner, et dont sa jeune cinquantaine est responsable, se plaint-il à ses deux meilleurs amis. Catherine est mère célibataire d'une petite métisse prénommée Thalie, déjà rencontrée brièvement dans l'existence de Béatrice. Alors qu'il a rendez-vous avec Catherine, celle-ci se dédit, aucune gardienne n'est disponible. Daphnée, écoutant la conversation téléphonique dans le bureau de son directeur de maîtrise, se propose de jouer ce rôle, elle « sait y faire avec les bébés. » Matteo jubile, affirme qu'elle est un ange.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Troisième femme du roman : Catherine. Elle est très séduisante et va d'un homme à un autre. Elle travaille dans une librairie, habite un HLM, se présente à Matteo Jordi, décidée à faire une thèse de doctorat sur la différence de plusieurs littératures. Elle est aussi la maman de Thalie qui, à dix ans, lui pose des questions embarrassantes sur son papa. Catherine bafouille, se contredit, élude. Incapable de supporter davantage les tricheries de sa mère, Thalie vendra des journaux, de manière à gagner des sous qui l'aideront à retrouver son père, qu'elle pense être Barak Obama... Puis, un matin, une vieille dame lui ouvre sa porte, elle est italienne, prépare à la fillette du chocolat chaud, elle s'appelle Francesca. Il ne cesse de pleuvoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est un lot de surprises arc-en-ciel que nous offre Christine Eddie. Magnifiquement structuré, le roman fait penser à deux mains qui se joignent autour d'autres mains, celles-là, immobiles et boueuses. Ce sont les mains de Matteo qui ne peuvent plus tendre la lettre qu'il a écrite à Béatrice. Le destin de trois femmes s'imbrique, abritant des vies alternées sous des parapluies imaginaires. Superbe parabole. L'auteure ne dit-elle pas « qu'on traîne en soi un sac de plomb […] » ? Le tour de force de Christine Eddie, c'est d'avoir utilisé un ton primesautier pour dénoncer des « choses terribles ». Aucun apitoiement, tout est légèreté. L'être humain n'est-il pas composé de ces situations déchirantes qui le font se lamenter, avivant les larmes. Les soupçons de Béatrice ne s'appuient-ils pas sur une réalité surfaite, comme si la disparition de Matteo s'avérait nécessaire pour mettre en branle une machine infernale qui nous assourdit. La vieillesse, la solitude, la paternité, la maternité. Le sort des petites filles somaliennes, africaines. Moult sujets traités par l'auteure, déliant une profonde lucidité, un nœud coulant dans la gorge. Générosité de sa part, soustrayant le lecteur à trop de désarroi, alimentant une mûre et amère réflexion sur nos capacités à cheminer dans des sentiers tracés au hasard des forêts dans lesquelles nous nous enfonçons, sans ombre pour nous rafraîchir, ni eau pour nous désaltérer. À lire absolument.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Parapluies, &lt;/i&gt;Christine Eddie&lt;br /&gt;éditions Alto, Québec, 2011, 200 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8709820967758598036?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8709820967758598036/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/07/autour-dun-homme-absent-12.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8709820967758598036'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8709820967758598036'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/07/autour-dun-homme-absent-12.html' title='Autour d&apos;un homme absent *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-0J7BFqfdKho/Ti1jJ1e7xWI/AAAAAAAAAo0/OVPMLbkVZLY/s72-c/Parapluies.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-4312381316226900164</id><published>2011-06-20T08:37:00.000-04:00</published><updated>2011-06-20T08:37:23.330-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Regards étonnés sur cour *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-PCpLJCTwVGY/Tf8-7JNsvVI/AAAAAAAAAos/_axkWQFPKxw/s1600/big_parking_cafe_filtre.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-PCpLJCTwVGY/Tf8-7JNsvVI/AAAAAAAAAos/_axkWQFPKxw/s200/big_parking_cafe_filtre.jpg" width="133" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Ce matin, très tôt, on a rencontré un géant chevauchant une autruche ailée, une femme glissant sur sa queue de sirène. Une fillette courant après un lapin rose, un pierrot blafard suspendu à un croissant de lune. Rencontres improbables si d'elles n'émanait pas une odeur poussiéreuse de livre enfantin... On aurait voulu poursuivre la balade de papier, mais on a été sollicitée par le premier recueil de nouvelles d'Amélie Panneton, &lt;i&gt;Le charme discret du café filtre.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela se passe dans le quartier pittoresque de Saint-Roch, à Québec. Un immeuble où vont et viennent les locataires, pour la plupart des étudiants, des chômeurs, des retraités. Avant de les évoquer, l'auteure ouvre ses nouvelles sur une sorte d'introduction, donnant vie épistolaire à des cartes postales envoyées et reçues par les occupants de l'édifice. Point de repère que nous suivons comme autant de cailloux blancs de poucet. Au premier étage, résident quatre personnes se débattant avec leurs démêlés sentimentaux, professionnels. Ils se croisent, bien souvent se décroisent, parvenant à s'isoler pour donner leur point de vue sur des sujets réalistes. Félix porte un regard critique sur ses compagnons ; Samuel, quand il fait son épicerie, aime « espionner les messieurs d'un certain âge ». Charles s'imagine au cinéma avec une fille de hasard ; Martine s'attarde sur un homme invisible de l'immeuble, qui ne sort qu'au printemps. Des détails photographiques enjolivent ces impressions spontanées, se recoupent avec les agissements d'autres locataires, destinataires de cartes postales. Au deuxième étage, nous faisons la connaissance de Rodrigue et d'Yves. Rodrigue nous livrera l'un des plus beaux textes du recueil, &lt;i&gt;Le goût des&lt;/i&gt; &lt;i&gt;choses perdues&lt;/i&gt;. Un vieil homme de quatre-vingt-un ans attend que l'hiver recule pour aller "magasiner ". Tentative hésitante entre les premiers pas dehors et le choix de son alimentation dans une épicerie. Les gestes frémissent, les regards effleurent, tel le reflet d'un visage fripé sur un lac caressé par la brise. Émouvants, comme l'illusion de la jeunesse qui ne revient plus. À mots couverts, Yves racontera le métissage de sa mère puis son intrusion malvenue dans la cour où Nadia se fait bronzer. Toujours aux deuxième étage, demeurent Anne et Philippe qui, à tour de rôle, mentionnent des faits divers qui tissent une existence. Minimalistes, certes, nous les observons de près ou de loin, selon qu'ils entrent dans un bistrot ou se figent au bord d'un trottoir. Anne et Philippe, colocataires perclus d'une amitié indéfectible, sont outrés quand des amis communs, les croyant amoureux, leur offrent une machine à espresso. Par divers moyens, ils essaieront de s'en débarrasser mais la machine à café s'impose. Jusqu'au soir où Anne inventera une astuce. Longue nouvelle éponyme caustique, grinçante, englobant l'utilité de l'objet, les indiscrétions concernant les différents locataires. Ainsi, au troisième, Pénélope s'interroge sur la valeur de la pensée de Thalès de Milet, philosophe et savant grec. Elle aussi reçoit des cartes postales de sa petite sœur Zoé. En février, Pénélope affronte les intempéries pour attraper l'autobus. Occasions de rabâcher de courtes nostalgies. À ce même étage, vivent Maryse et sa fille Louise. Trois nouvelles formant un récit. L'auteure dépeint indiciblement comment Maryse a connu Antoine, le père de sa fille, comment il a failli à ses responsabilités, comment elle l'a largué. Son comportement ambigu avec Louise. Puis, comment Maryse gagne sa vie, les tribulations de sa digne profession : boulangère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la thématique est simple, le regard que pose Amélie Panneton sur les êtres de sa génération, contient une maturité étonnamment lucide. L'écriture elle-même surprend par sa juste maîtrise. Futurs hommes et femmes se cherchent, entravés qu'ils sont dans des propos anodins, des amours essoufflées, mortes. Précarité de la jeunesse, viduité de la vieillesse. Des passages à vide, des trous de solitude, comme dans les cauchemars. Nous tombons dans de profonds vertiges avant de retrouver le sol stable, de reprendre les questionnements, une déchirure au fond de l'âme. De jeunes adultes en quête de ce qui rarement nous atteint : l'absolu. Des regards étonnés sur cette cour où chacun essaie de vivre le mieux possible, se protégeant contre les déceptions, les manques. L'usure. En apparence, rien ne se passe, mais dans la vie que se passe-t-il vraiment qui fasse exception aux usages routiniers ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déconcertant premier recueil de nouvelles éloigné de toute mode ; singulière incursion d'Amélie Panneton dans un univers qui certainement lui ressemble un peu. Ou qui du moins l'instigue. Cohabitation avec la réalité et l'imaginaire qui, greffée aux préoccupations existentielles de l'auteure, comme nous en avons tous, influe sur la manière d'extérioriser nos démons... Ne sont-ils pas le fil conducteur qui a dirigé Amélie Panneton vers des êtres solitaires malgré leur proximité ? Leur frôlement dans les escaliers, leurs secrets décodés par une auteure à l'inspiration féconde. Nous la lisons sans nous lasser de cet immeuble, symbole de la fragilité et de la force humaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le charme discret du café filtre, &lt;/i&gt;Amélie Panneton&lt;br /&gt;éditions de la Bagnole, collection Parking&lt;br /&gt;Montréal, 2011, 160 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-4312381316226900164?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/4312381316226900164/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/06/regards-etonnes-sur-cour-12.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4312381316226900164'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4312381316226900164'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/06/regards-etonnes-sur-cour-12.html' title='Regards étonnés sur cour *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-PCpLJCTwVGY/Tf8-7JNsvVI/AAAAAAAAAos/_axkWQFPKxw/s72-c/big_parking_cafe_filtre.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-149169977129538876</id><published>2011-06-13T06:47:00.000-04:00</published><updated>2011-06-13T06:47:57.602-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un monde si proche du nôtre ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-u_GC4Rjfjs4/TfXqxcfHXGI/AAAAAAAAAoo/v4BbLpazqso/s1600/44b833a0c950414dfd52a0cff4a6de17-fullsize.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/-u_GC4Rjfjs4/TfXqxcfHXGI/AAAAAAAAAoo/v4BbLpazqso/s200/44b833a0c950414dfd52a0cff4a6de17-fullsize.jpg" width="124" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&amp;nbsp;Juin, mois de la lumière. Non celle des lampadaires ni celle des feux d'artifice. On parle du vert des arbres, des pelouses, des plantes. De leurs reflets sur l'eau des bassins, sur l'iris de nos yeux. Un peu de poésie est de mise à quelques jours des fêtes de la saint Jean-Baptiste. On se promène dans des allées verdoyantes avec, serré entre les doigts, le premier roman de Jean-Marc Ouellet, &lt;i&gt;L'homme des jours oubliés.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors qu'il savoure un samedi agréable dans sa maison, entre sa femme et sa fille, Étienne Beauchamp, jeune médecin dans la trentaine,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;est soudainement projeté dans le quartier d'une ville dévastée par la guerre. Il ne se souvient de rien, ni de quel bouleversement il a été la victime. Le serveur d'un bistrot lui dira piteusement « qu'on ne suivait plus le passage du temps. ». Observant les gens, Étienne se rend compte que ceux-ci ne dépassent pas trente ans. Aucun individu plus âgé, aucun enfant. Chacun est méfiant, vindicatif, désespéré. Aucun véhicule n'encombre les rues. Il entre dans une échoppe, une femme à l'allure « coquine » prend la commande d'Étienne puis, l'informe vulgairement qu'il est en Emeldham.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En parallèle, le lecteur fait la connaissance de Kaïna, résidente de la ville. Elle aussi est jeune, a connu des jours meilleurs, et pour subsister, elle gère un « étal de fruits et de légumes. » Dirigé par l'Autorité, le marché central réunit les producteurs de la région, qui ne peuvent vendre ou troquer aucune marchandise sans leur assentiment. Des gangs se sont formés, exploitant la peur craintive des citadins. Dangereux, car sans avenir, promis à une déchéance certaine, les agresseurs menacent, attaquent à l'arme blanche celui qui détient quelque trésor... C'est ainsi qu'un soir Kaïna deviendra leur proie. L'incident se déroule sous les fenêtres d'un ancien hôtel où Étienne Beauchamp s'est réfugié pour y dormir. Entendant les plaintes d'une femme, il se précipitera, mettra en échec les vauriens. Au moment où la partie semble gagnée, l'un d'eux poignarde lâchement Étienne dans le dos et, le laissant pour mort, il s'enfuit... Kaïna cachera son sauveur chez elle, pendant cinq jours, elle le soignera avec les moyens du bord. De constitution solide, Étienne se remettra lentement de sa blessure. L'enfermement forcé dans l'appartement de Kaïna encouragera les confidences. Étienne relatera son aventure singulière dans ce monde inconnu. Sa femme et sa fille. En retour, Kaïna racontera la guerre, l'épidémie qui a décimé la population, l'infertilité survenue, le décès des enfants et des personnes âgées au-delà de trente ans. Mise en confiance par le charisme et la bonne foi de son compagnon, Kaïna lui confiera son appartenance au groupe Athéna désirant mettre fin à la tyrannie de l'Autorité, autrefois sous l'égide d'une femme mystérieuse se prénommant Gaïa. Au prix de sa vie, elle l'entraînera dans leur fief, le présentera à leur chef Shamesh qui, d'abord méfiant, se liera d'amitié avec lui. Ensemble, ils visiteront les hôpitaux, y cherchant les indices d'une épidémie endémique. Mais la guerre des clans étant ce qu'elle est, despote et cruelle, le groupe Athéna résistera mal à l'attaque surprise de l'Autorité fomentée par le général Philidor. Shamesh et Kaïna ne s'en remettront pas. En souvenir des deux êtres qu'il a aimés, Étienne poursuivra leur mission puis, son mandat terminé, il tentera de retrouver sa femme et sa fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman complexe où les zones d'ombre cernent Étienne Beauchamp. Ombre d'un être troublant qui ne cesse de lui démontrer la relativité de l'espace-temps, son élasticité. Conscience d'Étienne, nous ne savons trop. Hallucinations, comme il arrive que nous en ayons lorsque déplacés dans des lieux étrangers à notre gestuelle quotidienne, à notre pensée rationnelle. Le roman est une longue promenade sur le fil précaire de la vie d'un homme, qui essaie de dénoncer la sauvagerie des guerres, le machiavélisme d'humains lorsqu'ils manipulent les clés empoisonnées du pouvoir. Si la fin du récit s'avère un peu obscure, il faut faire confiance à l'auteur, Jean-Marc Ouellet, qui, médecin lui-même, propose au lecteur le retour hypothétique d'Étienne dans sa contrée où, quinze ans plus tard, l'attendent de surprenants événements. Des années plus tôt, atteint de la rupture d'un anévrisme cérébral, il est depuis sujet à des cauchemars, Étienne « n'avait aucun souvenir de ces heures de néant ». Si le temps et l'espace se jouent de nous, qu'en est-il de notre identité ? L'histoire se termine quand Étienne Beauchamp, et son équipe médicale, acceptera le projet alléchant d'une compagnie pharmaceutique : une recherche sur le traitement du cancer en utilisant les caractéristiques d'un virus. Juste avant cette proposition, « un homme vêtu d'un long manteau noir, les cheveux dans le dos, marchait vers la ville. » Il s'arrêtera et, derrière ses verres fumés, sourira à Étienne. La boucle se boucle sur une conscience en équilibre entre la corruption et le désintéressement. Sur Jémacaël, ange de sang, de chair et d'os, apparu au cours des pérégrinations d'Étienne Beauchamp.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Histoire aux relents surréalistes, parfois mystiques, toujours empreinte de questionnements, qu'il faut lire en se laissant aller au rythme syncopé de courts chapitres, narrant la destinée d'hommes et de femmes soumis à la décomposition d'une civilisation pour mieux s'ajuster à la reconstruction d'une ère nouvelle. Témoin intemporel, Jémacaël n'a-t-il pas inventé la roue ou découvert le feu ? Tant d'hommes en un seul. Tant de paradoxes soulevés par un auteur, Jean-Marc Ouellet, à la sensibilité écorchée par la capacité de ses semblables à commettre des actes répréhensibles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, on aurait aimé un travail éditorial plus rigoureux, qui aurait apporté à ce premier roman original une ampleur qu'il ne possède pas ici. Dommage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;L'homme des jours oubliés, &lt;/i&gt;Jean-Marc Ouellet&lt;br /&gt;éditions de La Grenouillère, Saint-Sauveur-des-Monts, 2011, 293 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-149169977129538876?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/149169977129538876/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/06/un-monde-si-proche-du-notre.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/149169977129538876'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/149169977129538876'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/06/un-monde-si-proche-du-notre.html' title='Un monde si proche du nôtre ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-u_GC4Rjfjs4/TfXqxcfHXGI/AAAAAAAAAoo/v4BbLpazqso/s72-c/44b833a0c950414dfd52a0cff4a6de17-fullsize.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-2988635818484523972</id><published>2011-06-06T08:30:00.000-04:00</published><updated>2011-06-06T08:30:08.148-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un patchwork familial ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-53PGjeVDaek/TezIOHOV07I/AAAAAAAAAok/j9PKNG2tJf4/s1600/1156271-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-53PGjeVDaek/TezIOHOV07I/AAAAAAAAAok/j9PKNG2tJf4/s200/1156271-gf.jpg" width="121" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;L'été s'en vient, les vacances estivales aussi. On a décidé de déserter la ville, d'apprivoiser la mer, de piétiner le sable ou les galets. Avant de nous aventurer entre ciel et mer, terre et océan, on a des sentiers à arpenter, ceux de livres dont la couverture ou le communiqué nous inspire. Aujourd'hui, un roman particulier retient notre attention. &lt;i&gt;La marche en forêt, &lt;/i&gt;signé Catherine Leroux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est un homme qui entre dans une forêt. C'est une femme amérindienne qui s'enfuit du foyer marital pour vivre dans le bois. C'est une maison qui se dresse « avec entêtement dans un rang presque nu. » Une tache de sang ternit un tapis. Des peupliers, un manteau rouge, le dessous de l'épiderme. Énumérés d'une manière litanique, les personnages et lieux concoctent l'histoire de la famille Brûlé. La forêt est là, telle une métaphore, dissimulant les drames des uns et des autres. Le fil conducteur est perçu par un être qui va et vient comme un fantôme. Et par Alma, l'Amérindienne. Fragmenté à souhait, le récit se déroule à l'orée d'une campagne forestière. Les générations se chevauchent sans aucune altération. Nous passons de Fernand Brûlé et de sa deuxième femme, Emma, à Caroline et Tristan. À Amélie, l'artiste de la famille. Noémie nous apprend qu'elle a été violée par Hubert Brûlé avec qui elle a joué au baseball quand elle était enfant. De Marilou qui élève seule son fils, nous savons peu de son conjoint africain. Justine, épuisée d'avoir aimé un homme récalcitrant, part de Montréal, s'installe à Québec, refuse de travailler à nouveau dans un bureau. Malgré elle, elle s'occupera de Jean, autiste de trente-six ans. Il y a les quatre enfants de Thérèse, décédée un an plus tôt : Jacques, Luc, Normand et Nicole. Eux aussi ont leur histoire plus ou moins trouble, toujours réaliste. Vingt-quatre individus, qu'on ne nommera pas tous, s'entrecroiseront en de courtes séquences, presque des nouvelles. Dans cet éventail qui s'ouvre et se replie, des visages se sont imposés plus éloquents que certains. Nicole et Justine représentent une génération de femmes plus aguerries contre les contraintes d'une époque dans laquelle éduquer un enfant sans soutien parental s'avérait éprouvant. La première a adopté une fillette asiatique, la deuxième aura une fille de Jean. Qu'ils soient d'une génération différente, les hommes accomplissent leur destin sans se poser trop de questions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi ces femmes et ces hommes déambulant sur la scène gigantesque de la vie et de ses péripéties, Alma porte le roman. Après la mort accidentelle de son mari, elle accouchera de son énième enfant, abandonnera définitivement la maison, s'isolera en forêt puis se rapprochera prudemment de ses semblables. Elle tue des animaux, dort dans des granges, dans des camps abandonnés. Délestée de moult embûches, elle rejoindra le chemin de fer qui « traversera bientôt tout le pays, mais elle ne l'a jamais vu. » Elle parviendra à un campement et, à la faveur d'une bagarre entre le cuisinier et le contremaître, proposera deux lièvres en échange de ses services. Les ouvriers se méfient de l'Indienne, de l'intérêt qu'elle manifeste aux travaux sur le chemin de fer. Douée d'une intelligence aiguë, elle observe les ingénieurs, étudie leurs plans. Elle se passionnera pour le dynamitage du flanc d'une colline qui « entravait le passage du chemin de fer. » À la suite de la mort irrésolue d'un ingénieur, son assistant anglais lui demandera de l'aider, suscitant ainsi bien des rancœurs. Le confort dont elle jouit sera démantelé par la venue d'un nouvel ingénieur qui se révélera un profiteur dont Alma se débarrassera sans scrupules... Pour elle aussi, le temps alourdit ses épaules mais, enrichie d'un acquis inusité, elle se met en route dans le sillon exact que « suivra le Grand Trunk Railway dans quelques années. » Elle se promène de ville en ville avec sa charrette, s'intitule artificier. Elle ira au-delà des Rocheuses, prenant garde à la folie des chercheurs d'or, prêts à trancher la gorge de leur frère pour une pépite. Un soir, installée près d'un lac, un vendeur d'armes à feu lui suggère de partir vers les États du Sud où circulent des rumeurs de guerre. Là-bas, en Indianapolis, habite un fabricant d'armes qui pourrait utiliser ses savoirs. Son nom est Richard Gatling — l'inventeur de la première mitrailleuse... On ne décrira pas les détails sordides qui pousseront Alma à commettre des actes atroces. Proie crédule d'hommes imbus de pouvoir, elle servira leurs desseins plus qu'ils ne l'espéraient. Puis, la guerre loin derrière, blessée physiquement et mentalement, Alma se repliera vers le nord, marchera vers la ferme familiale. La fin est digne de cette femme qui n'avait besoin de personne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On s'est arrêtée longuement sur le portrait d'Alma pour mettre en relief le rôle qu'elle jouera dans la généalogie de la famille Brûlé. Elle est l'ancêtre rebelle par excellence, celle qui refusait, enfant, de se soumettre aux religieuses, à leur enseignement chrétien. Amélie et Pascal signaleront sa présence ultime. Sur une ancienne photo qu'un ami antiquaire d'Amélie a rapporté de l'Ouest, Alma y surgit telle une figure ancestrale qui ne soulève nul mystère. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Premier roman ambitieux, complexe mais cohérent, que Catherine Leroux offre au lecteur. Une histoire se profilant à coups de sentiments humains, qu'ils soient tendres, violents, inattendus. La vie, la mort se faufilent, se mesurant à l'existence en dents de scie de chacun. Espoir et désespoir. Naissances et oubli de soi quand il s'agit d'intégrer un clan que nous connaissons peu. L'écriture est à la mesure des événements substantiels comblant des êtres épris de civilités : ronde et réfléchie, souvent poétique. Douloureuse. Un talent prometteur duquel on attend beaucoup, pour mieux le cerner dans la multitude parfois discutable des livres québécois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La marche en forêt, &lt;/i&gt;Catherine Leroux&lt;br /&gt;éditions Alto, Québec, 2011, 312 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-2988635818484523972?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/2988635818484523972/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/06/un-patchwork-familial.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2988635818484523972'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2988635818484523972'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/06/un-patchwork-familial.html' title='Un patchwork familial ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-53PGjeVDaek/TezIOHOV07I/AAAAAAAAAok/j9PKNG2tJf4/s72-c/1156271-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8618294717588158378</id><published>2011-05-24T08:47:00.001-04:00</published><updated>2011-05-24T08:51:09.469-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Une si jolie histoire... ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-36xDiRyeiMQ/Tduovd8CRwI/AAAAAAAAAog/RZqvgfKO6KM/s1600/ui6pwdod.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/-36xDiRyeiMQ/Tduovd8CRwI/AAAAAAAAAog/RZqvgfKO6KM/s200/ui6pwdod.jpg" width="123" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;D'aucuns diront qu'on a peut-être tort, mais on maintient que certains livres sont écrits pour être lus durant la saison estivale. À la terrasse d'un bistrot, dans un jardin public, sur la plage, dans d'autres lieux de détente et de dépaysement. Les auteurs de ces bouquins se rendent-ils compte du cadeau qu'ils offrent à leurs lecteurs ? L'occasion se prête pour parler du dernier roman de Lori Lansens, &lt;i&gt;Un si joli visage.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'appelle Mary Gooch, a quarante-trois ans et vit dans sa maison de Leaford, en Ontario. Depuis son enfance, elle est obèse, pourtant chacun lui dit avec empathie qu'elle a « un si joli visage ». Ce soir-là, veille de ses noces d'argent, elle attend le retour de son mari. Les heures, la nuit passent, Jimmy n'est toujours pas rentré. Obscurément, Mary sait qu'il ne reviendra pas. Peu à peu, elle s'immisce dans une sorte d'enfer qui est celui de la facilité à se nourrir goulûment, à dévorer les « images des magazines de luxe et des émissions de télévision ». Face à la beauté de femmes au corps évanescent, elle oscille entre la tyrannie et le culte. Il faudra l'absence inexpliquée de Jimmy pour que Mary se remémore les aléas que l'un et l'autre ont subis depuis leur mariage. Lui n'est jamais là, elle, ne partage aucune de ses passions : politique et golf. Pénétrant dans sa propre histoire, Mary aborde des périodes douloureuses. Inévitablement, l'enfance, l'adolescence seront une source inépuisable où Mary se réfugiera avant de partir pour la Californie. La mort de son père, sa mère dans une maison de retraite. La famille de Jimmy : un père alcoolique, une mère colérique, une sœur toxicomane. Autant de situations décevantes qui persuaderont Mary à quitter le bien-être de sa maison, la tranquillité de Leaford. Soudain, son existence lui semble factice et, après une visite désagréable à la pharmacie où elle est employée, Mary, spontanément, décide de s'envoler pour Los Angeles. Heather, la sœur de Jimmy, croisée à Toronto dans le bar où elle est serveuse, lui a confié que Jimmy voulait revoir leur mère à Golden Hills, en Californie. Le seul indice que possède Mary est une lettre de son mari lui confirmant son départ, il a besoin de réfléchir... Toutefois, il a eu la décence de garnir leur compte en banque de milliers de dollars qu'il a gagnés « avec un billet à gratter. Rien d'ignominieux. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le voyage de Mary Gooch à Los Angeles sera riche en échanges imprévisibles. D'un naturel généreux, d'un tempérament apathique dû à ses kilos en trop, Mary se révoltera contre, toujours contre, des injustices qui l'assaillent cruellement, tels les Mexicains qui attendent au bord de la route un travail occasionnel. Mais aussi, elle accomplira des gestes désintéressés. Dans l'avion, une mère caraïbe lui confie momentanément un oreiller douillet dans lequel dort un tout petit enfant. Plus tard, à la sortie de l'aéroport, le chauffeur israélien d'une limousine, Gros Avi, lui propose de l'accompagner à Golden Hills, chez Eden, sa belle-mère. Entre-temps, Mary est si désemparée que Gros Avi la dépose chez Frankie, plantureuse, cheveux platine, visage maquillé à outrance. Elle dirige un salon de beauté et transformera Mary en une rousse flamboyante. Épuisée, Mary conviendra que Jimmy l'aimerait ainsi. Elle est une femme qui croit aux miracles, et la bonté des inconnus qui la secourent la conforte dans ses illusions. Chaque homme, chaque femme s'avèrent une charnière déchirante, la bousculant dans un passé accablant que Mary juge poisseux, englué dans un déni compensé par le besoin de se nourrir jusqu'aux vomissements. Les triplés de trois ans de Ronni Reeves, mère abandonnée par son mari, qu'elle rencontre à Golden Hills, lui rappellent ses deux grossesses avortées. Tant de mésaventures soumettront Mary à une réalité trompe-l'œil que ses faims maladives se résorberont. Le refus de sa belle-mère à la garder chez elle. L'attachement dérisoire de celle-ci à un « cercle de prière ». L'agonie de Jack, son beau-père. Le retour improbable de Jimmy. La mort violente et suspecte de Heather. La misère des Mexicains. Tous ces scénarios désolants la plongent dans un univers glauque, telle la piscine d'Eden depuis longtemps inutilisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment se termine cette si jolie histoire ? La légèreté presque soutenable du corps de Mary. Son attirance vers Jesus Garcia, qui a perdu sa femme et ses deux fils dans un tragique accident. Sa défection lente pour son mari. Le détachement de Mary pour des faits anodins. Riche d'une sérénité enfin conquise, Mary aura traversé un désert d'incertitudes, de reniements. De drames épisodiques. Plus jamais, elle ne sera la victime de malaises indéfinis. Quand elle se repose au bord de la piscine d'Eden, remise en état, des sensations nouvelles l'étreignent. Espoir, excitation. N'est-ce pas Jesus Garcia qui lui a appris à se nourrir comme n'importe quel être humain ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman psychologique que nous dévorons, comme Mary Gooch s'alimentait avant la disparition de Jimmy. Lecture envoûtante se confondant merveilleusement à la saison estivale. Écriture fluide, verte comme une pelouse brillant sous le soleil. Sensibilité de l'auteure Lori Lansens l'insufflant avec bonheur à son " héroïne ". Nous imaginons Mary Gooch, consumée par la solitude et le désespoir, défier notre regard hypocrite reluquant les personnes déformées par l'obésité. L'humour et la compassion l'entraînent vers un monde intérieur où se reflètent les êtres aimés avant qu'ils soient aspirés par les ombres qui plus jamais ne l'encercleront. Un roman captivant, empreint de messages imperceptibles, juste ce qu'il faut pour ne pas perdre de vue Mary Gooch et ses émulations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On souligne la traduction impeccable de Lori Saint-Martin et Paul Gagné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Un si joli visage, &lt;/i&gt;Lori Lansens&lt;br /&gt;traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné&lt;br /&gt;éditions Alto, Québec, 2011, 584 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8618294717588158378?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8618294717588158378/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/05/une-si-jolie-histoire.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8618294717588158378'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8618294717588158378'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/05/une-si-jolie-histoire.html' title='Une si jolie histoire... ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-36xDiRyeiMQ/Tduovd8CRwI/AAAAAAAAAog/RZqvgfKO6KM/s72-c/ui6pwdod.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8538391199360535424</id><published>2011-05-09T09:04:00.000-04:00</published><updated>2011-05-09T09:04:31.108-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Éternelle adolescence ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-E4VBGVEOIKM/TcfmPgQsUqI/AAAAAAAAAoc/Js1tfmHlr1Q/s1600/JLI2530900.320x320.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-E4VBGVEOIKM/TcfmPgQsUqI/AAAAAAAAAoc/Js1tfmHlr1Q/s200/JLI2530900.320x320.jpg" width="116" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Rêveuse, on regarde la pile de livres à lire avant la rentrée de l'automne. On n'en est pas là, mais le temps étant ce qu'il est, et soi-même aussi, on mesure combien les heures sont élastiques. Dans le nombre, certains ne seront pas pris en considération pour des raisons subjectives ; d'autres, qu'on aura feuilletés distraitement, seront mis de côté, leur sort en suspens. Enfin, il y aura les privilégiés qu'on lira dans la touffeur de juillet, dans la fraîcheur de l'appartement. On se détourne de la pile, on parle du deuxième roman de Diane Labrecque, &lt;i&gt;Je mourrai pas zombie.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que son père est mort, que sa mère « bourrée d'anxiolytiques » doit quitter la maison familiale de Lévis pour emménager dans un petit appartement, Dib fait le ménage dans le sous-sol. Ouvrant des boîtes, elle découvre quatre cahiers écrits quand elle avait seize ans, soit dix-neuf ans plus tôt. Années déchirées entre un père rigide, une mère accro aux séries télévisées, démontrent la fragilité d'une jeune fille livrée à elle-même, sa carence de tendresse l'entraînant vers deux garçons de son âge : Hubert et François. Relation trompeuse, mais conciliante, qui ne satisfait en rien, bien qu'elle essaie de s'en dissuader, les exigences affectives de Dib. Elle continue à se mutiler, triche aux examens, ne mange plus. Les garçons, conformes à leur époque, fréquentent deux filles identiques, faussement délurées. Les révoltes et l'intelligence de Dib les distraient, les attirent dans un univers éloigné de leurs projets. Hubert essaiera de la séduire, ce qu'elle refusera, le corps n'étant qu'apparat qu'il faut subir. Pourtant, il faudra bien que Dib réponde au désir de ce corps qu'Hubert ne cesse de provoquer. Refaire le monde des adultes — des zombies — est louable, mais les exigences de la chair éveillée supplantent les intransigeances morales de la jeune fille, jusqu'à une soirée manigancée par Hubert et François...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À trente-cinq ans, Dib n'a rien perdu de ses convictions passionnées. Mariée à dix-huit ans à Antoine, première fugue officielle pour quitter ses parents. Elle a eu une fille, a divorcé. Une fois encore, elle se marginalise en étant serveuse dans un bar. Elle boit, se drogue. Après avoir lu le premier cahier rédigé d'une écriture maladroite, elle décide de retrouver Hubert et François par l'entremise de Facebook. Le premier répondra à son appel, elle le rencontrera. Il est marié, a des enfants, une profession qui lui rapporte beaucoup d'argent. Il n'a pas dérogé à ses desseins adolescents, il voulait devenir avocat. Un zombie. Il considérera Dib tel un émouvant souvenir, ne saisissant pas très bien pourquoi elle a voulu déterrer des années idylliques. Incorrigible, il retombe dans le piège de la séduction, celui de coucher avec Dib, de lui laisser des pourboires trop généreux. « Sa pute de luxe » l'accusera-t-elle lorsqu'il prétendra vouloir quitter sa femme, vivre avec elle. Il y aura aussi le retour de François, mystérieux, humaniste. Dans sa maison, à l'Île d'Orléans, elle passera quelques jours avec lui ; ils feront l'amour, se remémoreront silencieusement un moment dérangeant de leur jeunesse — la défloration de Dib — que François exprimera vaguement par un simple mot d'excuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman dense qui, tel un cheval fou, galope toujours vers l'avant, entraînant avec lui un lecteur curieux des avatars survenus à Dib, prise entre deux hommes pour qui elle a éprouvé des sentiments ambigus, parfois contradictoires, jamais simples. Période nourrie de lectures classiques, contemporaines — Nietzsche et Réjean Ducharme en particulier — qui, ouvrant la voie à un futur hypothétique, laisse Dib sur une fringale jamais rassasiée. L'esprit assoiffé mérite davantage que la chair outragée. Diane Labrecque a su doser l'adolescence chaotique de Dib, évitant des considérations hors texte, soit d'inutiles digressions sur ses agissements parfois irresponsables. Ou des généralités formelles portant sur la maturité acquise aux dépens de certitudes usées par l'effet des ans. L'histoire de l'adolescente, plus tard celle de la femme, suffisent à décrire la révolution de son monde personnel. Rétréci à cause d'un manque de magnanimité de la part de ses parents, fidèles en quelque sorte à un fils suicidé avant la conception de la petite fille. Les deux garçons qu'elle a aimés, n'ont su répondre à sa détresse, ne voyant en elle qu'un corps à séduire, ce qui la dégoûtait.&lt;br /&gt;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;  &lt;br /&gt;À lire, pour saluer la parution de ce roman réussi. On avait aimé &lt;i&gt;Raphaëlle en miettes, &lt;/i&gt;jeune femme incomprise et sœur fictive de Dib, qui l'aurait encouragée à poursuivre malgré les embûches inévitables de tout parcours humain, voulant éviter les écueils de sentiers à peine tracés.&lt;br /&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Je mourrai pas zombie, &lt;/i&gt;Diane Labrecque&lt;br /&gt;éditions Hurtubise, Montréal, 2011, 250 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8538391199360535424?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8538391199360535424/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/05/eternelle-adolescence.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8538391199360535424'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8538391199360535424'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/05/eternelle-adolescence.html' title='Éternelle adolescence ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-E4VBGVEOIKM/TcfmPgQsUqI/AAAAAAAAAoc/Js1tfmHlr1Q/s72-c/JLI2530900.320x320.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8717449977749574965</id><published>2011-04-26T08:35:00.001-04:00</published><updated>2011-04-26T08:40:15.556-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='revue littéraire'/><title type='text'>Une forêt de mots *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-AZI_SEywTqM/Tba78aZWjTI/AAAAAAAAAoY/Lmcpdso12Cs/s1600/couv_128.png" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-AZI_SEywTqM/Tba78aZWjTI/AAAAAAAAAoY/Lmcpdso12Cs/s200/couv_128.png" width="97" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Dans l'euphorique bousculade d'un prochain déménagement, on a mis les romans de côté. La lecture de textes, signés de plusieurs auteurs, convient mieux à notre concentration distraite. On a choisi de lire la dernière livraison de la revue MOEBIUS. Les arbres sont la thématique de ce cent vingt-huitième numéro. Généreuse idée en attendant leur ombre bienfaisante. Qu'elle soit réelle ou fictive, peu importe. On aime que les événements existentiels nous offrent un arbre, même virtuel, contre lequel s'appuyer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant de nous promener au cœur de nouvelles ou de poèmes, on mentionne la richesse originale de l'ensemble des écrits. Les aimant particulièrement, on a été sensible à ce que les arbres inspirent de passion, de méditation, de réconfort. L'humour parfois, telle l'ombre rafraîchissante de hauts noyers ou d'érables, y tient une place privilégiée, nous rappelant qu'un peu de répit plane autour de nos essoufflements. Relief ou frontière, l'exceptionnel poème de Michel Garneau écarte les branches d'une forêt dense. Sylvie Massicotte donne la parole à une jeune femme intriguée par des bribes de conversations échangées avec sa mère, lui révélant à mots couverts l'identité de son père. &lt;i&gt;L'arbre invisible&lt;/i&gt; prend ses racines au fond de deux pertes : celle d'une femme abandonnée, celle de sa fille privée d'un père inévitablement idéalisé. Caroline Montpetit nous révèle &lt;i&gt;Les deux amours d'Éloi Sinclair &lt;/i&gt;: les livres et les arbres. Ce qui vaut au lecteur l'affectueuse description d'un homme épris de la matière, le narrateur se souvenant des meubles que fabriquait son père, des livres qu'il lisait. Amalgame touchant qui s'intensifie quand, à la mort du père, Éloi taille dans un « grand tronc de bouleau [...] une urne funéraire. » La chair, matière ultime, se nourrira éternellement de la terre. Jean Royer enseigne les mystères de l'arbre et de ses ombres, comment voyager en sa compagnie, comment enfin « un chant nous apaise et nous rassemble au fond du silence. » Conclusion après cette longue traversée d'espérance : « Il nous faut l'amour. » Louise Warren prolonge le&amp;nbsp; poème de Royer, en décrivant la musique des branches, leur cartographie où « se lève le squelette du monde », la joie que procure l'arbre à travers la personne aimée. François Leblanc situe sa nouvelle à l'échangeur Griffith, durant sa réfection. Un jeune inspecteur lui donne des ordres « comme un chien qui jappe » tandis qu'il évoque son frère Paul, agonisant à l'hôpital. Ce dernier a étudié la biologie et les sciences de l'environnement, Francis aimerait lui faire admirer ce qui l'entoure, surtout un arbuste qui s'est enraciné au « creux d'une&amp;nbsp; inaccessible anfractuosité dans la structure de béton [...] » Lutter pour la vie, lutter contre la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous sera malheureusement impossible d'énumérer tous les textes qu'on a aimés parmi le nombre. La nostalgie émanant de la courte nouvelle de Julie Fauteux, l'humour décadent de Laurence Côté-Fournier, la réflexion d'un homme qui a chuté dans une forêt, entendue par Jonathan Bernier. La nouvelle symbolique, &lt;i&gt;Sèves, &lt;/i&gt;signée Camille Proulx. Il serait dommage d'en dire davantage, chacun y trouvera son compte. Mais le récit qui nous a enchantée, mêlant prose et poésie, est celui d'Anne Guilbault,&lt;i&gt; Tout a commencé avec les arbres. &lt;/i&gt;En quelques pages, en un style élégant, combien humain, pour ne pas dire réaliste, l'auteure a su faire la synthèse du passage désenchanté sur terre d'une femme à son point de non-retour. Prenant son passé à témoin, elle se remémore un « érable argenté ». L'ayant situé en un instant vital de son existence, la narratrice conclut : « Tout finira avec les arbres. » Les pierres, elles-mêmes, n'ont plus de paroles, ce qui la confine dans « l'attente de cette chambre blanche. » Une nouvelle remarquable, tant par le style authentique que par son esthésie palpable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a longtemps qu'on n'avait lu le numéro d'une revue littéraire aussi intense, rigoureux, diversifié. Une pléiade d'auteurs confirmés, d'autres, plus jeunes, se joignant à eux, enrichissent un déjà impressionnant et magistral&amp;nbsp; répertoire. L'illustration de la page couverture, détail d'une œuvre de Clarence Gagnon, apporte la touche finale pour le parfaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revue MOEBIUS, numéro 128&lt;br /&gt;piloté par Bruno Lemieux&lt;br /&gt;Montréal, 2011, 172 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8717449977749574965?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8717449977749574965/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/04/une-foret-de-mots-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8717449977749574965'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8717449977749574965'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/04/une-foret-de-mots-12.html' title='Une forêt de mots *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-AZI_SEywTqM/Tba78aZWjTI/AAAAAAAAAoY/Lmcpdso12Cs/s72-c/couv_128.png' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3662253680141738055</id><published>2011-04-18T08:17:00.001-04:00</published><updated>2011-04-22T07:46:00.918-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Sept étoiles en perdition *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-Y173YTUnlw0/TawrwwQNu6I/AAAAAAAAAoU/tsVt-6P2USI/s1600/9782742795147.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-Y173YTUnlw0/TawrwwQNu6I/AAAAAAAAAoU/tsVt-6P2USI/s200/9782742795147.jpg" width="105" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Flottent dans l'air des fragrances printanières, on imagine les premières jonquilles et autres fleurs saisonnières. Derrière la vitre, le soleil se fait plus chaud sur les branches, plus vif dans le ciel. On respire des odeurs de terre, on ouvre goulûment les poumons, les narines, on s'enivre d'une énergie neuve, comme si, durant l'hiver, on s'était racornie entre murs et congères. On savoure ce répit en lisant le roman de Hella S. Haasse, &lt;i&gt;La course aux étoiles.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire se situe en 1930, à Amsterdam, avant les atrocités de la Deuxième Guerre mondiale. Chacun fête la Saint-Nicolas alors que Casper-Jan van der Sevensterre, vingt-deux ans, journaliste en panne d'inspiration, se lamente dans un café minable. Le lendemain, il doit remettre un article au rédacteur d'un journal, qui, l'ayant menacé, lui donne une dernière chance. S'il ne lui apporte pas un récit publiable, il devra se chercher du travail ailleurs... Excédé, affamé, Casper-Jan se laisse distraire par les bâillements du garçon appuyé sur une jambe, « à côté d'un poêle qui ne fonctionnait pas. » Il s'endort...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il arrive à la pension où il demeure, la logeuse, Mme Suur, le rabroue vertement. Nous sommes le 5 décembre, son locataire n'a toujours pas payé le loyer. Il ne sait comment la calmer quand, miracle de la Saint-Nicolas, il voit sur le perron un « gros paquet enveloppé de papier brun » qui lui est adressé. Après bien des récriminations de la part de Mme Suur, il monte enfin dans sa chambre. Fébrilement, Casper-Jan défait le colis et, sous un monceau de papier brun, il découvre un « petit rouleau rigide et une petite boîte ronde. » Excité, il déroule le parchemin, y lit un mystérieux poème où sont mentionnés les noms de sept provinces et de sept étoiles. Ensuite, il ouvre l'écrin : sur de la ouate rose, repose une étoile en grenat à sept branches, d'un rouge sombre qui chatoie sous la lumière. Les pierres, serties dans un large anneau d'or, sont agrémentées de lettres que l'usure du temps a rendu presque illisibles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que se passe-t-il dans la tête d'un jeune homme sensible, imaginatif, quand il n'a rien à perdre ? Il ne pensera qu'à chercher l'expéditeur de l'envoi. Mais avant, il doit écrire son texte, l'apporter au rédacteur qui, évidemment, le refusera. Le récit est trop beau, irréel, il s'inspire de l'étoile et du poème. Entre-temps, piquée par la curiosité, Mme Suur n'aura pas manqué de rendre visite à son locataire et malgré l'opiniâtreté de Casper-Jan à lui cacher le contenu de la boîte, elle sera parvenue à l'ouvrir. Stupéfiée, elle redescend en informer son mari. Quand le malheureux journaliste rentre chez lui, il est décidé à mettre l'étoile au clou, à essayer de la vendre. Derrière la porte, des voix échauffées lui parviennent, celle de Mme Suur, de son mari, d'une troisième personne. Tel un indice maléfique, l'étoile que possède Casper-Jan sera volée, remplacée par un bijou semblable appartenant à sa logeuse. À partir de cette deuxième étoile, celles-ci ne cesseront de se multiplier, de se démultiplier. Des personnages plus ou moins sympathiques se courseront les uns après les autres. Il y a tante Arabella, vieille dame cupide et naïve ; Maria, amoureuse de Jacky, qu'elle soupçonne de la tromper avec Titia, sa complice. Quirina Pelleboom, extra-lucide obèse. Mme Suur et son mari. De différents individus encore, masqués, démasqués, au fur et à mesure que les étoiles passeront de mains en mains. Après une succession d'incidents tombant à propos, tous se retrouveront dans le domaine de tante Arabella, presqu'île où sur un cadran solaire est gravé un signe indiquant un trésor...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le roman a été écrit par Hella S. Haasse en 1949 et publié en feuilleton dans le quotidien amstellodamois Het Parool. Chaque épisode, transformé en chapitres, rebondit magistralement de situations insolites en événements édifiants. Roman où les protagonistes ne se détestent pas vraiment, le doute aplanissant leur rancune. Casper-Jan, candide, romanesque, est « issu de très bonne famille, quoique sans le sou, hélas », sorte de don Quichotte galvanisé par les aventures inattendues qui le poursuivront jusqu'à un dénouement insoupçonnable. De nombreuses péripéties font de cette intrigue sentimentale, fourmillant de merveilleux et d'humour, une halte jubilatoire et reposante dans le parcours effréné d'une littérature universelle toujours en mouvement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21c&lt;/style&gt;À lire, pour oublier l'hiver qui prolonge sa mauvaise humeur. Nous tiendrons la main de Casper-Jan, compagnon fictif, idéaliste, amoureux de la vérité. Obscur journaliste, combien enjoué, agréable. Sans hésiter, nous embarquons avec lui dans un univers où les étoiles se transforment en papillons multicolores. Décor de papier, certes, mais bellement dressé pour nous&amp;nbsp; transporter sur les ailes d'un dragon fabuleux que Casper-Jan van der Sevensterre ne dédaignerait pas...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On mentionne l'heureuse traduction d'Annie Kroon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La chasse aux étoiles, &lt;/i&gt;Hella S. Haasse&lt;br /&gt;traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Annie Kroon&lt;br /&gt;éditions Actes Sud / Leméac, Arles / Montréal, 2011, 403 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3662253680141738055?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3662253680141738055/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/04/sept-etoiles-en-perdition.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3662253680141738055'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3662253680141738055'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/04/sept-etoiles-en-perdition.html' title='Sept étoiles en perdition *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-Y173YTUnlw0/TawrwwQNu6I/AAAAAAAAAoU/tsVt-6P2USI/s72-c/9782742795147.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-5310987651382242746</id><published>2011-04-04T08:24:00.001-04:00</published><updated>2011-04-04T08:30:55.629-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un hymne à la tendresse *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-5y58-EkXouY/TZm4gq6i_5I/AAAAAAAAAoQ/PraZDq0shTI/s1600/1146336-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/-5y58-EkXouY/TZm4gq6i_5I/AAAAAAAAAoQ/PraZDq0shTI/s200/1146336-gf.jpg" width="129" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On est étourdie par les séismes qui bousculent le monde, par les soubresauts de la planète : guerres abjectes, catastrophes naturelles, menaces nucléaires. Plus proches de soi, de discrètes situations ne semblent avoir aucune portée, tant elles se ternissent à l'ombre d'innombrables discours médiatiques. Qui et que faut-il croire pour se faire une idée convenable de la souffrance de milliers d'innocents ? On ignore cette question à laquelle on reviendra, après avoir terminé de lire le roman de Guy Genest, &lt;i&gt;Bordel-Station.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Été 1955. Jean-Pierre, étudiant en droit, dix-neuf ans, est envoyé par son père dans un chantier forestier, au nord de La Tuque, vacances qui l'aideront à payer ses études. Quand il descendra du train, au centre de nulle part, il n'aura qu'une envie, faire demi-tour. Personne pour le recevoir, personne pour l'accueillir. À force de marcher, il parviendra jusqu'au magasin général fermé pendant l'été. L'hôtel, « énorme maison carrée, en briques rouges, vraiment incongrue au milieu d'une forêt », abrite madame Rose, grosse femme, mère maquerelle. Ses deux " filles ", Lili et Carole. Célestin, au rôle indéfini. La maison insolite a valu à la petite gare le surnom de Bordel-Station. Conseillé par Lili, Jean-Pierre arrivera au camp, y fera la connaissance d'Émeri Dugal, sexagénaire, gardien du chantier. Celui-ci aime boire quand il le faut, il aime aussi les jeunes prostituées. Sous son aile bienveillante, Jean-Pierre aura droit à des leçons un peu moralisatrices sur l'amour, sur la vieillesse, précisons, sur la condition humaine. De nombreux non-dits chuchotent plus qu'ils instruisent sur la nécessité de vivre là où nous nous sentons en accord avec nous-mêmes. Pudique mais loquace, Émeri initiera son protégé à son désir de faire l'amour une première fois. Ce dernier, tellement obnubilé par son éducation puritaine, ne sait choisir entre les deux femmes : Lili franchement offerte à tous les hommes — n'est-elle pas l'amante occasionnelle du vieil Émeri ? —, Carole, inhibée, se terre dans un silence douloureux que chacun respecte. Célestin mettra le doigt sur la plaie en révélant à Jean-Pierre des morceaux d'une existence où la peur domine. Des événements inattendus précipiteront la fin de l'été sans que le vacancier ait fait un choix. Bientôt, il devra retourner à ses études, à sa famille conformiste. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le ton individuel, le style classique de l'auteur sont empreints d'une profonde tendresse unissant les protagonistes. Comment ne pas s'attacher à ces hommes, à ces femmes en se projetant dans une époque où la pudibonderie attisait toutes les appétences, qu'elles aient été d'ordre sexuel ou social. Il est clair que Jean-Pierre, gouverné par un attachement purement filial, ne deviendra pas notaire. Prédisposé à une vie distincte dont il n'avait pas conscience, il aura fallu ce passage initiatique — la complicité d'un vieil homme, la générosité d'une vieille maquerelle, le désintéressement de deux filles — pour que son avenir soit bouleversé. Jean-Pierre est dans l'âme un homme fidèle, vertu qui en nos jours virtuels n'exprime plus grand-chose. Nous avons l'impression, en lisant Guy Genest, que le jeune homme ne considère pas le sexe tel un commencement mais telle une fin en soi. Celle de l'adolescence trop longtemps étirée entre études et amourettes. Ne fréquente-t-il pas une étudiante que deux mois estivaux vécus dans un lieu atypique rayera définitivement de sa mémoire. Sans remords, ni regret, il mentionne ce détail, comblé de l'amitié spontanée dont l'abreuvent les habitués du chantier. Sentiment rude et cru qui fera de lui un « homme bien différent de celui [ qu'il avait pensé ] devenir en choisissant le droit pour carrière. » Personne ne change sous prétexte d'un dépaysement physique ou mental. D'un séjour campagnard auprès d'originaux. Un incident imprédictible nous ramène à ce que nous étions véritablement. Nous savons combien d'êtres humains ont raté leur vie à cause de passions meurtries, de projets refoulés, à une ère où chaque geste impudique se mesurait à l'aune, où la moindre pensée sulfureuse condamnait à l'enfer un esprit crédule...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;Il serait dommage de dénier ce roman, de ne pas le sauvegarder en temps et lieu, tel un objet rare. Contempler très loin devant soi est bien sûr légitime, mais le futur ne s'inspire-t-il pas du passé avant tout ? L'avenir ne se nourrit-il pas d'expériences périlleuses provoquées par une inextinguible jeunesse ? Roman nostalgique s'il en est, d'où peut-être le débordement amoureux exacerbé du narrateur qui, quarante-cinq ans plus tard, se remémore ces " heures précieuses ", s'interroge sur la bonté de madame Rose, sur la misère de Célestin et de Carole, sur l'inassouvissement de Lili et d'Émeri. Jean-Pierre aura bourlingué, aimé à outrance, son « cœur » épinglé à quelques visages disparus ou sur le point de capituler devant l'insurmontable. À sa manière aussi, il se sera dépris de toute ambition professionnelle pour donner un sens à ce qu'il a présumé être vrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On aime qu'un tel homme ait existé. Que des femmes et des hommes aient eu le courage de s'encanailler pour enrubanner leur propre philosophie. On aime qu'un écrivain, en l'occurrence Guy Genest, nous rappelle au désordre de quelques gens d'autrefois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Bordel-Station, &lt;/i&gt;Guy Genest&lt;br /&gt;XYZ éditeur, collection « Romanichels »&lt;br /&gt;Montréal, 2011, 184 pages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Bordel-station, &lt;/i&gt;Guy Genest&lt;br /&gt;XYZ éditeur, collection « Romanichels »&lt;br /&gt;Montréal, 2011, 184 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-5310987651382242746?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/5310987651382242746/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/04/un-hymne-la-tendresse-12.html#comment-form' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5310987651382242746'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5310987651382242746'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/04/un-hymne-la-tendresse-12.html' title='Un hymne à la tendresse *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-5y58-EkXouY/TZm4gq6i_5I/AAAAAAAAAoQ/PraZDq0shTI/s72-c/1146336-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1212078798374161755</id><published>2011-03-21T08:37:00.001-04:00</published><updated>2011-03-21T08:43:30.753-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Chambre grise *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="https://lh6.googleusercontent.com/--_6znEoJK5o/TYdGh8UXElI/AAAAAAAAAoI/XMxTfFD3O1o/s1600/chambre.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="https://lh6.googleusercontent.com/--_6znEoJK5o/TYdGh8UXElI/AAAAAAAAAoI/XMxTfFD3O1o/s200/chambre.jpg" width="128" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On surveille le ciel, il est gris. Le sol, sali par la neige, ne se présente pas mieux. On se demande ce qu'on fera de cette journée, les idées elles-mêmes s'imbibent d'ombres néfastes. Des images moisies, floues, confirment que le monde a besoin des rayons flambés du soleil. Pour se soustraire au paysage terne, alourdi de mouvements saccadés, de respiration haletante, on se plonge dans le roman de Dominique Robert, &lt;i&gt;Chambre d'amis.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une panoplie d'individus hétéroclites habitent le roman. En est-ce vraiment un ? Des hommes, des femmes, jeunes pour la plupart, arpentent les rues de Montréal, fréquentent le même bar, y apaisent leur insomnie, remettent en question leur univers personnel ou bien l'acceptent sans illusion. Nous croisons la photographe Juliette, l'étudiante Fanny, John, avocat, et sa maîtresse Allison, celle-ci mariée à un hémiplégique. Isa et son amant Francis. La prostituée Minh, le traducteur Daniel. Un personnage sous-jacent hante l'histoire, Catherine, l'écrivaine, qui parle à ses chats, ne sait trop quoi écrire... Certains ne font que passer, tels les gens que nous frôlons, sans vraiment nous préoccuper de leurs nécessités. Un point d'ancrage, le bar Night, les réunit durant plusieurs heures, parfois une nuit. Des détails physiques, des pensées vives les font se tourner vers l'extérieur. Se remémorer des bons et mauvais souvenirs, telle Fanny dans le bureau de son grand-père, Minh et sa mère alcoolique. En apparence, rien de consistant ne les lie les uns aux autres ; très vite on se rend compte que chaque existence se compose de besoins, de contraintes identiques : profession, argent, amour, solitude... Seule l'interprétation qu'oblige la poésie en modifie les contours. Catherine ne dit-elle pas que « la lumière aime la beauté du monde. » Ce que nous ressentons en nous imprégnant de ces dérangements existentiels, une grisaille sur laquelle, à un moment inattendu, la lumière se répand. Petites et grandes perditions de soi-même, mais aussi retrouvailles avec le malheur inscrit dans nos gènes. Être heureux constamment ne serait-il pas banal et ennuyeux ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Les personnages allant dans le sens ordonné et désordonné de leurs occupations, on est fascinée par le regard qu'ils jettent sur les choses alentour. Regard poétique s'il en faut. Catherine écoute la ville, Minh s'isole dans un magasin de journaux, Daniel entre lire dans un café. Plus tard, il quitte un restaurant, monte dans sa voiture. Avant qu'hommes et femmes se meuvent, nous avons l'impression que leurs yeux se posent sur des éléments nécessaires à leur manière d'agir. Rarement, cette façon de dire intensément ce qui se déroule ou se fige autour de soi n'occupe un roman. On pense à la phrase d'André Gide évoquée dans &lt;i&gt;Les nourritures terrestres &lt;/i&gt;: « Que la ferveur soit dans ton regard et non dans la chose regardée. » Effusion convenant aux protagonistes que dirige intelligemment Dominique Robert. Toujours la passion les guide au-delà des limites du quotidien, oscillant entre gris et bleu.  &lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Autre fait particulier, chaque court chapitre se situe dans l'encadrement restreint d'une photographie, d'où une sobriété favorable de l'écriture, un choix de vocables précis, comme ils sont manifestes en poésie, vocation première de l'auteure. Le style incisif, lapidaire, nous mène de chapitre en chapitre souvent titré de l'appellation portrait ou autoportrait. Nul miroir narcissique n'encombre les visages dans lesquels chacun se reflète. Nous y lisons les vicissitudes ordinaires, l'espoir du lendemain, les incertitudes des jours prochains. L'éclatement de situations privilégiées permet de se chercher, de se retrouver, s'effondrer, se relever, enfin, de se jauger en rescapé.  &lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Le roman se termine telle une longue nouvelle où Catherine s'avère l'élément primordial. Autoportrait de Dominique Robert qui, semblable à ses personnages, ne laisse rien paraître de ses outranciers désirs de vivre. Il faut écrire, ne pas se demander pourquoi, surtout ne pas conclure que l'écriture « sauve» de qui ou de quoi que ce soit. Chaque expérience vitale neutralisée agit sur le « théâtre de la solitude », propos cité par Isa qui accepte de se « dévouer corps et âme à la cargaison de romanesque qu'est la vie. »&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Une chambre d'amis débordant de générosité, ombrée de désintéressement où pourra se reposer un lecteur parvenu aux confins d'une existence harassante...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Chambre d'amis, &lt;/i&gt;Dominique Robert&lt;br /&gt;éditions Les Herbes rouges, Montréal, 2011, 164 pages&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1212078798374161755?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1212078798374161755/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/03/chambre-grise-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1212078798374161755'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1212078798374161755'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/03/chambre-grise-12.html' title='Chambre grise *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='https://lh6.googleusercontent.com/--_6znEoJK5o/TYdGh8UXElI/AAAAAAAAAoI/XMxTfFD3O1o/s72-c/chambre.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-2334963692920832075</id><published>2011-03-07T08:25:00.001-05:00</published><updated>2011-03-07T08:34:03.770-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un femme, une homme ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="https://lh6.googleusercontent.com/-ft4-ViNnGbM/TXTcafJAp2I/AAAAAAAAAoE/IUS5BGBcP80/s1600/Drag%25281%2529.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="https://lh6.googleusercontent.com/-ft4-ViNnGbM/TXTcafJAp2I/AAAAAAAAAoE/IUS5BGBcP80/s200/Drag%25281%2529.jpg" width="131" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;À deux semaines du printemps, on rêve d'une promenade dans un parc, un grand bassin d'eau rafraîchirait&amp;nbsp; l'atmosphère. On se souvient de l'adolescence et de ses audaces. On se fringuait n'importe comment, on mangeait n'importe quoi. Filiforme, on ne savait trop quel sexe nous définissait. Visage insolent, anguleux, on se moquait des adultes qui nous observaient d'un air indulgent, ce qu'on ignorait. Aujourd'hui, on lit le troisième roman de Marie-Christine Arbour, &lt;i&gt;Drag.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faut-il s'étonner d'un couple qui, en quelques mois, vivra un amour déconcertant, se suffisant à lui-même ? Il a soixante-neuf ans, elle trente-cinq. À Vancouver, dans un quartier marginal, ils se rencontrent sur le balcon de leur appartement. Lui est russe, pianiste de génie. Elle, québécoise, artiste-peintre ratée, dit-elle. L'histoire serait banale si Nicolaï et Claire se complaisaient dans leur corps d'homme et de femme respectifs. Or, quand ils font connaissance, Nicolaï porte une longue robe noire, ses cheveux blancs noués en chignon, au point que Claire hésitera sur son appartenance sexuelle. Elle-même est habillée en garçon ; la tête presque rasée, une cravate noire la transforment en androgyne. L'accoutrement de Claire attirera Nicolaï, étonné que cette femme aux abords fragiles s'intéresse à lui, homme jugé perverti, chassé du Conservatoire de Moscou pour avoir suscité une aventure avec un jeune flûtiste. Pourtant, « il se voulait marié à la musique. » Épouse intransigeante et rivale de Claire, la prévient Nicolaï. Chacun s'offre à l'autre, Claire obsédée par son passé où défilent sa mère, son père et un enfant prénommé Claude. Fille ou garçon, peu importe, l'enfant sera son premier amour. Plus tard, Ian pendant huit ans, d'autres amants. Une tentative de suicide. Nicolaï, fils d'aristocrates, sa famille décapitée à la Révolution. Pour gagner sa vie, il deviendra pianiste au Bolchoï « pour les classes de débutantes. » Lui raconte, elle se raconte. Lui philosophe, elle se révolte. Leur différence d'âge les maintient chacun dans un monde où ni l'un ni l'autre n'a accès. Seul le désir amoureux les unit dans une jouissance sensuelle surprenante. Nicolaï n'a-t-il pas confié à Claire qu'elle était sa première femme ? L'aveu en dit long sur son appétence charnelle. Claire est avant tout séduite par un être, il et elle à la fois, d'où ses réminiscences fulgurantes vers l'enfant Claude...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À Vancouver sur la Main, Nicolaï et Claire déploieront leur amour excentrique, certains diraient obscène... Sans tabous ni préjugés. Ils font l'amour dans des ruelles, dans des salles de cinéma. Désargentés, ils conviennent d'une certaine pauvreté, « posséder est un acte illusoire. » Peu à peu, lui se fait tyrannique, il ne la laisse partir que quinze minutes. « Vivre avec Nicolaï, c'est jeter une goutte d'encre dans de l'eau de rose. » Ils ont beau se goinfrer d'amour anarchique, elle, continue à dessiner, lui, à pianoter sur un instrument imaginaire. Invité au concert de l'un de ses amis russes exilé, Nicolaï, accompagné de son amante, exhibera l'un de ses dessins qu'un Japonais achètera. Peu après, Claire deviendra une artiste reconnue. Avec l'argent, elle offrira un clavier à Nicolaï qui, après l'avoir refusé, ce qui vaut au lecteur une émouvante débandade de Claire dans la nuit de la Main, le ramènera à la musique. Ancrés à leur art propre, et même s'ils ont accompli un étrange mariage, on se demande si ce retour à leurs occupations artistiques ne les perdra pas. Leur art retrouvé les fera vieillir au-delà de ce qu'ils avaient rêvé l'un pour l'autre. Claire, aveuglée par les nécessités de son vieil amant, refuse de regarder son corps se flétrir. « Elle se soumet à cette autorité avec une obéissance amusée. » Amants compliqués, transfigurés par un improbable amour, régénérés par l'art. Déjà l'ennui suinte, Claire est « ramenée à sa vocation première : la survie. » Fissures où se glisse le premier concert de Nicolaï, peut-être le premier souffle de sa mort. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman sensuel, voire érotique. Écrit en de courtes phrases élégantes, enjolivées d'aphorismes rutilants comme les diamants. Chaque trouvaille philosophique de l'auteure se raccorde intelligemment à quelque événement rassemblant Claire et Nicolaï. Une ample chaîne poétique, tels les anneaux d'acier liant le travesti et l'androgyne, scinde le récit en de brefs chapitres, invitant sans cesse à poursuivre les péripéties d'une homme et d'un femme optant à leur manière pour un monde où l'hétérosexualité se présente tel un drame du siècle dernier, mais où les opposés peuvent s'opposer. « Il est si belle et elle est beau. » Ne s'appellent-ils pas entre eux Babouchka et John. Est-il nécessaire de revenir à la réalité quand deux êtres, indifféremment homme et femme, se parent de sentiments inhumains, dans le sens où aucune société bien pensante ne les accepterait. Nicolaï ne chuchote-t-il pas à l'oreille de Claire au moment de quitter le concert de son ami russe : « Maintenant il est temps de partir. Le carrosse va se transformer en citrouille. » Pour aller où et comment ? Phénomènes ils sont et resteront. Des aphorismes qu'on ne citera pas, combien révélateurs de la clairvoyance du couple, nous dépeignent leur lucidité, surtout celle de Claire, plus sensible que Nicolaï à l'opinion publique. L'existence n'est-elle pas un casse-tête à demi défait ? Rejetés là, repris ici, « c'est comme s'ils suivaient le mouvement de l'océan. » À souhaiter qu'un jour nous transformions l'eau en vin. « On sera fou. On vivra. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut se laisser porter par les inclinations altruistes, éblouissantes que contient le roman. Nous le lisons en nous émerveillant sur l'originalité prégnante du thème, captés que nous sommes par l'exigence stylistique d'une écrivaine préoccupée par une condition humaine inusitée, éloignée des modes, de leurs limites temporelles éphémères. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Drag, &lt;/i&gt;Marie-Christine Arbour&lt;br /&gt;Les éditions Triptyque, Montréal, 2011, 183 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-2334963692920832075?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/2334963692920832075/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/03/un-femme-une-homme.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2334963692920832075'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2334963692920832075'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/03/un-femme-une-homme.html' title='Un femme, une homme ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='https://lh6.googleusercontent.com/-ft4-ViNnGbM/TXTcafJAp2I/AAAAAAAAAoE/IUS5BGBcP80/s72-c/Drag%25281%2529.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3012796945826603888</id><published>2011-02-21T08:54:00.000-05:00</published><updated>2011-02-21T08:54:57.973-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Tels parents, tel fils *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-vXPzHqU_agw/TWJulJpYrnI/AAAAAAAAAoA/jW8yJ3CdlUs/s1600/age+de+pierre.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-vXPzHqU_agw/TWJulJpYrnI/AAAAAAAAAoA/jW8yJ3CdlUs/s200/age+de+pierre.jpg" width="130" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Voyageant dans le métro, l'autobus ou le train, on aime observer discrètement les gens. Nous fiant aux traits des visages, à l'expression du regard, on leur suppose une vie tranquille, trépidante. Rangée ou mouvementée. La folle du logis nous a parfois emportée plus loin que la destination désirée. On fait demi-tour, on entre dans un bistrot, on lit le dernier roman de Pierre Gariépy, &lt;i&gt;L'âge de Pierre.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après Lomer et Blanca, c'est une grande joie de faire la connaissance de leur fils, Pierre, annoncé à la fin du précédent roman, &lt;i&gt;Blanca en sainte&lt;/i&gt;. Lomer et Blanca sont morts. Rosaire, frère de Blanca, qui a pris en charge leur fils, a été emporté par la terrible maladie d'Alzheimer. N'ayant pas d'autre famille, Pierre a été placé dans un orphelinat, institution où les enfants, bourrés de pilules, servent de jouets érotiques aux prêtres qui soi-disant prennent soin d'eux. Maltraités, violés, ces enfants n'ont d'autre issue que de devenir eux-mêmes bourreaux et violeurs... Pour fuir cette situation invivable, symbolisée par l'État, Pierre s'est trouvé un cahier, une plume, « c'était la plume de mon père », et décrit une possible existence de son alter ego. Influencé par l'univers religieux qui l'abrite, il voit en son double un Jésus moderne, jouisseur, réunissant autour de lui les plus mauvais sujets qu'il rencontre dans un bar ou dans le désordre puant de certains trottoirs. Il fera de ces hommes et de ces femmes perdus, ses apôtres infidèles. Parmi eux, Marie-Madeleine, M&amp;amp;M, une itinérante qui, dépeinte en quelques pages, n'est pas sans rappeler la regrettée Gueuse, compagne bien-aimée de Lomer. Clin d'œil touchant à l'un des plus beaux portraits de vieille femme prostituée de la littérature... Il y a aussi Apéro, animatrice noire célèbre d'un show télévisé — bonjour, Oprah Winfrey ! —, Jude, barmaid au &lt;i&gt;Full Moon, &lt;/i&gt;rivale intempestive de M&amp;amp;M. Celle-ci a compris qu'à l'heure de son calvaire, Jude trahira Pierre, le prochain Christ. Ainsi, jusqu'à la mort de Pierre-Jésus, Pierre l'orphelin imaginera une vie démentielle à celui qui doit sauver le monde. Un Christ anarchique, ivrogne, violeur, pédophile. Monde perverti où l'État, représenté sous les traits d'un homme laid, « avec la peau vérolée » intervient aux moments inopportuns. Quand l'État ordonne aux orphelins de partir, de se marier et de faire beaucoup d'enfants, des garçons de préférence, on lit dans l'histoire de Pierre, une parodie grinçante des années sombres du Québec où les couples subissaient la loi édifiante de la sainte Église. Marcher droit pour mieux soumettre hommes et femmes au despotisme de prêtres indignes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand Pierre-Jésus meurt, « condamné à mort par injection létale », Pierre l'orphelin doit plier bagages, attendre sur le trottoir Tan, sa future femme désignée par l'État. Avec une jubilation contagieuse, Pierre Gariépy expose un Québec aujourd'hui ignoré de la jeune génération. Les miracles douteux, les beuveries orgiaques, le désert vide, la femme lapidée, le sermon sur la montagne, La Cène, servent d'exutoire pour fustiger les responsables d'une époque révolue mais combien présente dans la mémoire collective. Le dernier chapitre, dans lequel Pierre et Tan se marient, évoque la profonde détresse d'un couple asservi à un homme étatique pour qui Pierre devra composer les discours. Il n'est autre que le laid, « sous-ministre du Peuple », homme démoniaque qui, profitant de l'absence de Pierre, abusera de Tan et de Lili, leur petite fille. Conduit par la voix méconnaissable de Tan, Pierre se vengera de cet acte odieux. Pour leur perte ou pour leur paix, l'un n'allant pas sans l'autre. « Libres de mourir ou vivre... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On n'a pas parlé de l'hommage que Pierre Gariépy rend aux femmes, particulièrement à celles de pays livrés à des politiques et traditions surannées. À la Palestine, que l'auteur espère « libre et debout. » Le roman porté par une écriture poétique et combien inventive, toujours à la limite d'une ironie cinglante, nuancée par la tendresse désespérée du jeune narrateur. Si Pierre se dédouble, c'est pour dénoncer la sottise des puissants, inaugurer un nouveau testament qui refuse mordicus la résurrection du Christ. Doté d'un talent prodigieux de conteur, et par la voix persuasive de Pierre l'orphelin, Pierre Gariépy tourne en ridicule les rites et mythes religieux desquels, nous le devinons, il a appris à se rebeller, à refuser un monde aseptisé, ennuyeux. Fable assurée contre tous les carcans abêtissant les humains, les révélant à leur condition première, soit l'innocence. À chacun d'y chercher une fleur minuscule poussant entre les pavés disjoints.&lt;br /&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Cette trilogie s'interrompant d'une manière polysémique, on remercie Pierre Gariépy d'avoir créé une poignée d'êtres aussi subversifs, tellement humains. Généreux. Ils nous ont valu des heures savoureuses de lecture. On remercie André Vanasse d'avoir osé publier une œuvre si audacieuse, Josée Bonneville, qui a pris la relève... Nous tirons le rideau sur un spectacle inachevé. Le souvenir de Lomer, de Blanca, de Pierre, nous habitera longtemps encore.&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;i&gt;L'âge de Pierre, &lt;/i&gt;Pierre Gariépy&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;XYZ éditeur, coll. Romanichels, Montréal, 2011, 138 pages&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3012796945826603888?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3012796945826603888/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/02/tels-parents-tel-fils-12.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3012796945826603888'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3012796945826603888'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/02/tels-parents-tel-fils-12.html' title='Tels parents, tel fils *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-vXPzHqU_agw/TWJulJpYrnI/AAAAAAAAAoA/jW8yJ3CdlUs/s72-c/age+de+pierre.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-6325270787682324680</id><published>2011-02-14T08:42:00.000-05:00</published><updated>2011-02-14T08:42:38.062-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Les racines et les ailes ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-64mwbImbtb8/TVkxMN330sI/AAAAAAAAAns/PfvV4wFIFW8/s1600/SoldatVerre.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/-64mwbImbtb8/TVkxMN330sI/AAAAAAAAAns/PfvV4wFIFW8/s200/SoldatVerre.jpg" width="123" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Nous baladant en ville ou prenant le métro, on a remarqué la mixité des couples. Africains, Asiatiques, Européens, Nord-Américains, on se questionne sur la raison démentielle des guerres. Fracas des bombes, cris de douleur, villes décapitées, ces images télévisées chargées de haine démentent la tendresse des visages, la douceur des yeux qui se jurent l'éternité. Les intérêts politiques d'une poignée d'hommes ne primeront jamais l'amour qu'échangent ces femmes et ces hommes. Réflexion délibérée qui nous ramène au roman de Steven Galloway, &lt;i&gt;Le soldat de verre.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Destin d'un homme pour qui marcher sur la terre s'avère non seulement un effort considérable mais aussi un déchirement permanent. Il n'est bien que sur un fil de fer, débarrassé de toute pesanteur physique. Le poids de la terre, morceaux de glaise collés à ses pieds. Depuis sa terrible enfance en Transylvanie, durant les années 1920, ont transpiré ses peurs, ses angoisses nées de l'exil, de sa condition d'humain toujours sur le qui-vive, de la mort de ses parents dans l'incendie criminel de leur maison, de ses errances d'un continent à l'autre. Ainsi commence l'histoire de Salvo Ursari, gitan malmené par la guerre et la discrimination. Au bout de la souffrance, une main secourable et brutale parfois se tend, nous saisit au collet, nous laissant pantelant. Ce qui arrivera à Salvo une nuit qu'il effectue des prouesses sur une chaise dans une taverne mal famée de Budapest. Avant de parvenir à ces extrêmes, Salvo avait été recueilli pendant deux ans chez une tante rom, bannie par ses parents après son mariage avec un « gadjo, son oncle Laszlo. » Deux années pendant lesquelles Salvo se posera moult questions sur les rapports humains, son oncle le détestant ouvertement. Durée soutenable interrompue par un incident irréparable provoqué par la distraction rêveuse de Salvo. Sa tante le mettra à la porte. Fascinante histoire du soldat de verre, entrecoupée de touchants contes roms. Petit objet brisé qui le poursuivra sa vie durant, ses pieds constamment blessés par des tessons symboliques. La main secourable, impitoyable, apprendra à Salvo à se tenir en équilibre sur un fil de fer. Adolescent doué, on pense à l'albatros poétisé par Charles Baudelaire. Maladroit sur ses pattes enracinées à la terre, sa majestueuse prestance se manifeste au déploiement de ses ailes. À partir de cette révélation, l'existence de Salvo ne sera plus jamais la même. Des êtres retrouvés qu'il croyait morts, sa soeur et son frère, plus tard, Anna, son épouse, le rejoindront sur la corde raide. Plus tard encore, ses deux filles, un enfant adopté. Nous avons l'impression que l'amour que se porte cette famille nomade s'intensifie, réunie sur le fil de fer. En bas, les ennuis ne cessent de la défier, en haut, existent&amp;nbsp; l'harmonie des gestes, la sécurité de l'immobilité. La quintessence existentielle où nulle parole nuisible ne s'échange, contrairement aux lourdes lois terrestres où chacun grandit, vit avec ses dilemmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les années passent. Salvo Ursari et les siens exécutent leurs numéros fabuleux au célèbre cirque Fisher-Fielding. Jusqu'au jour où le rêve ailé, symbolisé par un exercice périlleux mis au point par Salvo, s'écroulera tragiquement. Le soldat de verre se profile. Mort, dispersion de la famille. Faillite du cirque après qu'un mystérieux incendie l'ait ravagé. Fascination et horreur des flammes redoutées par Salvo et sa jeune sœur Étel. Méfiance constante, non-dits douloureux où l'enfance sans cesse déboule, tel un torrent intarissable. Voyages et pauses de l'Europe Centrale jusqu'en Amérique du Nord. Bonheur d'Anna dans sa ferme en Colombie-Britannique. Une complicité muette, une solitude accablante uniront Salvo et Anna jusqu'à la fin, soit la chute du prodigieux funambule à quatre cents mètres au-dessus du sol.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman magistral, universel, signifiant bêtement que la vie ne tient qu'à un fil, cliché éculé que manigance une implacable fatalité. Que serait devenu Salvo Ursari loin du cirque ? Son aspiration à l'élévation, son attirance pour la chute, ses doutes confrontés à des certitudes insondables auraient-ils trouvé un remède efficace, bridant un début de folie ? Ses intuitions maladives se seraient-elles frottées à des êtres entiers, frustes, mais fragiles comme le verre ? Salvo ne dit-il pas que nous sommes tous des soldats de verre. Une ébréchure nous déstabilise, brise nos ailes, nous ne pouvons que rêver du ciel et de la terre amalgamés ; ils nous auront permis d'accomplir nos moindres désirs. L'histoire de cet homme exceptionnel nous est racontée tendrement, passionnément par Steven Galloway. Les moindres détails psychologiques traitant des expériences de chacun nous touchent immensément. Semblables à l'équilibre précaire maintenant les pieds sur le fil de fer, les filaments événementiels qui nous gouvernent s'useront à un âge où Salvo promet à Anna, même s'il sait qu'il ment, de prendre bientôt sa retraite. Ce mensonge grossier, il le paiera de sa vie, suscité par une violente bourrasque inattendue entre « deux des tours les plus hautes du monde. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a été séduite par la sérénité descriptive qu'a choisie Steven Galloway pour narrer une histoire où Salvo Ursari et les siens se heurtent à des intransigeances humaines, à des complots séditieux, à une intolérance innée envers son peuple. Une tendresse généreuse habite Salvo, il est incapable de déserter la corde raide, de contempler le monde au niveau de la terre, là où les spectateurs, médusés, retiennent leur souffle dans la crainte ou l'espoir de le voir tomber. Histoire d'un homme et de ses semblables, révélant au lecteur l'univers presque oublié du cirque. Grâce à ce magistral destin hors du commun, on ne regardera plus les fildeféristes avec détachement, on se demandera si le spectre de Salvo Ursari, debout, enroulé autour de sa perche, ne flotte pas entre deux numéros prestigieux, lui aussi main secourable, tel le papillon, ange de la mort qui trop souvent le hantait...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On mentionne la sensible traduction de l'écrivaine Dominique Fortier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le soldat de verre, &lt;/i&gt;Steven Galloway&lt;br /&gt;traduit de l'anglais (Canada) par Dominique Fortier&lt;br /&gt;Éditions Alto, 2010, Québec, 415 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-6325270787682324680?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/6325270787682324680/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/02/les-racines-et-les-ailes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6325270787682324680'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6325270787682324680'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/02/les-racines-et-les-ailes.html' title='Les racines et les ailes ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-64mwbImbtb8/TVkxMN330sI/AAAAAAAAAns/PfvV4wFIFW8/s72-c/SoldatVerre.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-9098401412428940188</id><published>2011-02-07T08:27:00.000-05:00</published><updated>2011-02-07T08:27:59.907-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit'/><title type='text'>Un rendez-vous piégé ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TU_zPonGcOI/AAAAAAAAAnk/daVmw09qYfA/s1600/lincident21.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TU_zPonGcOI/AAAAAAAAAnk/daVmw09qYfA/s200/lincident21.jpg" width="150" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;En ce février enneigé, on s'en tiendra à des propos minimalistes et reposants. Les coups d'État, les inondations et divers bouleversements humains ou naturels, après que nous les avons assimilés, exigent une pause pour continuer à vivre. Nous évoluons dans un pays où la violence se montre le bout du nez sans vraiment désorganiser notre emploi du temps journalier. Il est bon de laisser en suspens quelques interrogations avant de se plonger dans un livre. On a choisi de parler du récit de Pierre H. Charron, &lt;i&gt;L'incident.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Courte histoire construite telle une pièce de théâtre. En de brefs chapitres, l'auteur dresse douze personnages&lt;i&gt; &lt;/i&gt;avant de les lancer dans un complot collectif qui se déroulera à huis clos. Comme dans la vie, il y a les gentils et les méchants. Ceux pour qui aimer veut dire quelque chose, ceux pour qui détester veut dire aussi quelque chose. On va essayer de les cerner avant de leur laisser le champ libre. D'où une heureuse complicité entre l'écrivain et le lecteur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sept ans avant l'incident, Simon et David, frères de sang, affirme l'auteur, ont décidé de taire un secret. Nous sommes témoins d'une vision insolite accablant Simon. Il saigne du nez, des oreilles, ses doigts sont « fusionnés » entre eux, des larmes de sang se forment aux contours de ses iris. Peu à peu, Simon revient à lui, adjurant David de ne pas jouer à la finale de base-ball, son comportement inexplicable l'avisant d'un malheur. David ne tient pas compte du conseil de son ami, qui a vu juste. Un accident se produira sur le terrain, dont David sera la victime. Ce laps de temps écoulé, le présent nous apprend que les deux hommes, âgés de dix-huit ans, résident dans l'arrondissement de Mirabel, « à quelques bornes du célèbre aéroport laissé à l'abandon. » Futur significatif qui n'est pas une coïncidence. Temps fictif autant que l'histoire violente qui s'ensuit. Alors qu'ils savourent un cappuccino Chez Salvator, une nouvelle vision submerge Simon. Elle ne révèle rien de réjouissant : un meurtre aura lieu dans le bistrot. Tempête de neige et verre brisé. Un seul mot comme indice : métal... Effarement angoissé des jeunes gens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Délaissant ces témoins à leur peur, Pierre H. Charron nous présente Caroline, seize ans, qui se rend à son cours de chant. Elle ambitionne le premier rôle d'une comédie musicale au banquet annuel du Conseil des arts des Laurentides, tremplin pour une carrière de chanteuse. En attendant que son rêve prenne forme, elle est serveuse Chez Salvator. Ce matin-là, elle rejoint son professeur, monsieur Deblois, mais quand elle entre dans la salle, une décevante surprise la fait fuir... La rattrapant, son professeur lui donne rendez-vous le lendemain matin Chez Salvator. En parallèle, Buddy, Tommy et Manuel traînent leurs guêtres dans un endroit infect du quartier, où des transactions illicites attirent le « tiers de la population juvénile. » Buddy attend Yann, « un blanc-bec de premier ordre ». Celui-ci doit de l'argent à Buddy, et les délais sont périmés. Après que ses acolytes eurent démontré à Yann que leur chef ne plaisantait pas, Buddy lui donne vingt-quatre heures pour lui verser le magot. Chez Salvator, le lendemain matin. Il y a aussi Reynald, que nous rencontrons sur place. Il est responsable des cuisines, exploité par son patron, Joe Salvator. Irrité par l'absence inexpliquée de Caroline, il ne supportera pas les réflexions désobligeantes de Joe Salvator. Il claque la porte en jurant de se venger...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous reposons de cet inventaire humain en retrouvant Simon et David Chez Salvator.&amp;nbsp; « Il neige à plein ciel et il fait clair. » Les uns et les autres composent un tableau séquentiel, celui du matin de l'incident. Anxieux, monsieur Deblois espère l'arrivée de Caroline pour mettre les choses au point pendant que Buddy et sa « gang » attendent Yann. Ce dernier se prélasse dans un motel minable avec Laura, sa copine de misère, réalité à laquelle il ne peut échapper. Les mains vides, il devra se pointer Chez Salvator, persuadé que ses jours sont comptés... De son côté, Caroline fonce affronter « l'ogre des Beaux-Arts ». Elle ira au bout de cette histoire coûte que coûte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dernier acte qu'il serait dommage de dévoiler. Il y aura bien un corps sacrifié, un indice déconcertant. Seul, Marco, camelot du village, que nous n'avons jamais signalé, continue à proposer le quotidien du matin. Il est là, pierre égarée et salvatrice, dans ce débordement confus d'amour et de haine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tour de force de la part de Pierre H. Charron d'avoir résumé en cent pages une intrigue mouvementée, réuni douze protagonistes intransigeants, pourvus de sentiments passionnels, propres à leur âge. Aucune bavure n'engrène le style concis, les dialogues vifs et réalistes ; aucun temps mort ne ralentit l'action, chacun réglant des comptes avec autrui et soi-même. Le village revenu au calme, l'auteur termine sur une note d'humour, rendant ainsi une sorte d'hommage à Simon et David, qui ont su dévider la trame vengeresse de jeunes existences réunies Chez Salvator, scène de théâtre moderne et persuasive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;L'Incident, &lt;/i&gt;Pierre H. Charron&lt;br /&gt;Série ObZcure&lt;br /&gt;Les éditions Z'ailées, Ville-Marie, 2010, 100 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-9098401412428940188?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/9098401412428940188/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/02/un-rendez-vous-piege.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/9098401412428940188'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/9098401412428940188'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/02/un-rendez-vous-piege.html' title='Un rendez-vous piégé ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TU_zPonGcOI/AAAAAAAAAnk/daVmw09qYfA/s72-c/lincident21.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1564290493051396852</id><published>2011-01-24T09:29:00.002-05:00</published><updated>2011-01-24T11:03:50.050-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>De l'art de la fugue *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TT2MpLqza9I/AAAAAAAAAnc/qEw1owEfTDc/s1600/60902_5.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TT2MpLqza9I/AAAAAAAAAnc/qEw1owEfTDc/s200/60902_5.jpg" width="105" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;L'inertie paisible du paysage et l'agitation perpétuelle des gens, sorte d'équilibre, nous permettent de réfléchir à d'étranges phénomènes qui se sont produits récemment : pourquoi les oiseaux tombent-ils du ciel, pourquoi les poissons remontent-ils à la surface de l'eau ? Inertes. Morts. L'humain est-il la cause de cette hécatombe animale ? Quand nous rendrons-nous compte que certains comportements destructeurs finiront par nuire à l'harmonie des éléments terrestres dont la nature a besoin pour constamment se renouveler. Laissons de côté ces questions sans réponses, parlons du roman de David Homel, &lt;i&gt;Le droit chemin.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Benjamin Allan enseigne la littérature française de la seconde moitié du XIXe siècle dans une université de Montréal. Il a dans la cinquantaine, s'interroge sur les conditions existentielles d'un homme qui n'a plus grand-chose à prouver. Il est marié à Laura, femme de son âge, qui, elle, se consacre à l'art-thérapie. Parents d'un ado accro à la télévision. Usure du couple, incompréhension paresseuse bousculant ce trio sans surprise. Ben a un père octogénaire, Morris, qui finit sa vie dans une maison de retraite. Père juif et rebelle, à l'ironie mordante, que Ben visite régulièrement. La relation parfois timide entre les deux hommes s'avère une thérapie inconsciente dont ni l'un ni l'autre ne saurait se passer. Le vieux Morris, farouche et trébuchant, soulève des pans de souvenirs que son fils a occultés, son enfance ayant été perturbée par l'un de ses deux frères qui le battait outrageusement. Jusqu'au jour où Ben gagne un prix universitaire pour un essai consacré à la dromomanie, pathologie de fuite et forme d'hystérie ne touchant que les hommes. Enfin, quelque chose se passe dans son existence, qu'il juge morne et fade. Une jeune femme, Carla McWatts, chargée de communication, au tempérament impétueux d'artiste, lui accordera une entrevue au cours de laquelle des ondes invisibles réveilleront la libido endormie de son interlocuteur. Ben profitera de son attirance sexuelle envers Carla pour tromper son ennui, détourner sa culpabilité. Les manques affectifs de Laura, son épouse, qui ne vit que pour sa profession, croit-il. Fragilité de l'un et de l'autre qui, à mesure que le roman se déroule, révélera son lot de vérités et de mensonges. Les êtres que côtoie Ben sont en proie à une insécurité maladive, à une angoisse basée sur des péripéties de surface. Relations humaines instables entrecoupées de chapitres traitant de la dromomanie, qui ne sont pas sans refléter le désir obscur de Ben Allan : fuir, mais pour aller où ? Fuir de soi-même pour se retrouver à l'Institut Philippe-Pinel, comme l'a fait Carla McWatts, patiente volontaire, après que Ben lui ait dévoilé un terrifiant secret désagrégeant son statut d'artiste. « Patiente étoile » de l'inquiétant psychiatre Albanna. Celui-ci fabrique des poupées sordides, alimentant une névrose incurable, d'où son geste fatal. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Curieusement, nous avons l'impression que sondant les failles de ses proches, Ben Allan se reconstruit, mettant en danger des convictions que chacun s'invente pour contrer ses marasmes. Le noyau du roman gravite autour des visites de Ben à son père. Leurs discussions l'imprègnent d'une énergie qu'il ne soupçonne pas. Galvanisé par l'ardeur mentale d'un père que l'amour désespéré de la vie ne fait pas ciller, Ben, endeuillé par sa propre désertion, n'en finit pas de se berner, cherchant ce qui irait le mieux à ses semblables, alors qu'il n'a nullement l'intention de secourir qui que ce soit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman touffu, intelligent. Intimiste, le regard méditatif de David Homel ne cesse d'observer ce qui émerge d'une société tragique, minimaliste. Ben va de l'un à l'autre, camouflant ainsi les causes essentielles de ses dispersions. Les agissements désordonnés de ses partenaires insufflent en lui des raisons magistrales de vivre pour ce qu'il est. Entretenant à son insu une ostentatoire souffrance, Ben ne sait qu'offrir en échange. Quand il se manifeste, souvent avec maladresse, c'est pour dénouer des insuffisances qui aident à survivre. Roman aux cent sujets qu'on ne peut aborder ici : comment supporter la vieillesse, aplanir un deuil. Être un père idéal, un époux attentionné. Reconnaître les bienfaits de l'immigration. Roman où l'enfance tient une part cruciale, symbolisée par des objets remisés, comme si l'immaturité se nourrissait d'artefacts. Des peluches, des poupées, des dinosaures en caoutchouc. Les dialogues, pour la plupart théâtraux, sont empreints d'un humour efficace ; des scènes irrésistibles font sourire, telle la rencontre du vieux Morris avec le groupe de hassidim, à Outremont. Roman où les traces vitales ne finissent jamais. Elles ont pour avenues l'absence et l'errance que Ben Allan ne peut poursuivre sans se heurter à des exigences, à des refus. Laura, épouse désenchantée, qui se meut dans une tranquillité sournoise ; Carla, amoureuse déçue, repoussant son illusoire empathie. Réparties percutantes, analysant le sens de la vie, énoncées par des êtres, à leur manière, atteints d'une hystérie silencieuse. D'où le tic — virus inguérissable ? — de Ben perçu par Laura. Roman dense et tendre où toute source expérimentale se jette dans l'océan infernal de nos ratages.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il serait injuste de ne pas mentionner la traduction impeccable de Sophie Voillot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le droit chemin, &lt;/i&gt;David Homel&lt;br /&gt;traduit de l'anglais (États-Unis) par Sophie Voillot&lt;br /&gt;Leméac / Actes Sud, Montréal / Arles, 2010, 408 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1564290493051396852?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1564290493051396852/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/01/de-lart-de-la-fugue-12.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1564290493051396852'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1564290493051396852'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/01/de-lart-de-la-fugue-12.html' title='De l&apos;art de la fugue *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TT2MpLqza9I/AAAAAAAAAnc/qEw1owEfTDc/s72-c/60902_5.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3661055204406110520</id><published>2011-01-17T08:47:00.001-05:00</published><updated>2011-01-17T08:48:14.971-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Des univers cosmopolites ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TTRIQPumfDI/AAAAAAAAAnQ/pYy54JTwVAw/s1600/cabinet+curiosit%25C3%25A9.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TTRIQPumfDI/AAAAAAAAAnQ/pYy54JTwVAw/s200/cabinet+curiosit%25C3%25A9.jpg" width="145" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Il neige, le ciel est blanc, la terre est blanche. Impression fantasmagorique qui fait dire aux uns et aux autres que le paysage est sublime. Seuls les arbres dénudés apportent une touche réaliste. On ne revient pas d'une planète inconnue, nos pas s'inscrivent dans une matière crissante, bien réelle. On s'éloigne de ce monde silencieux pour lire les nouvelles de David Dorais, &lt;i&gt;Le cabinet de curiosités.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Univers attractifs que ceux dépeints dans ces récits. Ils nous transportent dans des zones de reflets et d'ombres, parfois de mystère déroutant qu'il est préférable de ne pas toujours clarifier. L'interprétation se fait au cours de lectures successives, comme autant de couches granitiques relevées sur la croûte terrestre. Les nouvelles semblent sortir d'un fabuleux tiroir, fouillis d'instruments insolites. Parmi eux, se rangent aussi des livres qui se bâtissent une existence ordonnée, calquant leurs propos sur des personnages entretenant des rapports de bon voisinage. Un éventuel lecteur comprend mal que la fiction assujettisse une commune rationalité, d'où un malaise à feuilleter un livre, tel un objet de réjouissance, de fascination. &lt;i&gt;La gemme noire&lt;/i&gt; n'est-elle pas synonyme du " mal noir " cariant les pierres précieuses ? Les nouvelles se rattachant aux enfants sont parmi les mieux réussies. On a particulièrement aimé &lt;i&gt;Le petit noël aux marionnettes &lt;/i&gt;mettant en scène un homme ravagé par le chagrin. Ne pouvant se remettre de la perte de sa femme, il entraîne son fils dans un deuil inapproprié à son jeune âge... Dans &lt;i&gt;La disparition, &lt;/i&gt;l'auteur narre l'emprise d'une mère sur son garçon. L'immense chagrin du père et l'aveuglement indécent de la mère s'inscrivent sous le signe de la mort, ornés d'une aura fantastique. Le texte &lt;i&gt;Lustukru ? &lt;/i&gt;invente des monstres qui traumatiseront un enfant, feront plus tard de lui « un vieillard stupide, l'idiot du quartier ». D'autres récits propulsent le lecteur dans des mondes imaginaires participant à l'élaboration de paysages composés d'impressionnants décors où le promeneur solitaire se perd délibérément, confondant le jour et la nuit. Le vrai et le faux. Maëlstrom de sensations où la vie réelle est parfois inexistante. Au risque d'être grisé par d'extravagantes visions... &lt;i&gt;Das Spukhaus. La vierge aux trois mains &lt;/i&gt;relate l'histoire d'un aventurier imbibé d'un passéisme pathétique. Près de Hyde Park, à Londres, dans un chic hôtel du XVIIIe siècle, Horace Stuyvesant exhibe aux membres du club une jeune houri contaminée par l'explosion d'une centrale qu'il a ramenée d'un pays innommé, qu'il est facile d'imaginer. Inévitablement, une conversation lubrique s'échange entre les « habitués de ces cercles éminents [...] laissant courir leurs regards sur chaque saillie » du corps de l'adolescente immobile. Un Américain qui a « fait fortune dans l'informatique » dévoilera le pot aux roses... Sujet scabreux que nous retrouvons dans des récits néocolonialistes ou des livres érotiques des années cinquante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussi captivantes soient-elles, on ne peut citer toutes les nouvelles regroupées dans ce recueil. On a aimé &lt;i&gt;Le saut du tigre, &lt;/i&gt;imagé de séquences rappelant les meilleurs films japonais du genre. &lt;i&gt;Ce qu'il advient des petites filles emballées dans le plastique &lt;/i&gt;se déroule dans une atmosphère trouble et morbide, meurtrière et juvénile. Le texte&lt;i&gt; Petit guide de la descente aux enfers &lt;/i&gt;nous a paru étiré, faiblesse de l'ensemble du recueil, comme si l'auteur voulait faire valoir son érudition concernant quelques titres. Pour conclure, David Dorais, n'omettant pas de se congratuler, fait un retour sur lui-même. Dans une librairie de livres d'occasion montréalaise, il a repéré un collectif d'auteurs de nouvelles. L'illustration de la couverture représente un objet qui l'étonne, l'intrigue. Un meuble, un cabinet de curiosités, comporte diverses figures singulières, comme celles dont l'auteur s'est inspiré pour inventer ses contes. Fabulation ou exactitude ? C'est à Paris que le fictif David Dorais élucidera le mystère de la gravure insérée dans un manuscrit nommé &lt;i&gt;Descriptio completa mirabilium cameræ Basteli. &lt;/i&gt;Le lecteur aura droit à une description exhaustive de la chambre des merveilles signée Du Bastel, prouvant ainsi que ce cabinet a bien existé, qu'il a « survécu aux vicissitudes du monde durant plus de deux cents ans [...] ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Recueil érudit, traitant de thèmes peu usités dans la nouvelle québécoise moderne. Le ton affecté s'amalgame parfaitement à une écriture recherchée, nécessaire au style que l'auteur utilise. Ouvrir un coffre, une armoire ou un livre fait surgir des êtres venus d'univers mussés dans l'enfouissement de notre mémoire assoupie. Monstres de l'enfance, sortilège de l'insolite, microcosme faunesque qui, durant les nuits d'insomnie, risque de nous happer. Avec un talent somptueux, David Dorais prend cette mythologie à son compte pour épater un lecteur avide d'histoires surnaturelles. Toutefois, on émet une réserve : la nouvelle s'insérant dans un genre minimaliste, le délayage descriptif de plusieurs d'entre elles nous a agacée, voire lassée...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;i&gt;Le cabinet de curiosités, &lt;/i&gt;David Dorais&lt;br /&gt;Éditions L'instant même, Québec, 2010, 227 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3661055204406110520?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3661055204406110520/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/01/des-univers-cosmopolites.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3661055204406110520'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3661055204406110520'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/01/des-univers-cosmopolites.html' title='Des univers cosmopolites ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TTRIQPumfDI/AAAAAAAAAnQ/pYy54JTwVAw/s72-c/cabinet+curiosit%25C3%25A9.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-6983667989650439003</id><published>2011-01-04T09:00:00.003-05:00</published><updated>2011-01-04T09:22:21.424-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un livre enjambant les siècles *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TSMsgCazxwI/AAAAAAAAAnA/tBWx2zIqw18/s1600/LV135348-B.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TSMsgCazxwI/AAAAAAAAAnA/tBWx2zIqw18/s200/LV135348-B.jpg" width="200" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On regarde la vitre, elle s'insère dans un tableau blanc, les branches d'un érable le sillonnant de lignes brisées noires. C'est l'hiver qui s'inscrit de la sorte en miniature. S'il nous dépêche sa désolation, ses plaisirs enneigés rassurent le regard, enivrent le corps. On s'armera donc de patience en lisant le roman de Francis Malka, &lt;i&gt;La noyade du marchand de parapluies.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman divertissant et troublant qui convient à un début d'année maussade, comme le sont souvent les lendemains de réjouissances excessives. Nous nous déportons en l'an 1039, à Arles, un mercredi après-midi. Il y fait une chaleur torride. Un jeune cordonnier, huit deniers dans ses souliers, se dirige vers le quai où logent les maraîchers, le boucher, le poissonnier. Après s'être procuré ce qui convient à un succulent repas, il s'en retourne chez lui lorsqu'une voix éteinte l'interpelle. Un homme, ni jeune ni vieux, lui propose un parapluie rouge, mentionnant que cet objet a été inventé par les Chinois depuis plusieurs siècles. Une semaine plus tard, le marchand et le cordonnier se rencontrent à nouveau, engagent une conversation sur l'utilité des parapluies durant l'été. Le narrateur achète le parapluie rouge et, pour le remercier, le marchand lui offre un livre qu'il ne doit ouvrir que dix jours plus tard. Le cordonnier rentre chez lui, le livre dans ses chausses, en main le parapluie rouge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le laps de temps écoulé, les événements se précipiteront. Le cordonnier se rend compte que le livre mentionne tout ce qu'il a vécu les dix derniers jours. Mystification dont il se serait passé à une époque où la vie d'un humain, même honnête, ne valait pas tripette. Au fur et à mesure que les tracas quotidiens assaillent le jeune homme, il écrit dans le livre, pensant détourner ainsi le cours du temps et, plus audacieux, tenter de confondre des faits historiques. Prodige du livre, chaque souhait de l'artisan s'accomplira, ce qui le rendra suspect aux yeux de ses semblables, qui l'accuseront de sorcellerie. Enlevé dans une charrette à bœufs par des campagnards superstitieux, exilé du royaume de Provence, nous le retrouvons à Pise, en l'an 1178. Il est devenu un riche commerçant de tissus, si riche qu'il se départira de ses profits. Le premier jour de chaque mois, il organisera un banquet au bénéfice des indigents, à l'église du Saint-Sépulcre, prêtée par l'ordre des Hospitaliers. Il découvrira que l'altruisme n'existe pas, sa bonne action dérangeant les autorités, les sociétés se partageant le pouvoir. « L'institution la plus irritée par cette affaire fut l'évêché de Pise. » Malmené, jugé devant le tribunal de la ville, il sera innocenté grâce à la curiosité douteuse de l'archevêque d'alors, Ubaldo Lanfranchi. Une fois encore, le livre interviendra en sa faveur. Avec la complicité du capitaine d'une galère, notre commerçant s'enfuira de Pise. À Gênes où il s'est réfugié, il gère des affaires prospères. Il avouera que ses années gênoises figureront parmi les plus douces. Années qui se transformeront en décennies puis en siècles... En 1491, sa torpeur béate sera interrompue : un matin de février, un inconnu subtilisera le livre. Un billet glissé sous sa porte fixera un rendez-vous dans une auberge sur le quai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous abordons la partie la plus intense de la vie de l'ex-cordonnier. Les intentions manifestes du livre volé le mèneront à Amerigo Vespucci. L'homme veut déjouer les plans d'un dénommé Christoffa Corombo qui projette de naviguer jusqu'aux Indes. Il suffirait que le détendeur du livre rédige une note pour contrecarrer les plans du navigateur. Après de vaines tergiversations, le personnage n'aura d'autre choix que d'obéir aux ordres de Vespucci : il devra accompagner Corombo jusqu'aux Indes. Traversée des plus captivantes, Francis Malka se servant de rudiments véridiques qu'il habille de péripéties vulgarisées, d'anecdotes fantaisistes. Jonglant avec les avatars des siècles passés, le narrateur inscrit dans le livre un futur hypothétique que lui seul manipule. De retour d'un voyage périlleux, toujours à la merci du chantage de Vespucci, il accepte d'écrire une lettre de reconnaissance qu'il lui remettra des années plus tard. Entre-temps, il aura récupéré le livre qu'il utilisera « avec parcimonie », aura traversé des siècles. En 1893, notre héros réside à Vienne, il est amoureux d'une certaine Sophie, dame d'honneur chez une archiduchesse. Ambitieuse, elle vise un titre de noblesse dont l'honorera son amant. Sophie épousera l'archiduc Franz Ferdinand, héritier du trône de l'Autriche-Hongrie. Nous connaissons la fin tragique du couple princier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Étrange récit, étrange livre qui, tel un chien fidèle, acquiesce aux désirs de son maître. Possédant une existence propre, mais aussi son avers et son envers, il se rebiffe chaque fois que son acquéreur s'immisce malencontreusement dans une situation improbable. Le livre déclenche des cataclysmes que personne ne peut contrôler. Qui écrit le livre ? Quel précepte allégorique tire-t-il de l'histoire d'une vie hasardeuse ? Qu'est devenu le livre quand le cordonnier revient immanquablement à son état initial ? Est-ce un hommage rendu à tous les livres qui, à travers les siècles, ont survécu aux outrages de leurs détracteurs ? Humains et livres sont-ils condamnés à vivre et à mourir ensemble ? De connivence avec la mémoire investigatrice, tel un prolongement, nous pensons au film &lt;i&gt;Fahrenheit 451, &lt;/i&gt;réalisé par François&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Truffaut&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Autant de questions, parfois obscures, posées par Francis Malka. Est-ce important de cerner une réponse, le roman nous ayant charmée, interrogée. L'auteur lui-même a-t-il échappé à l'emprise du livre magique, le récit déroulant les périls d'un homme revenu à ce qu'il était. La morale en serait-elle l'incapacité d'échapper à sa destinée, aussi dramatique ou émouvante soit-elle ? L'impression demeure que le livre s'apparente au rêve de don Quichotte égaré dans la conquête de lui-même...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire pour défier une année nouvelle inscrite dans le livre universel du temps et pour savourer deux fables : celle manuscrite par le cordonnier, celle narrée par Francis Malka. Double originalité !&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La noyade du marchand de parapluies, &lt;/i&gt;Francis Malka&lt;br /&gt;Éditions Hurtubise, Montréal, 2010, 267 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-6983667989650439003?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/6983667989650439003/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/01/un-livre-enjambant-les-siecles-12.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6983667989650439003'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6983667989650439003'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2011/01/un-livre-enjambant-les-siecles-12.html' title='Un livre enjambant les siècles *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TSMsgCazxwI/AAAAAAAAAnA/tBWx2zIqw18/s72-c/LV135348-B.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-187807173182965788</id><published>2010-12-20T09:23:00.000-05:00</published><updated>2010-12-20T09:23:13.397-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Des sourires certains ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TQ9msm03VvI/AAAAAAAAAms/3JtekDg0xm0/s1600/gr_9782896491056.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TQ9msm03VvI/AAAAAAAAAms/3JtekDg0xm0/s200/gr_9782896491056.jpg" width="110" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Étant sans cesse à l'écoute des tracas planétaires, on s'en détourne pour nous intéresser à des événements plus agréables. On a besoin de ce répit pour faire la part des choses, le monde présentant ses deux faces théâtrales. Tragédie et comédie. Il en est de même des livres, on délaisse momentanément les auteurs exilés et leurs guerres lointaines pour se complaire dans la lecture distrayante du roman de Rachel Laverdure, &lt;i&gt;De chair et de bronze.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quatre personnages sont interpellés par une massive statue de bronze érigée dans un parc. Un homme âgé assis sur un banc&lt;i&gt; &lt;/i&gt;tend une rose à une femme se tenant à ses côtés. Sur ses genoux repose un livre ouvert. La sculpture intrigue ou indiffère. Elle fait partie du paysage citadin près de chez Laure, femme divorcée dans la quarantaine. Elle vit avec sa fille, Amandine, fil conducteur entre Laure et son ex-conjoint, Éric, déménageur&amp;nbsp; d'œuvres d'art. Laure a monté un petit commerce de cassage de vaisselle qui permet aux clients de se défouler à peu de frais. Pendant qu'hommes et femmes essaient de régler leurs problèmes, Laure rêve de séduire David, employé dans une quincaillerie. Elle y parviendra, mais des désagréments lui révéleront la nature réelle du jeune homme. Laissons Laure à son aventure périlleuse pour cerner Malorie, adolescente, qui vit avec ses parents et son frère. Sa mère, s'étant mise dans la tête de voir sa fille devenir une pianiste réputée, l'oblige à suivre des cours qui n'intéressent absolument pas Malorie ; celle-ci occupe son temps entre ses copines, son amoureux, ses études. Elle a repéré la statue de bronze et, se croyant incomprise, elle glisse des billets dans la main tendue du vieil homme. Jusqu'au jour où un billet bleu répond à ses billets blancs. Le risque est grand, mais Malorie ne peut s'empêcher d'aller au rendez-vous fixé par un inconnu... Peu après le danger encouru par Malorie, nous faisons connaissance avec Éric, l'ex-conjoint de Laure. Il aime sa fille Amandine, sa nouvelle flamme, riche et divorcée, Héléna. Versatile et protéiforme, il se disperse, se plie aux exigences des personnes qu'il fréquente, tant familiales qu'étrangères, comme si sa vie en dépendait. Opportuniste, il nourrit son insatiable curiosité de la complexité de l'être humain. Cependant, au fond de lui, sommeille un inquiétant dilemme : de qui est-il le fils, pourquoi sa mère l'a-t-elle abandonné à sa naissance ? Lui aussi a été frappé par la statue de bronze envers qui il éprouve une « indifférence plutôt bienveillante. » Un jour, il est chargé de la déplacer sur le parvis d'un immeuble. Vue sous un nouvel angle, la statue pose un troublant questionnement à Éric sur l'homme et la femme qui la composent. Laissons Éric à son introspection, entrons dans l'appartement de Nadège et de Rosaire, couple sexagénaire mal assorti. Lui est plébéien, alcoolique, tyrannique. Obsédé par le sexe. Elle, intelligente, cultivée, à l'affût des nouveautés culturelles. Tributaire d'un mari exigeant, elle rêve qu'il meurt, se culpabilisant malgré elle de cette odieuse pensée. Nadège sort avec son amie veuve, Colette, avec qui elle peut discuter de tout. Souvent, elles vont ensemble au cinéma, fréquentent les musées. La mémoire défaillante de Colette réservera une étonnante surprise à Nadège ; son amie s'affublera d'un homme, Fulgence, qui comblera ses absences, s'intitulant « souffleur de mots, indulgent pour l'oubli. » Peu à peu, Nadège se rend compte que Fulgence est loin de lui déplaire et manigance un rendez-vous. Il sera question de la statue de bronze dont le nom du sculpteur ébahit Nadège. Fulgence mènera une minutieuse enquête dont l'issue dentèlera un merveilleux horizon à Nadège.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman bien ficelé, habilement mené par Rachel Laverdure. Nous nous doutons que les protagonistes ne sont pas étrangers les uns aux autres, procédé romanesque assez courant. Si nous considérons que l'histoire se divise en quatre parties, celle de Nadège et de Rosaire s'avère la plus touchante, la plus originale. Le rôle de l'adolescente Malorie semble convenu, même si la jeune fille apporte plusieurs éléments utiles à l'intrigue. Tous les quatre se promènent dans leurs quartiers personnels, butant sur des incompréhensions légitimes chaque fois que se dresse la statue, déclenchant en eux de spécifiques réactions : les désirs sexuels inassouvis de Laure, les spéculations tourmentées d'Éric, les regrets refoulés de Nadège. Sous des dehors légers, souvent réjouissants, le roman s'inscrit dans une gravité que renforce la pensée réflexive de l'auteure. Elle ne manque jamais de glisser un humour féroce là où le lecteur ne capte qu'une signifiante oisiveté. Lecture divertissante, assurée de sourires certains, l'écriture s'enrichissant d'un vocabulaire abondant et défini.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire pour entrer sereinement dans les Fêtes de fin d'année, le cœur compatissant aux tourments des êtres de chair, les statues aimant s'entourer de mystère, apparemment insensibles aux geignements humains... Mais qui sait ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;De chair et de bronze, &lt;/i&gt;Rachel Laverdure&lt;br /&gt;VLB éditeur, Montréal, 2010, 192 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-187807173182965788?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/187807173182965788/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/12/des-sourires-certains.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/187807173182965788'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/187807173182965788'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/12/des-sourires-certains.html' title='Des sourires certains ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TQ9msm03VvI/AAAAAAAAAms/3JtekDg0xm0/s72-c/gr_9782896491056.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-878931293211085292</id><published>2010-12-06T08:17:00.001-05:00</published><updated>2010-12-06T09:20:33.892-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='récit'/><title type='text'>L'exil, trente ans plus tard *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TPziN5FZUOI/AAAAAAAAAmo/GcwEjNBpGxk/s1600/53847_5.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TPziN5FZUOI/AAAAAAAAAmo/GcwEjNBpGxk/s200/53847_5.jpg" width="116" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Une petite fille, un livre serré contre elle, se terre dans un grenier, se tapit dans les joncs, au bord d'un étang, pour lire en paix. Les " grandes personnes " conçoivent mal son désir de solitude — une enfant de cinq, six ans, ne doit pas rester seule. La petite fille aime à se raconter des histoires inspirées d'écrivains qui seront ses premiers amis. Plus tard, son goût de l'écriture et de la lecture ne tarira pas. Avec un esprit critique, elle se penchera sur ce qu'écrivent ses pairs. Aujourd'hui, elle s'attarde sur le récit de Kim Thuy, &lt;i&gt;Ru.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une autre petite fille a attendu trente ans pour nous faire part&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de ses souvenirs d'avant et d'après son exil. Elle est née à Saïgon pendant l'offensive du Têt, c'est-à-dire un jour avant la nouvelle année lunaire, celle du Singe. L'offensive constitue la bataille la plus importante, et la plus meurtrière, du conflit vietnamien sous la présidence américaine de Lyndon B. Johnson. Terrorisées par les communistes, des familles entières s'enfuiront, usant de moyens précaires et sordides. La petite fille, Kim, a dix ans quand, avec sa parentèle aisée sud-vietnamienne, elle bourlingue dans la cale d'un bateau. Plus de deux cents personnes seront entassées les unes sur les autres. Première vague de &lt;i&gt;boat people.&lt;/i&gt; La plupart seront recueillis en Malaisie, dans un camp de réfugiés. À la suite de cette terrifiante épreuve, Kim Thuy décrira la peur qui étreignait chacun lors de la traversée du golfe du Siam. Les communistes à leurs trousses, la promiscuité régnant parmi les fugitifs, une ampoule pendue à un clou, seule touche lumineuse à quoi la fillette se raccroche. Après plusieurs mois de l'ultime déchéance, les rescapés seront envoyés au Canada. N'ayant d'autre choix que de s'adapter à la vie nord-américaine, la petite fille en perdra momentanément la parole. À Granby, c'est Jeanne, « notre fée en maillot et collant rose aux cheveux piqués d'une fleur », qui la lui rendra. Musique et danse restitueront au corps blessé de Kim sa souplesse. Les mouvements circulaires des bras et des jambes de Jeanne semblaient « balayer les murs, remuer l'air. » Trente années passeront cahin-caha avant que Kim puisse mettre un ordre circonstanciel dans sa mémoire autant meurtrie que son corps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est inévitable que Kim Thuy parle d'elle-même avant de renouer mentalement et sereinement avec sa famille. Sa mère, rigoriste, a commencé à se « réinventer » à cinquante-cinq ans, son père insouciant vivait confortablement dans l'instant « sans attachement au passé. » Ses grands-parents, ses tantes et ses oncles. Sa cousine Sao Mai de qui la narratrice sera toujours l'ombre. Il y a surtout ses deux enfants, Pascal et Henri. Ainsi, du passé au présent, la mémoire vacille d'un côté ou de l'autre. Entremêlant des visages, familiers ou étrangers, tous portent le nom de la réconciliation après que les années aient adouci les souffrances de la jeune femme, atténué ses désillusions. Sa jeunesse lui a donné le désir irrépressible de recommencer une nouvelle existence. Au fur et à mesure que se débobinent les événements tragiques d'alors, l'auteure se remémore les êtres qui l'ont aidée à survivre. Monsieur Ming, qui avait étudié la littérature à la Sorbonne, rescapé d'un camp de rééducation. Grâce à sa générosité, elle a découvert « la pureté, le pouvoir de l'écriture. » Madame Girard, à Granby, qui avait engagé sa mère pour faire du ménage chez elle, ignorant que celle-ci « n'avait jamais tenu un balai dans ses mains avant son premier jour de travail. » Elle évoque aussi un serveur à Hanoï, lui reprochant de se laisser emporter par le rêve américain. Superbe leçon d'humilité ! Monsieur An, autrefois juge et professeur, devenu autiste, lui aussi victime des camps de rééducation. À la jeune femme, il aura appris les nuances. La famille de Kim Thuy a été sauvée par plusieurs personnes, de la plus jeune à la plus âgée, nous dit clairement l'auteure, spécifiant rarement qu'existait entre elles une immense solidarité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus tard, Kim Thuy fera un va-et-vient continuel entre le Vietnam et le Canada. Sans excès, avec pudeur et sensualité, elle dépeint les hommes aimés, la naissance incognito de l'enfant de sa tante Sept, le handicap de son fils Henri, ses retrouvailles avec Johanne, première amie perdue, qui lui avait tendu la main en arrivant à Granby. Hormis ces anecdotes émouvantes, parfois cocasses, intervient la mémoire fragmentée, tourmentée ; l'auteure relate les dangers du communisme, le courage indescriptible des femmes de son pays, les détails de ses sentiments, le souvenir des gestes éphémères. Différentes particularités poignantes parcourent les sillages tumultueux télescopant l'auteure ; presque soufflées au lecteur tellement les mots sont à peine dévoilés, à peine audibles. L'écriture prend sa source dans la légèreté de l'enfance, sa gravité dans des péripéties improbables. Kim Thuy a dû tout réapprendre, les langues française et anglaise, la pensée occidentale, la manière de se nourrir, le travail quelquefois misérable, elle qui vivait dans l'opulence familiale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Éclats de vie exaltant le rêve poétique, devant sans cesse réconcilier ce qui fut, ce qui sera. Deux univers transitoires, forts et fragiles, que Kim Thuy fréquente indifféremment, éloquente traversée du désert jusqu'à l'échouement dans une oasis reposante, avant de repartir témoigner de la folie et de la sagesse des hommes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On mentionne que le livre de Kim Thuy, &lt;i&gt;Ru, &lt;/i&gt;— petit ruisseau en français, berceuse en vietnamien — a été lauréat du Prix du Gouverneur général 2010 et du Prix du Grand Public &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt; du Salon du livre de Montréal 2010.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Ru, &lt;/i&gt;Kim Thuy&lt;br /&gt;éditions Libre Expression, Montréal, 2010, 146 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-878931293211085292?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/878931293211085292/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/12/lexil-trente-ans-plus-tard-12.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/878931293211085292'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/878931293211085292'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/12/lexil-trente-ans-plus-tard-12.html' title='L&apos;exil, trente ans plus tard *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TPziN5FZUOI/AAAAAAAAAmo/GcwEjNBpGxk/s72-c/53847_5.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-6694325374680104834</id><published>2010-11-29T08:42:00.002-05:00</published><updated>2010-12-05T16:43:20.912-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>La face ombrée de l'amour  *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TPOtjFJR6QI/AAAAAAAAAmk/h44uzf279TI/s1600/amour-temps-mimosa-10.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TPOtjFJR6QI/AAAAAAAAAmk/h44uzf279TI/s200/amour-temps-mimosa-10.jpg" width="129" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Ça y est, on a franchi l'heure de la marmotte ! On souhaite que cette charmante petite bête se réveille au plus vite, nous annonce l'arrivée du printemps... On se réjouit à l'avance du soleil plus chaud, des bourgeons griffant les branches, des primevères, des narcisses égayant les pelouses... Aimant rêver, on le fait en compagnie du roman de Nadia Ghalem, &lt;i&gt;L'amour au temps des mimosas.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S'il est vrai qu'existe une écriture au féminin, cet ouvrage en représente un authentique exemple. D'une sensibilité de poète émérite, Nadia Ghalem nous invite à voyager dans les pays qu'elle a quittés avant d'en explorer de différents. À la recherche du premier amour adolescent, la narratrice évite un maniérisme sentimental agaçant, observe les êtres&amp;nbsp; avec empathie. Son œil perçant de journaliste scrute au-delà des ruines, redonne vie à d'antiques civilisations disparues, ne négligeant pas pour autant le souvenir lancinant de Fodhil. C'est un « amour d'été au temps des mimosas. » L'arbre se tient « juste à côté du portail [...] couronné d'or. » L'arbre, telle la madeleine de Proust, délie la mémoire de l'auteure, conviant le lecteur à de vertigineuses randonnées dans des lieux où richesses architecturales se mêlent aux relents sulfureux d'un colonialisme éhonté. Répondant à l'invitation passionnelle de la narratrice, nous la suivons dans les bayous louisianais avant de partir en Andalousie où la jeune femme a vécu plusieurs années. Civilisation qui, depuis sa reconquête en 1492 par Isabelle et Ferdinand d'Espagne, n'a su recouvrer ses splendeurs. Pourtant, elle fut le berceau méditerranéen d'un monde qui avait à peu près tout inventé. L'algèbre, la poésie, la médecine, sans omettre l'alchimie et la philosophie. Pages admirables dans lesquelles Nadia Ghalem nous insuffle son amour pour l'Espagne arabo-andalouse, en même temps qu'elle nous fait part de sa tendresse pour sa mère, venue en touriste à Grenade. « Ma mère, ma déchirure. » Sa compagne de lutte. La narratrice dit raconter la vie, « la mienne et celle des autres. » Chaque pays qu'elle découvre ou dans lequel elle travaille, est marqué d'une présence pathétique qu'elle se remémore douloureusement. Les arbres aussi y demeurent comme pour ombrer, préserver, l'amour intense qu'elle porte à Fodhil, « ce garçon de quatorze ans, j'étais à peine plus jeune. » Il était en vacances chez ses grands-parents puis, l'été fini, il était reparti « par le train de cinq heures du matin », la guerre commençait... Plus tard, la narratrice nous emmène à Abidjan, ville qu'elle a tellement aimée. Entre-temps, elle est rentrée à Montréal, territoire paisible et tranquille qui la protège de ses souvenirs déchirants. Rappelons que, originaire d'Oran, Algérie, Nadia Ghalem réside au Québec depuis 1965. Journaliste, poète et romancière, elle n'a cessé d'aller au-devant des meurtris de la planète, affligés par des guerres incessantes. Séjournant en Allemagne avec son fiancé, elle y rencontre Henock, il étudie l'ébénisterie. Figure prégnante que la narratrice dépeint en quelques phrases ; elle voit en ce jeune homme « une sorte de réincarnation de Fodhil. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'un continent ou d'un pays à un autre, le fil invisible, ténu de Fodhil tisse un va-et-vient constant entre un passé exalté par l'absence, un présent bercé par Montréal, ville qui tel « un parc où viennent s'égarer des maisons et des rues. » Les femmes, symbolisées par la grand-mère et la mère, par d'humbles passantes de hasard, avivent les incantations affectives de l'auteure quand elle évoque les femmes des Aurès, de Kabylie et d'Oranie. Khadija, « marchande qui passait de maison en maison pour vendre ou échanger des bijoux [...]. Il y a surtout la tante — Amti, en arabe — qui narre l'histoire de Shéhérazade, d'Hypatie, de Néfertiti. Quand chacun était installé sous les couvertures, Amti débitait la vie tragique de ces trois femmes, savantes avant qu'il leur soit permis de posséder quelque science infuse. Amti affirme avoir vu des choses étranges à Carthage, cité que la narratrice dépeindra avec une évidente nostalgie. Les pages consacrées à Amti, entrelacées de poèmes, sont parmi celles qui nous ont&amp;nbsp; particulièrement touchée. Il y a Houreya, aperçue pour la dernière fois à Petra, en Jordanie. Se tient auprès d'elle l'ombre lumineuse de Fodhil. La narratrice confie son aspiration à mourir dans le désert, « le plus grand carré de sable au monde » dans lequel elle a joué et qui annihile les faiblesses humaines. Dans ce lieu mythique, « rien ne peut nous abattre. » Il y a eu la halte à Rome, qui « avait été magique », la déception de Florence. Émotions enrobées du désir inassouvi envers l'adolescent bien-aimé. Tunis, Carthage. La silhouette de la Carthaginoise se dessine sur fond de légende, nous ne savons pas très bien qui, de l'auteure ou de la narratrice, magnifie les vestiges majestueux d'une ville démocratique écrasée par Rome.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous ne pouvons tout décrire de ce récit ambitieux et fervent, inspiré du pays natal. Les continents africain et européen se recoupent, dénonçant des situations humiliantes trop souvent personnifiées par des enfants. Mimo, orphelin des rues, « docile comme un petit animal. » Mina, prostituée à dix ans, « aussi menue et fragile qu'un oisillon tombé du nid. » Si les jours se succèdent comme les perles d'un collier, à Ottawa la narratrice témoigne du 11 septembre, date où le monde venait de changer... Partout, la nature surgit, colorant harmonieusement les paysages orientaux et occidentaux. Un arbre aux grappes floconneuses, le visage évanescent d'un jeune garçon émaillent les souvenirs récurrents de la narratrice. Le mimosa et Fodhil s'enchevêtrent dans deux paradis perdus, celui des pierres avilies par les guerres, celui de l'enfance tuméfiée par le temps qui, inexorablement, ravine les traits juvéniles. Mais c'est dans la paix du Nord canadien, et sur une naissance, que Nadia Ghalem termine son éprouvant périple. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Récit qui secoue le lecteur d'une torpeur conditionnée par les habitudes, agrémenté d'une écriture dynamique, sensuelle. Jaillissent les réminiscences d'un cœur épris de la jeunesse de la chair, des œuvres picturales regroupées dans les musées. Les mots crépitent, abondent en une ardente litanie. La dernière image, le train de cinq heures du matin emportant Fodhil, prélude à la fin d'un monde, du temps vert de l'innocence. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire non comme un roman, mais telle une manifestation, bouleversant ce que nous pensons connaître de nos convictions, après que Nadia Ghalem nous eut informés que la paix avec soi-même et nos semblables se nourrissait à la flamme de tous les feux. Exils vagabonds, désirs inapaisés, tumulte des hommes et de leurs armes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;L'amour au temps des mimosas, &lt;/i&gt;Nadia Ghalem&lt;br /&gt;Éditions Mémoire d'encrier, Montréal, 2010, 134 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-6694325374680104834?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/6694325374680104834/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/11/la-face-ombree-de-lamour-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6694325374680104834'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6694325374680104834'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/11/la-face-ombree-de-lamour-12.html' title='La face ombrée de l&apos;amour  *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TPOtjFJR6QI/AAAAAAAAAmk/h44uzf279TI/s72-c/amour-temps-mimosa-10.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-2166568194999156180</id><published>2010-11-15T08:18:00.000-05:00</published><updated>2010-11-15T08:18:30.678-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Une femme, un enfant, un homme *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TOEzDgDBgfI/AAAAAAAAAmc/Pbg94ioaM6Y/s1600/r_551_s.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TOEzDgDBgfI/AAAAAAAAAmc/Pbg94ioaM6Y/s200/r_551_s.jpg" width="119" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Ce matin, on a été surprise par quelques flocons de neige. On a eu l'impression désagréable que l'hiver s'en venait à pas feutrés. Les journées blanches et glaciales nous accablent. On aime les terrasses de bistrots, les parcs et leurs écureuils, les rues où flâner. Les saisons en fleurs ! Pendant plusieurs heures, on oubliera la désolation du paysage en lisant le roman de Donald Alarie, &lt;i&gt;Thomas est de retour.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le monde est ainsi fait que l'auteur, l'air de ne pas y toucher, magistralement le dépeint. Il aborde en une centaine de pages moult sujets modernes issus de notre société effrénée. D'abord, il y a un homme, Thomas, qui, après quinze années vécues en Ontario, revient au Québec, dans la maison parentale. Son père est décédé, sa mère a été placée dans un CHSLD. Il y a une femme, Annie, avec qui Thomas a eu une brève aventure amoureuse avant son départ en Ontario. Elle est avocate, indépendante, sédentaire. Thomas, qui rêvait de s'exiler en Australie, lui a fait croire qu'il partait en ce bout du monde. Il n'était pas question pour elle de le suivre. Il y a Benoît, l'enfant d'Annie que depuis sa naissance elle élève seule. Autour de ces trois individus bien ordinaires, se déroule la vie à l'échelle restreinte d'un village. Cependant, un drame touchera Thomas de plein fouet. Une maladie dégénérative qui s'attaque au système nerveux le condamnera à la chaise roulante. Il y a David, écrivain, menuisier et peintre. Nous avons fait sa connaissance dans le précédent roman de Donald Alarie, &lt;i&gt;David et les autres. &lt;/i&gt;Il est aussi le père d'Annie. Homme sage qui émet rarement une opinion involontaire, porte peu de jugements, se tient éloigné des rumeurs villageoises. N'a posé aucune question quand Annie lui avait annoncé quinze ans plus tôt qu'elle était enceinte. Curieusement, l'image paisible de cet homme n'est pas sans rappeler Donald Alarie, discret et silencieux, quand il s'agit d'exalter son œuvre qu'il a importante.... Il y a les visages familiers que, dans le parc ou dans sa maison, Thomas observe. Marco, Ève, Léa, Odile, Donatien, Maurice, Françoise, Antoine. Jeunes et moins jeunes joueront un rôle prépondérant quand Benoît recherchera son père. Serviront de modèle à l'auteur pour décrire les tracas que subit chacun d'entre eux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire est limpide, narrée avec les mots appropriés. Nulle bavure stylistique n'alourdit le thème de la vie que l'auteur empoigne à bras le corps, dénonçant à voix basse, à gestes mesurés, les griefs incongrus qui nous font hausser les épaules d'agacement. Certains crient, certains tuent. Donald Alarie, loin de tout excès, dénote à travers le discours réfléchi de ses personnages les injustices commises au nom de lois surannées, de traditions conservatrices, d'une panoplie d'arguments pernicieux n'ayant plus cours en ce début de vingt et unième siècle que nous aimerions plus libéral. Pour étayer ses propos véridiques, Donald Alarie met à contribution les trois voix principales tressant son histoire : celle de Thomas, de Benoît et d'Annie. Le trio par excellence finira par s'accorder aux retrouvailles familiales.&lt;br /&gt;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;  &lt;br /&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Dans l'attente d'un tel dénouement, Donald Alarie se mesure à l'espoir. Entre les lignes, il laisse entendre que rien, jamais, n'est définitif, surtout pas les duperies divisant les hommes et les femmes depuis la nuit des temps. Nous nous demandons pour quelles raisons démodées tant de sujets tabous obscurcissent la mémoire des êtres, la réduisent à une sorte de paralysie que la bêtise humaine explique... Donald Alarie glisse au gré de son récit, les affres des femmes battues, la solitude des gens âgés, l'isolement des résidences, les pires méfaits de la pédophilie, l'incompréhension de l'homosexualité chez les jeunes. Et que dire d'Annie, monoparentale avant l'heure...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman étoffé, murmuré, qui amoindrit les crispations rigides du monde contemporain, nous écarte de livres imprégnés d'états d'âmes égocentriques, ne visant pas plus loin, ni plus haut, que la chair plissée du nombril. Nous aimons que les écrivains mettent en relief le malheur d'hommes et de femmes pour en informer le lecteur attentionné. Bien souvent, les petites choses additionnées les unes aux autres révèlent la force d'une écriture, la prégnance d'un style. Le pouvoir des mots s'avère l'effet d'un coup de marteau dans nos esprits ! Ainsi en est-il du roman de Donald Alarie. Loin des modes, faisant fi de toute compromission, le récit se lit avec la conviction que chaque microcosme existentiel contient sa part de bienfaits, surtout quand il est contemplé du bout d'une lorgnette où l'humour répand l'écho de rires en sourdine...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Thomas est de retour, &lt;/i&gt;Donald Alarie&lt;br /&gt;XYZ éditeur, collection « Romanichels »&lt;br /&gt;Montréal, 2010, 125 pages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-2166568194999156180?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/2166568194999156180/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/11/une-femme-un-enfant-un-homme-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2166568194999156180'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2166568194999156180'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/11/une-femme-un-enfant-un-homme-12.html' title='Une femme, un enfant, un homme *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TOEzDgDBgfI/AAAAAAAAAmc/Pbg94ioaM6Y/s72-c/r_551_s.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1094655893296886363</id><published>2010-11-08T08:18:00.001-05:00</published><updated>2010-11-10T12:52:07.627-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>L'embaumeur et le pianiste ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TNf4SVlYgyI/AAAAAAAAAmU/8DIERm6r2ww/s1600/attraction-ter-vachon-10.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TNf4SVlYgyI/AAAAAAAAAmU/8DIERm6r2ww/s200/attraction-ter-vachon-10.jpg" width="123" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Récemment, on a fait un rêve étrange. Sur une avenue où ne roulait aucune voiture, des hommes et des femmes marchaient lentement. Ils tâtonnaient en aveugles, leurs pas mal assurés, cherchant où poser le pied. Les traits creusés des visages, les rictus dénotaient une profonde lassitude. On les regardait, ne cherchant pas à leur venir en aide. On les abandonnait à leur sort pour lire le roman d'Hélène Vachon, &lt;i&gt;Attraction terrestre.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La narration commence une veille de Noël. Hermann se présente en embaumant un cadavre. Il est thanatopracteur, a quarante-six ans, se partage entre deux chats. Il fréquente Clotilde avec qui il « essaie de rompre depuis un certain temps sans le moindre succès [...] » L'immeuble dans lequel il vit « est habité des pieds à la tête de vieilles choses tranquilles. Tout le monde ici a au moins cent dix ans ». Des personnes âgées, hommes et femmes, usent leurs dernières années à se distraire comme elles peuvent. Parmi elles, s'agite M. Hu « petit homme encore vert [...] ». En cours de lecture, il causera des surprises, bien que son rôle, de prime abord, s'avère secondaire. Hermann est un anxieux au point de disposer d'un « coussin » pour l'aider à se sentir mieux. Il se préoccupe sans compter des vivants et des morts, jusqu'au jour où l'inoffensif M. Hu lui confiera un manuscrit. Hermann suppose que c'est son autobiographie, il a « treize vies à lire et à apprécier. » Si Hermann rêve de rendre ses semblables heureux, il rêve aussi de Zita, jeune collègue dont il se prétend amoureux. En parallèle, un homme de quarante et un ans, connu sous le numéro 32, apprend de son médecin qu'il souffre de « polyarthrite rhumatoïde évolutive, d'emphysème et d'un début de parkinson », maladies compromettant dangereusement sa carrière de pianiste. Ébranlé, il se promène dans un marché aux légumes, et trouve un manuscrit égaré sur un étal. Soupçonnant quelque oubli, il l'emporte chez lui. À la suite de nombreuses péripéties cocasses ou douloureuses, qu'il serait long et dommage d'énumérer, le numéro 32 et Hermann se rencontreront dans un port. Ils iront ensemble, terriblement tourmentés, échoueront au bistrot préféré de Clotilde. L'un racontera de qui il est le fils, ce qu'a été sa carrière de pianiste réputé, la solitude dans laquelle ses maladies le plongent. Il parlera d'Yseult, amie presque imaginaire, tel un clin d'œil à Richard Wagner, de la négligence affective de son père, collectionneur débridé de miniatures. L'autre confiera l'échec de ses études de médecine, son empathie pour les corps inertes, sa compassion pour les femmes vieillissantes. Clotilde et Zita témoignent des contradictions dans lesquelles Hermann se démène, pas mieux loti que les êtres en fin de parcours avec qui il essaie d'élucider ses raisons d'exister.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'ombre magistrale de Samuel Beckett se projette sur certaines scènes insolites, l'ensemble n'est pas sans évoquer Momo, l'adolescent de &lt;i&gt;La vie devant soi, &lt;/i&gt;roman&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d'Émile Ajar. Momo a grandi, il est devenu cet homme de quarante-six ans superbement porté par le don de soi. Sa bonté, sa tendresse, ses incertitudes font de lui un être comme nous en côtoyons peu dans la littérature québécoise actuelle, éprise de son nombril. L'intégrité dont parle Hélène Vachon ne signifie-t-elle pas que sans la connaissance d'autrui, aucune tolérance n'est possible, ni permise. Vieillir n'est-ce pas se singulariser, se distancier habilement de sa propre jeunesse ? N'est-ce pas se différencier, tel le numéro 32 se caractérise par son aspect physique et que, seul, Hermann parviendra à apprivoiser jusqu'à l'issue fatale. Nous ne pouvons sauver constamment ceux qui redoutent de se fondre dans l'aventure périlleuse de la vie. Ils choisissent la voie la plus détournée, la plus somptueuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman qui, sous une légèreté primesautière, serti de savoureuses trouvailles stylistiques, dissimule une angoisse démesurée face aux servitudes que façonne la vie quotidienne. De modestes actions valorisent Hermann, comme celle d'accompagner madame de Valois dans le parc avec son attirail d'artiste peintre. Le récit est truffé de séquences émouvantes, corroborant la solitude et la vulnérabilité des personnages à qui nous ressemblons tous un peu. On a aimé qu'aucune morale n'encombre l'histoire des protagonistes qui, inéluctablement, poursuivent leur chemin cahoteux, le destin favorisant rarement le marginal désirant sortir des sentiers battus. L'embaumeur et le pianiste n'échappent pas à cette catégorie de gens singuliers, déplacés dans le temps et l'espace, donc universels. D'où l'intention délibérée de l'auteure à ne pas situer de repères géographiques. Les êtres exceptionnels en ont-ils besoin, eux qui se déportent hors de l'immense pouvoir de l'attraction terrestre, se posant dans des lieux où personne ne les attend mais qui, une fois sur place, font preuve d'une générosité sans borne. C'est peut-être le message que transmet Hélène Vachon : ne jamais se détourner d'un être qui nous veut du bien et qui, affligé de son inutilité, se convainc qu'il ne sert à rien. Plus il gomme ses traces, davantage il les inscrit dans le sillage d'individus recroquevillés sur eux-mêmes. Sans cette dose d'humanisme grandiose dont les gratifie l'auteure, Hermann se serait-il tourné vers les défunts pour atténuer les ravages de la mort ? Le numéro 32 aurait-il sacrifié ses mains à un public qui ne tarissait pas d'éloges sur ses talents de pianiste ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;État de grâce, hymne à la vie que le roman humain rien qu'humain d'Hélène Vachon. On rappelle que l'auteure a été finaliste de plusieurs prix et lauréate, en 2002, du Prix littéraire du Gouverneur général et du Prix du livre M. Christie pour son livre jeunesse &lt;i&gt;L'oiseau de passage.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Attraction terrestre, &lt;/i&gt;Hélène Vachon&lt;br /&gt;éditions Alto, Québec, 2010, 358 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1094655893296886363?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1094655893296886363/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/11/lembaumeur-et-le-pianiste.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1094655893296886363'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1094655893296886363'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/11/lembaumeur-et-le-pianiste.html' title='L&apos;embaumeur et le pianiste ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TNf4SVlYgyI/AAAAAAAAAmU/8DIERm6r2ww/s72-c/attraction-ter-vachon-10.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-6094077698418710802</id><published>2010-10-25T08:30:00.001-04:00</published><updated>2010-10-25T18:13:02.934-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Amours et délices à la russe ! *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TMV4ULa7_eI/AAAAAAAAAmQ/Cu8Rptpbcyk/s1600/0777-2%7Ev%7EMoscou_Cosmos.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TMV4ULa7_eI/AAAAAAAAAmQ/Cu8Rptpbcyk/s200/0777-2%7Ev%7EMoscou_Cosmos.jpg" width="132" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Lisant de nombreux romans québécois, on se rend compte qu'ils éclipsent de plus en plus souvent les frontières territoriales canadiennes. Leurs auteurs appartiennent au monde moderne qui va dans tous les sens... On voyage d'un continent à un autre, accompagnée de personnages qui ont tout à dire. On n'a donc pas hésité à suivre Étienne, protagoniste migrateur du dernier roman d'André Girard, &lt;i&gt;Moscou Cosmos.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début de l'été, nous retrouvons le jeune homme à l'aérogare de Moscou. Il attend un groupe d'étudiants et leur professeur, invités durant une semaine à un séminaire. L'événement se déroulera à l'Université d'État des sciences humaines de Russie où, depuis sept ans, Étienne est chargé de cours « en français et littérature québécoise. » Se joint au groupe, Johanna, « une fille peu ordinaire », qu'il avait rencontrée deux ans plus tôt à Port-Alfred. Elle vient de terminer la première année d'un MBA à l'Université de Nottingham, en Grande-Bretagne. Tous deux ont conclu le pacte suivant : se revoir dans une capitale européenne. Six mois plus tôt, ils s'étaient échappé ensemble à Prague. Rien ne les attire autant que les pierres antiques et leurs charmes nostalgiques. Moscou ne déroge pas à leur promesse ; profitant d'un colloque et d'une canicule, Étienne et Johanna arpenteront les avenues, les bistrots, les musées, le métro. S'aimeront farouchement. Deux semaines avant l'arrivée de Johanna, Étienne avait reçu son père. Rendez-vous risqué entre un père engagé politiquement du mauvais côté, un fils qui le connaissait à peine. Il aura fallu que ses parents divorcent pour qu'enfin, Étienne apprenne à faire la part des choses. Génération dupée et bafouée que celle du père, génération désenchantée et lucide que celle du fils. L'un et l'autre, en proie à des illusions tronquées, se rejoindront dans un monde cloisonné par un passé répressif toujours palpable, que l'insouciance d'une jeunesse avide feint d'ignorer. En restent des bribes, la prudence est nécessaire. Les ombres ambulantes de la répression stalinienne sévissent encore. Le comportement de deux amoureuses dans le train pour Saint-Pétersbourg en est un exemple touchant et rempli d'espoir...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;Pendant une semaine, Étienne se fera le guide passionné d'une jeune femme merveilleusement sensuelle et fétichiste. Sous la plume pénétrante d'André Girard, Johanna s'élève en une statue de chair, animée d'intenses désirs charnels. Nous nous demandons qui, d'Étienne ou de l'auteur, a créé une Johanna tellement irrésistible, que seuls des yeux submergés par une longue absence perçoivent. Les particularités qu'invente la vie quotidienne se fondent dans une amplitude qu'affine un prochain départ. Pris qu'ils sont entre la nécessité de rattraper des mois solitaires et l'éventualité d'une imminente séparation, Étienne et Johanna se frottent à des manques ; leurs sentiments s'aiguisent sur la fragilité d'aveux que renforce la perspective de prochaines retrouvailles à Dublin. Transcendance joyeuse, exhaustive, que nous dégustons à chaque page, que savoure le lecteur quand André Girard entraîne Johanna vers quelque lieu historique ou musée. Quelque parc où d'illustres écrivains ou peintres ont posé le pied. Le paysage urbain s'affuble de la beauté du métro " moscovite ". La chaleur intense, les repas entre amis, les bistrots chaleureux, nous donnent envie d'en être. D'aborder l'auteur et ses acolytes !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Âme russe que celle d'Étienne, ou celle d'André Girard, quand il rédige le Carnet bouleversant dédié à son père. Le récit concernant Johanna a été écrit deux semaines après son retour estival au Québec. Les deux êtres si chers à Étienne se reflètent — se mirent ? — dans un miroir où s'embue, déformé mais jubilatoire, le souvenir brûlant de leur passage. Le périple du père et de Johanna au pays des utopies perdues vibre d'une intensité captivante, recèle un formidable réalisme saupoudré du romantisme éprouvé des écrivains et artistes russes. Fascinée, on a suivi Étienne dans son nomadisme généreux, désintéressé ; blottie dans les pas de Johanna et du père, on a aimé Moscou. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman passionnel, exalté par la chair rayonnante de Johanna, par le sourire et les larmes du père, par l'éternité minérale des monuments. Rien n'est écrit au hasard, chaque détail, qu'il provienne d'un geste, d'un regard, est déterminé par une intention surprenante : celle d'aimer et d'être aimé pour ce que nous sommes. Il est rare d'éprouver une joie extrême après avoir refermé un livre. Le lyrisme que contient ce roman invite le lecteur à partager le fruit d'un labeur où la plume semble s'incruster dans une indéfendable légèreté. Sans craindre de nous leurrer, avançons qu'André Girard s'apparente de manière éloquente à la littérature russe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire absolument pour nous laisser dépayser par Étienne et Johanna, chaque fois qu'ils se délasseront voluptueusement dans les hôtels Plaza de capitales anciennes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Moscou Cosmos, &lt;/i&gt;André Girard&lt;br /&gt;Éditions Québec Amérique, Montréal, 2010, 214 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-6094077698418710802?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/6094077698418710802/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/10/amours-et-delices-la-russe-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6094077698418710802'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6094077698418710802'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/10/amours-et-delices-la-russe-12.html' title='Amours et délices à la russe ! *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TMV4ULa7_eI/AAAAAAAAAmQ/Cu8Rptpbcyk/s72-c/0777-2%7Ev%7EMoscou_Cosmos.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7795568328376007500</id><published>2010-10-18T08:58:00.082-04:00</published><updated>2010-10-18T14:05:55.015-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Une brimade suicidaire ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em; text-align: right;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TLxLPUpd2wI/AAAAAAAAAlo/lqdLOlpg1ag/s1600/Tonbo_Couvert.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TLxmiPyi7II/AAAAAAAAAl4/so0b_fTGl2E/s1600/Tonbo_Couvert.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TLxmiPyi7II/AAAAAAAAAl4/so0b_fTGl2E/s200/Tonbo_Couvert.jpg" width="103" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On a eu raison de faire confiance aux lendemains ensoleillés d'octobre. On a arpenté la ville, fait du lèche-vitrines. On est entrée dans une librairie où la propriétaire nous transmet sa passion des livres, nous recommandant chaque fois qu'elle nous voit quelque récente parution. On a pris note de ses suggestions puis, de retour chez soi, on a terminé la lecture du dernier roman d'Aki Shimazaki, &lt;i&gt;Tonbo.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Délicatement, on a tourné les pages de ce minimaliste et intense récit. À pas feutrés, l'auteure nous emporte au pays des cerisiers et des pruniers. Un narrateur, Nobu, relate sa version des événements funestes qui se sont déroulés dans sa famille, quinze ans plus tôt : victime d'une terrible injustice, son père s'est pendu « à la fin de la saison des fleurs de cerisiers. ». Huit ans après avoir été contraint de démissionner d'une grande maison de commerce, située en banlieue de Tokyo, Nobu a fondé un &lt;i&gt;juku,&lt;/i&gt; établissement de cours privés, spécialisé dans la préparation des examens. Sa jeunesse a été meurtrie par la disparition de son père. Professeur de biologie respecté, celui-ci a été accusé d'avoir provoqué la mort d'un élève rebelle. Pour échapper aux sarcasmes du voisinage, à la vengeance d'un journaliste véreux, la mère de Nobu et son frère ont dû déménager. Depuis, elle vit seule à Kobe. Nobu ne s'est jamais remis de cette mort inexpliquée. Le regard posé sur l'eau de la rivière, sur un insecte, ravive le souvenir aimé de cet « homme tranquille [...] Ses passe-temps étaient la lecture, la pêche et l'observation des insectes. » Homme à la santé fragile, de peu d'ambitions, il attendait paisiblement sa retraite. Son rêve : ouvrir un &lt;i&gt;juku &lt;/i&gt;pour lycéens. Comment ce père introverti a-t-il pu gifler un élève au point de le tuer ? Un jour, Nobu reçoit un appel téléphonique de l'un de ses anciens étudiants, Jirô Kanô. Ce dernier veut le rencontrer, lui expliquer ce qui s'est réellement passé. Troublé, Nobu accepte de le recevoir à son bureau ; lui seront alors révélées les causes véritables du suicide de son père.&lt;br /&gt;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;  &lt;br /&gt;&amp;nbsp;Entre-temps, Haruko, infirmière, épouse de Nobu, éduque leurs deux enfants ; elle adore chanter et souhaite organiser une chorale avec ses collègues de l'hôpital. Il y a&amp;nbsp; monsieur Miwa, ancien propriétaire du bâtiment qu'occupe le &lt;i&gt;juku &lt;/i&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;de Nobu. Un pêcheur assis sur une roche, « il attend nonchalamment de sentir des coups sur sa ligne. » Madame Wada, employée de bureau dans le &lt;i&gt;juku&lt;/i&gt;, « est chargée de la réception et de diverses tâches. » Akitsu, une élève du père de Nobu, qui était venue à ses funérailles. Sans oublier l'ami d'enfance de Kobe, la ville natale du narrateur. Autant de personnages décrits en filigrane, comme si Nobu, aveuglé par son immense affliction, les avait enfermés dans les plis serrés d'un éventail. Les objets, les insectes priment sur les êtres, adoucissent son chagrin ; courbé sous le poids du monde, connoté par l'écrivain autrichien Peter Handke, il ne parvient pas à surmonter son deuil, à faire la paix avec lui-même.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;Au fur et à mesure que le mystère se dissout, Nobu contemple, proches de lui, des acteurs dont il ignorait à peu près tout, figés qu'ils étaient dans une bulle impénétrable. Quand Jirô Kanô lui aura confié sa part de responsabilité dans ce drame, Nobu saisira à quel point le jeune homme respectait son père ; sa fuite toujours vers le nord comme une « libellule blessée cherchant à effacer de sa mémoire tous les noms des endroits qui la tracassaient [...] » recoupait sa déroute intérieure. Il aura fallu des années avant que Jirô Kanô ne cesse de ruminer un passé stérile, croulant sous un remords atrophié par des péripéties qu'il nommera lui-même &lt;/span&gt;&lt;i&gt;innen — &lt;/i&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;fatalité.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;Les libellules — &lt;i&gt;tonbo —&lt;/i&gt; si chères au père de Nobu, sont constamment présentes, telle une métaphore naturaliste. Elles arrivent de l'Asie du Sud-Ouest, viennent mourir dans le Japon du Nord, n'enjolivant pas que les refrains des chansons populaires que chantonnait jadis le père de Nobu et que chantent aujourd'hui Haruko et ses enfants. À voix presque basse, d'un ton mesuré, Aki Shimazaki narre une histoire universelle, celle de l'emprise du bourreau sur sa proie. Les hommes de ses romans sont marqués d'une douloureuse frilosité, saisis de balbutiements moraux ; ils s'essaient à de timides envolées vers un avenir incertain, souvent prisonniers d'un flot de silence. Les femmes enrichissent leurs désirs personnels d'une certitude affective qui leur est propre et nécessaire pour survivre aux pires tragédies. C'est ce qu'apprendra Nobu après que Jirô Kanô lui eut dessilé les yeux, étonné qu'une partie du monde qui l'entoure soit encore vivable, empreint d'une générosité qu'il ne soupçonnait pas, sa souffrance ayant réduit son existence à un univers restreint, opaque.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;Sous la plume appliquée, exigeante d'Aki Shimazaki, la foi qu'elle porte dans les êtres se proportionne au rôle tellement humain qu'elle leur fait jouer. Elle les brosse, se mouvant dans un jardin ordonné, s'attardant avec simplicité sur les moindres détails, habillant ce lieu intime et fertile de scènes bucoliques où Nobu se ressource. Maintenant que le monde s'est reconstruit, les libellules virevoltent autour d'un vieil homme rendu à son expression surnaturelle. Le style fluide d'Aki Shimazaki, dépouillé de scories, qui n'est pas sans évoquer le style mélancolique de l'écrivain Haruki Murakami, force l'admiration du lecteur. Les non-dits, telles des chrysalides, se sont transformés en de frémissantes révélations. Tout est raconté du bout des lèvres, peint avec le bout des doigts. C'est cela, l'art d'écrire à la japonaise !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;&lt;i&gt;Tonbo, &lt;/i&gt;Aki Shimazaki&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;Leméac / Actes Sud, Montréal / Arles, 2010, 136 pages&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;   &lt;span style="font-style: normal;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7795568328376007500?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7795568328376007500/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/10/une-brimade-suicidaire.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7795568328376007500'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7795568328376007500'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/10/une-brimade-suicidaire.html' title='Une brimade suicidaire ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TLxmiPyi7II/AAAAAAAAAl4/so0b_fTGl2E/s72-c/Tonbo_Couvert.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7631405705256424914</id><published>2010-10-07T08:33:00.001-04:00</published><updated>2010-10-07T08:38:20.778-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Éclats de verre *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TK298rlK2HI/AAAAAAAAAk8/Aild0FvKzxQ/s1600/les+bouteilles_icones.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TK298rlK2HI/AAAAAAAAAk8/Aild0FvKzxQ/s200/les+bouteilles_icones.jpg" width="124" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;La pluie frappe durement la vitre. Demain, le soleil reviendra. Ainsi va la vie s'acharnant sur les êtres à coups de bleu et de gris. Peines et joies s'ajoutent à nos âges. Ceux d'hier et de demain. Celui, bienveillant, qui nous met un livre en main, nous enseigne la magie que crée une histoire grave ou drôle. Nous nous déportons loin d'une réalité qu'il faudrait observer à travers un kaléidoscope pour lui trouver quelque attrait. Nous imaginons un monde coloré en lisant le petit dernier de Sophie Bouchard, &lt;i&gt;Les bouteilles.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Un homme sombre. Une femme s'écroule. Un père se tait. Un gardien se sent coupable. » Phrase clé qui résume le roman où l'écriture incisive donne tout son sens à l'histoire. Un vieil homme, Cyril, gardien de phare, s'est réfugié dans cette tour en pleine mer, pour oublier Rosée, la femme aimée, qui, elle, s'épuise d'amour au Sénégal. Un jeune couple, Clovis et Frida, partage l'existence solitaire de Cyril. Lui est là pour « automatiser » le phare, elle, analyse leur amour qui lui semble en péril. Il y a aussi Armand, père de Clovis, qui, dans son bateau, fait des allers-retours de la terre à l'océan. Messager attentif auprès des trois protagonistes. Au début du roman, Cyril, Frida et Clovis s'observent, s'interrogent sur leurs rêves effrités. Plus le temps s'écoule, plus le silence perd de sa consistance. Nous assistons à un chassé-croisé de gestes, de pensées, huis clos où l'auteure situe habilement les personnages. Famille et lieux. Océan et conditions géographiques. Bottes de géante pour parvenir jusqu'au Sénégal. Île de Gorée. Île où Cyril a damné son âme lorsqu'il a quitté Rosée un matin où plus rien ne l'encourageait à poursuivre un destin qui se brisait de lui-même. Contre les murs du phare se fracassent les vagues toujours recommencées, alors qu'un vieux gardien les écoute, obsédante litanie. Leitmotiv désaccordé par la présence de Frida et Clovis qui, maladroits, se cachent derrière les murs fissurés de leurs sentiments contraires. Frida est une amoureuse sensuelle : la peau partagée avec son partenaire insuffle au corps une tendre complicité. Clovis tient pour acquis leurs promesses échangées, ne les remet jamais en question, ne soupçonnant pas le désespoir dans lequel s'enferre son amoureuse. L'auteure, en fine observatrice, dépeint avec des mots lourds de signification, la descente en enfer de chacun. Si un jour, Cyril reçoit une bouteille venue de la mer, appel au secours de Rosée, Frida et Clovis lancent la leur au vieil homme qui comprend mal leurs agissements épineux. Bouteilles d'alcool. Bouteilles jetées à la mer scellant un bout de papier griffonné de quelques lignes. Lieu d'un rendez-vous où recomposer le passé en miettes. Éclats de verre mêlés au sable. Aux larmes.Tessons blessant le cœur et l'esprit, asphyxiés sous le poids des réminiscences. Frida, qui a mis au jour le secret de Cyril, noie son chagrin, brûle son échec dans l'histoire du vieil homme. Bouteille illusoire, où se trame le malheur d'une femme dans lequel elle se mire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce huis clos intraitable, Sophie Bouchard nous dit combien il est difficile de s'éprendre de son semblable en lui maintenant la tête hors de l'eau. Si la vie s'avère infernale dans cette tour aléatoire — à la manière de Sartre, n'est-elle pas un prétexte ? —, la vie sur la terre ferme se révèle une perdition, étouffée par trop d'espace inutilisé. L'étroitesse du phare, sa rondeur haute, permet à chacun de mesurer son incapacité à apprivoiser sa condition d'humain. Moult bouteilles symboliques contiennent des songes reniés, ce que Frida et Clovis apprendront à leurs dépens. Ils ne sauront dompter la tempête intérieure qui les mine. Ni le maelström surgi de l'océan qu'épousera Clovis, homme de peu de foi en l'amour charnel que lui offrait Frida. Du Sénégal, voguent les bouteilles que, jamais, Cyril ne recevra. De passage dans ce pays où la force du soleil use le meilleur de soi, Frida se rendra au rendez-vous fixé par Rosée à Cyril. Avant, elle aura dressé une liste « de merveilles et de fantasmes d'une vie. » Nous ne savons trop si elle repartira vers des continents peuplés d'oasis, vers des lieux accessibles à la réalité, dépourvus du rêve.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &lt;style type="text/css"&gt;p { margin-bottom: 0.21cm; }&lt;/style&gt;  &lt;br /&gt;&lt;div style="margin-bottom: 0cm;"&gt;Pourrions-nous avancer que le récit recèle d'abord une histoire d'écriture poétique, scandée de rage quand Sophie Bouchard, entre deux chapitres ourlés de phrases laconiques, condense l'essentiel des calamités qui cinglent les hommes et les femmes partout dans le monde ? Dans ce « dépotoir à souvenirs », la mémoire illustre des faits sordides s'insérant aux péripéties de Cyril, de Frida et Clovis. Les protagonistes se présentent comme sur une scène souillée — la mer, autre dépotoir —, permettant ainsi à l'auteure de vomir les injustices mondiales qui l'empêchent de respirer à son aise. Nous ne nous attendions pas à ce que l'histoire&amp;nbsp; " finisse bien ", c'eût été indécent. Au sommet de tout phare, tournoie une flamme s'appelant communément espoir, dernière bouteille isolée que d'une main, Frida et Cyril arborent tel un flambeau, illuminant les tombes aquatiques de Clovis et de Rosée.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Avec un immense plaisir, nous avons lu ce roman original et tonifiant, concluant que rien, nulle part, ne passe inaperçu, ni les êtres qui finissent par s'agglomérer à l'eau et à la terre. Nous l'avons lu aussi pour son écriture dense, son style ciselé, épuré, quand il s'agit de mettre à vif des émotions dévoilées, tant par la réflexion intelligente de Sophie Bouchard, que par son désir éperdu de répandre un message enfoui dans les bouteilles de ses fureurs assourdies par un talent efficient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les bouteilles, &lt;/i&gt;Sophie Bouchard&lt;br /&gt;La Peuplade, Saint-Fulgence, 2010, 194 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7631405705256424914?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7631405705256424914/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/10/eclats-de-verre-12.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7631405705256424914'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7631405705256424914'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/10/eclats-de-verre-12.html' title='Éclats de verre *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TK298rlK2HI/AAAAAAAAAk8/Aild0FvKzxQ/s72-c/les+bouteilles_icones.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8032063694190426277</id><published>2010-09-27T08:18:00.004-04:00</published><updated>2010-09-27T11:42:54.463-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Venise et ses masques  ***1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TKCLWIbH2DI/AAAAAAAAAkw/yWoqeXubqxQ/s1600/zanipolo.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TKCLWIbH2DI/AAAAAAAAAkw/yWoqeXubqxQ/s200/zanipolo.jpg" width="127" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Septembre porte beau, il nous ravit. Il se fait campagnard et urbain. Gris et bleu. Pluvieux et ensoleillé. Semblable à chacun de nous, il se vêt de tons fantaisistes. Nous promenant avec une amie, nous avons ri de nos différences. En rentrant, on a visionné pour la énième fois le film &lt;i&gt;Farinelli, &lt;/i&gt;réalisé par Gérard Corbiau. On n'a pu s'empêcher de le comparer au roman de Marc Ory, &lt;i&gt;Zanipolo,&lt;/i&gt; dont on parle ici.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'action se déroule à Venise, au XVIIIe siècle. Somptueux et cruel, ce temps révolu nous propulse dans un décor théâtral. Le vieux peintre Niccolo Guardi se meurt. Son frère, Francesco Guardi, paysagiste, âgé lui aussi, et son fils, prêtre, le veillent. Plus tard, le fils rappelle à son père sa promesse de lui raconter l'histoire de « l'Être, le Double. »&amp;nbsp; Francesco contemple Venise, ville amphibienne, « tel un miracle journalier. ». Se souvenant de la requête de son fils, il s'interroge sur « cet insolite épisode vénitien. » Le soleil matinal le réchauffant, il s'endort contre une colonne et rêve...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La parabole s'inscrit durant la soixante et unième année du XVIIIe siècle. Une gondole « au toit en demi-tonneau » pénètre dans le théâtre San Benedetto « par une écluse qui se referma immédiatement derrière elle. » Tous les soirs, pendant deux mois, le manège recommence. Superstitieux, le peuple vénitien entend des voix « mélodieuses et sublimes qui répétaient des airs d'opéra, des motets et des cantates. » Nous saurons par un espion dévoué à la cause de l'inquisiteur rouge, Alessandro Di San Paoli, que ces voix inégalées appartiennent aux jumeaux Giovanni et Paolo. Tous deux sont en réalité des frères siamois, liés par le sacrum ; malheur à ceux qui voudraient connaître leur identité. Se chuchote que leur mère est une aristocrate française, morte en couches. Le soir de la première représentation, la magie de leur voix et leur corps difforme donnent lieu à une émeute. Leur anormalité classe les jumeaux parmi les monstres, mais la tessiture sublime de leur voix éblouit puis anesthésie le peuple jusqu'au drame. Il se greffera sur les amours ardentes de Giovanni avec une jeune soprano soliste, Maddalena, protégée d'Alessandro Di San Paoli, qui l'avait découverte à dix ans à l'Hospice des incurables, dont la mission première était de soigner les syphilitiques, « et qui transformait de pauvres orphelines en musiciennes hors pair. » Lors d'un ultime concert, ils seront dévorés par une passion irrépressible. En grand secret, ils se marieront, devront se séparer jusqu'au jour où, mystérieusement, Maddalena disparaît. Giovanni et Paolo, condamnés pour meurtre, seront suppliciés sur la place publique. Comme il était de rigueur en cette époque obscure, un miracle se produit qui détournera le peuple de l'exécution des deux hommes : le navire de l'émissaire du roi de France Louis XV mouille le matin même de leur mise à mort. « Il fut horrifié par le spectacle qu'offrai[ent] la place et Zanipolo en bure. Il alla toutefois présenter ses hommages au doge [...] » Les pourparlers s'engageront plus tard, la foule s'étant désintéressée du monstre et de la pécheresse Maddalena, soudainement réapparue, pour admirer la mer et le Bellérophon, « vaisseau de premier rang » d'où descendit le comte René-Antoine de Polmer du Royer d'Hargençon, « suivi de sa suite ». &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fait, l'histoire serait classique si elle se résumait aux amours contrariées de Giovanni et de Maddalena. Ne pouvant relater l'extrême beauté des scènes illustrant Venise, superbement dépeintes par l'auteur Marc Ory, nous nous penchons sur la complexité rustre des êtres qui gouvernaient la Cité. Entre la férocité de l'Église et de l'État, il n'était pas bon de naître différent. Guidé par l'analphabétisme et la peur de l'enfer, le peuple se résignait aux exigences inhumaines de l'Inquisition. N'est-ce pas deux familles rivales qui, pour satisfaire leur ambition, jugeront du sort des jumeaux ? N'est-ce pas le célèbre chirurgien Carlotti, de Padoue, qui, brandissant sa perruque et son doigt, les bannira en s'écriant qu'ils étaient pygopages, terme dont sont désignés les siamois soudés par les vertèbres lombaires. La foule hystérique n'y tient pas. « Elle arracha ses masques et les loups furent piétinés. » Pour apaiser ce phénomène physique, une poissonnière, dévote de l'église di Santi Giovanni e Paolo, les surnomma : Zanipolo, contraction de leur prénom. Bannis par les hommes, Giovanni et Paolo auront peu à redouter de leur ignorance barbare, descendants authentifiés qu'ils sont d'une mère aristocrate française. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman mené de main de maître par Marc Ory. D'une écriture à la fois dynamique et tendre, il décrit magistralement les mœurs outrancières de ce XVIIIe siècle regroupé autour de Venise, assiégée par les inquisiteurs. Savamment, avec un humour débordant, l'auteur narre la vie coutumière qui formait la société cosmopolite d'une ville aspirée par la démesure.&amp;nbsp; De nombreux courts chapitres nous enchantent, nous les relisons sans nous lasser. La conversation qu'échangent un alchimiste et un vieil Espagnol instruisant le lecteur sur les divers pigments qu'utilisaient les peintres de jadis, nous a réjouie. Giovanni et Maddalena recevant, chacun de son côté, un cours d'anatomie sexuelle, Paolo tonitruant un poème érotique avant son supplice, autant de sensualité luxuriante qui nous titille ! Marc Ory termine ce conte historique, librement structuré, sur une note primesautière qui semble affirmer que le destin des hommes ne s'accomplit jamais seul. Nous avons besoin de notre dualité, de nos contradictions pour justifier nos actes et nos actions, départager le bien du mal qui nous taraude, combattant tels deux frères ennemis, eux aussi incapables de se séparer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Zanipolo, &lt;/i&gt;Marc Ory&lt;br /&gt;Les éditions Triptyque, Montréal, 2010, 134 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8032063694190426277?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8032063694190426277/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/09/venise-et-ses-masques-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8032063694190426277'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8032063694190426277'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/09/venise-et-ses-masques-12.html' title='Venise et ses masques  ***1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TKCLWIbH2DI/AAAAAAAAAkw/yWoqeXubqxQ/s72-c/zanipolo.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-7434913883394451180</id><published>2010-09-13T08:26:00.002-04:00</published><updated>2010-09-15T08:21:46.014-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Des histoires japonisées ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TI4YS58OMQI/AAAAAAAAAio/PtZK-LiGZpE/s1600/1099025-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TI4YS58OMQI/AAAAAAAAAio/PtZK-LiGZpE/s200/1099025-gf.jpg" width="133" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Septembre. Le mois qu'on préfère. Le mois de l'année qui se suffit à lui-même. Ce n'est plus tout à fait l'été, ni encore tout à fait l'automne. Mois indépendant qui folâtre avec le soleil et la pluie. S'insinue entre les tons orangés et rouges. Un livre à la main, on ne peut que contempler la nature qui se transforme lentement. Un peu dépaysée par la mue du paysage, on l'est aussi en lisant les nouvelles de Vincent Thibault, &lt;i&gt;La Pureté.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nouvelle éponyme nous introduit dans un univers violent et souterrain, qui est celui du métro de Tokyo. Nous assistons à la course effrénée d'un homme, responsable de l'attaque au gaz sarin tuant un nombre incalculable de personnes. L'auteur s'adresse au criminel, lui décrit la condition pathétique des victimes, quand soudain un fait inattendu se produit... Du récit &lt;i&gt;Un air nouveau, &lt;/i&gt;nous tirons une profonde leçon d'humilité. Ajima-sensei, soixante-six ans, « enseignait la gymnastique chinoise dans le sous-sol d'une petite église de quartier. » Un matin de grande tempête, en attendant ses élèves, il « posa les yeux » sur le vieil orgue électrique. Après avoir découvert un livre traitant du bonheur de jouer de cet instrument, il se décide à improviser et, chaque semaine, il pratiquera « son petit répertoire »... Un an plus tard, se rendant à la chapelle, il ne peut que constater les flammes ravageant ce lieu où il a vécu tant d'heures sereines... Que deviendra le professeur en apprenant que l'incendie s'est déclaré « à la suite d'un problème électrique avec l'orgue. » ? On a particulièrement apprécié l'histoire intitulée &lt;i&gt;S'animer. &lt;/i&gt;Un vieil homme, qui rend visite à son frère, s'arrête devant une vitrine de chez Chanel, située sur la « chic avenue Louise. » Il est fasciné par une femme, le regard observant les nuages. Le lendemain, un « grand blondinet en complet de luxe » se tient près d'elle. Chaque jour, le vieux Japonais remonte l'avenue Louise pour contempler la femme immobile dans la vitrine, le blondinet à ses côtés envers qui il éprouvera une éphémère jalousie. Puis, après avoir fait un rêve symbolique, il remarque, aux pieds de la femme, une « plaque dorée » sur laquelle le magasin demande un employé... Dans &lt;i&gt;À propos de la dent de requin, &lt;/i&gt;nous lisons la lettre qu'un jeune Japonais écrit à son père ; il lui explique comment il a fait connaissance avec Myriam, sa future épouse. Après quelques péripéties, le morceau d'un futile et minuscule objet cassé en deux les a unis dans une harmonieuse tendresse. Autre nouvelle troublante, &lt;i&gt;Naomi. &lt;/i&gt;Sortant de chez son frère aîné, Masaru, surpris par un violent orage, se réfugie dans une tour désaffectée. Alors qu'il contemple l'architecture de l'endroit, Naomi, une jeune femme noire surgit devant lui, le laissant perplexe. Comment est-elle entrée dans la tour ? Une aura de mystère flotte autour d'elle qui bouleversera Masaru jusqu'au dénouement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;Ces textes inédits nous ramènent au talent particulier de l'auteur que l'on savoure de livre en livre. Mais dans ce&amp;nbsp; recueil, n'est-ce pas là où le bât blesse ? Le communiqué de presse nous informe, et on cite : " Le défi que s'était lancé Vincent Thibault avec ce projet était d'écrire un recueil qui aurait pu être signé par un Japonais. " Même si ces textes fourmillent de non-dits, d'un tremblement mental distinguant les personnages, l'illusion n'a pas fonctionné. Il aurait fallu plus de voix balbutiantes, de murmures timides, d'ombres mouvantes, surtout plus de silences évocateurs pour créer une ambiance japonaise, comme nous la percevons dans l'œuvre de Yukio Mishima, de Yoko Ogawa, celle d'Aki Shimazaki. Il ne suffit pas d'affubler des créatures fictives de noms asiatiques pour les imprégner d'une culture tellement éloignée de la nôtre. Le dernier récit, &lt;i&gt;Le promeneur, &lt;/i&gt;hors contexte, nous semble le mieux approprié à reproduire les intentions louables de Vincent Thibault. Le style vivifiant, inimitable de l'auteur, devrait se mettre au service d'une littérature qui lui est propre et non vouloir se démarquer d'une civilisation six fois millénaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutefois, on recommande la lecture de ces nouvelles pour jouir du talent impétueux de Vincent Thibault, de son originalité percutante. De ses thèmes tactiques, de ses protagonistes récalcitrants qui l'inspirent si bellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La Pureté, &lt;/i&gt;Vincent Thibault&lt;br /&gt;Les éditions du Septentrion, collection Hamac&lt;br /&gt;Sillery, 2010, 152 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-7434913883394451180?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/7434913883394451180/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/09/des-histoires-japonisees.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7434913883394451180'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/7434913883394451180'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/09/des-histoires-japonisees.html' title='Des histoires japonisées ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TI4YS58OMQI/AAAAAAAAAio/PtZK-LiGZpE/s72-c/1099025-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-6405732174107674108</id><published>2010-08-23T08:17:00.002-04:00</published><updated>2010-08-23T08:21:44.259-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un manoir sous influence ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/THJm1plMwMI/AAAAAAAAAiY/bRVIE0RJ5qg/s1600/38425_147138691969070_100000188192836_446041_6434204_n.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/THJm1plMwMI/AAAAAAAAAiY/bRVIE0RJ5qg/s200/38425_147138691969070_100000188192836_446041_6434204_n.jpg" width="131" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Contemplant la rivière qui coule silencieusement, on admire les nénuphars roses et blancs en fleur. Un étrange silence nous fait parler à voix basse, saluer la personne qui passe d'un signe de tête. On n'oserait pousser un cri, éclater de rire. Les arbres eux-mêmes se tiennent immobiles, quelques-unes de leurs branches se mirent dans l'eau placide. Ambiance suffisamment trouble pour terminer la lecture du roman de Sarah Waters, &lt;i&gt;L'Indésirable.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La première fois qu'il entre à Hundreds Hall, le narrateur a dix ans. Sa mère y travaille comme bonne d'enfants. Le colonel Ayres, son épouse et leur fille Suzan habitent le manoir. Tous les trois « formaient une famille ravissante. » Ce sont des gens importants dans la région. La demeure se dresse presque irréelle tant sa majestueuse architecture impressionne... Trente ans plus tard, le narrateur est devenu le docteur Faraday, ses parents sont morts, la Deuxième Guerre mondiale est terminée. Coventry se reconstruit. Appelé au manoir pour soigner un malaise de leur jeune domestique, le narrateur est stupéfait de son aspect délabré. N'y vivent plus modestement que Mrs Aydes, Roderick, son fils, Caroline, sa fille. Ruinés, ils n'ont d'autres ressources que les produits de leur ferme. Le colonel est décédé d'une rupture d'anévrisme, Suzan de diphtérie. Fasciné par cette décrépitude due à la guerre, le docteur Faraday imagine les fastes qui, autrefois, illuminaient la maison familiale, tissaient des liens étroits avec ses occupants. Au fur et à mesure que l'intrigue déroule ses fils d'or, plus tard de plomb, la demeure se fait personnage bienveillant puis hostile. Semblable à Mrs Aydes, Roderick et Caroline, le manoir dissimule de lourds secrets sous ses murs détrempés, ses planchers qui craquent, ses tissus effilochés, ses objets désuets. Les pierres, sculptées par morceaux entiers, se détachent. La mauvaise herbe envahit les marches fendues. Impressions fugaces dépeintes par le docteur Faraday qui, peu à peu, se transforment en un mal-être exténuant. « La maison est gloutonne, avide. » Elle se défend contre les intrus venus de l'extérieur. Rancunière, elle s'en prend aux trois résidents, inventant des ombres gluantes, créant des spectres effrayants. Le passé jaillit de toutes parts, telle une folie héréditaire, une hystérie collective que camoufle faussement la vie quotidienne. Sa mère et son frère hors d'atteinte, Caroline dissimule une inquiétude grandissante derrière un travail acharné, repoussant sans raison apparente l'amour que lui voue le docteur Faraday.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est impossible de décrire pleinement, et ce serait dommage, une histoire aussi obsédante, menée de main de maître par Sarah Waters. Seules les écrivaines anglaises parviennent à traverser avec autant de créativité et de talent la frontière tangible séparant la réalité du fantastique. On aime les descriptions presque balzaciennes, tout en dentelles, des lieux captés par le docteur Faraday. Le regard minutieux de l'auteure se partage entre les faits historiques et la dégradation sociale d'un siècle en pleine évolution. Sarah Waters nous imprègne de l'atmosphère insouciante qui régnait jadis dans certaines familles bourgeoises, victimes imprévisibles de la Deuxième Guerre mondiale. Les événements tragiques qui secouent le manoir annihilent le souvenir de réjouissances, témoignant de mondains rapports de voisinage. Faire taire les rumeurs qui se manifestent chaque jour plus révélatrices autour de Hundreds Hall s'avère une raison suffisante à sauvegarder l'orgueil unissant ces êtres menacés d'extinction. Feu et eau, bruissements et frôlements se mêlent à la respiration haletante de la maison, à celle oppressée des protagonistes titubant dans des ornières empoisonnées... Le docteur Faraday relate en spectateur impuissant, parfois naïf, des calamités survenues trois ans plus tôt. Il ne comprend toujours pas les forces abjectes qui ont anéanti Hundreds Hall, comme si le manoir avait abrité des êtres nuisibles qui se seraient retournés contre la bâtisse jusqu'à ce que les ronces, le lierre et autres plantes dévoratrices l'asphyxient à leur tour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman dense et captivant comme il ne s'en écrit plus de nos jours. Les acteurs surgis d'un monde révolu n'ont su s'adapter à l'ère moderne de l'après-guerre. Si Hundreds Hall les a protégés des nécessités contemporaines, le manoir a éveillé des consciences empreintes de regrets maléfiques, stigmatisées de présages pervers. Ce que Caroline a très bien saisi, confiant au docteur Faraday qu'elle n'avait plus sa place en Angleterre. Pierre et chair se sont heurtées mortellement, chacun éprouvant l'échec irréversible de ses douloureux mystères. L'indésirable, revenant enfantin, n'est-ce pas refuser de garder les yeux ouverts sur sa propre déchéance ? Renoncer à fuir tôt ou tard « quelque chose » d'inconnu qui, un jour ou l'autre, frappera de plein fouet ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire, pour se rendre compte que le vieil homme en nous ne supporte pas d'être dérangé. Défier les lois de l'équilibre nous déporterait au delà de péripéties contingentes ; rassurés, nous y rencontrerions Lewis Carroll, Charles Dickens, Edgar Poe, précurseurs géniaux de ce conte fabuleux et terrifiant !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On note l'originalité de la présentation de l'ouvrage. Couverture rigide, feuillets non rognés, tons sépia. L'ensemble s'accorde harmonieusement avec la mélancolie se dégageant du récit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;L'Indésirable, &lt;/i&gt;Sarah Waters&lt;br /&gt;Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Alain Defossé&lt;br /&gt;Éditions Alto, Québec, 2010, 584 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-6405732174107674108?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/6405732174107674108/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/08/un-manoir-sous-influence.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6405732174107674108'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/6405732174107674108'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/08/un-manoir-sous-influence.html' title='Un manoir sous influence ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/THJm1plMwMI/AAAAAAAAAiY/bRVIE0RJ5qg/s72-c/38425_147138691969070_100000188192836_446041_6434204_n.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-953993428563180009</id><published>2010-08-16T07:32:00.000-04:00</published><updated>2010-08-16T07:32:31.015-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='revue littéraire'/><title type='text'>Vroum... vroum... estival ! ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TGkhvHGj2wI/AAAAAAAAAiQ/YYo8DxsoPeM/s1600/couverture102.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TGkhvHGj2wI/AAAAAAAAAiQ/YYo8DxsoPeM/s200/couverture102.jpg" width="108" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On aime tellement marcher qu'une balade en voiture nous attire rarement. Pourtant, toutes vitres baissées, cheveux au vent, il est agréable de se laisser aller à une douce insouciance, le paysage défilant à vive allure. On se souvient de ces randonnées sur les routes marocaines, les odeurs de l'océan, des eucalyptus, se mêlant à l'âpreté de la poussière saharienne. L'été s'accommodant d'images spontanées, on les repousse pour nous pencher sur le numéro 102 de la revue &lt;i&gt;XYZ. La revue de la nouvelle.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout d'abord, on souligne que le thème — le char — s'apparente parfaitement à la saison estivale. Même si la fluidité de certains textes nous paraît&lt;i&gt; &lt;/i&gt;brouillée par l'angoisse ou soulevée de questionnements, on a pris un immense plaisir à lire ces neuf nouvelles, à les cerner sans peut-être y être parvenue tout à fait. Que se passe-t-il dans la tête d'un homme, quand Jean-Pierre Vidal le transforme en personnage imbu de lui-même, conduisant une voiture luxueuse qui séduit les jeunes filles au point de négliger amoureusement le conducteur ? Est-ce le messager en vélo qui trouvera une solution sans appel ? Nouvelle cruelle, adoucie d'un humour réaliste qui fait froid dans le dos. Plus tendre, presque désespérée, la nouvelle signée Diane-Monique Daviau, met en scène un fils qui se souvient des beaux yeux bleus de son père, de l'amour qu'il portait à son « char ». Sa dernière heure le figera « en position fœtale » dans l'insolite habitacle, tel un ventre d'acier, condamnant le vieil homme à une fin de vie pathétique. À quoi servent d'aussi beaux yeux s'ils ne captent plus la lumière ? Semblable aux deux nouvelles évoquées, la mort rôde autour du récit de Jean-Paul Beaumier. Une fin de journée hivernale, un traducteur tombe en panne dans un « coin perdu de la ville ». Il s'interroge âprement sur « l'effritement du quotidien » qu'il a partagé avec sa conjointe, Madeleine. Usure du temps qui pardonne peu aux humains quand il est modelé de sentiments inférieurs, de l'inertie du cœur qui ne bat plus que pour l'ordinaire des choses. La nuit, ne laissant rien au hasard, corrompra davantage le destin de cet homme esseulé, qui, au fond de lui, n'a rien su résoudre... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi de nouvelle en nouvelle, nous nous détournons du pire pour savourer la causticité de la narratrice campée par Suzanne Myre. Un dimanche, elle accompagne son « chum » chez un concessionnaire automobile. Il veut louer ou s'acheter un nouveau véhicule. La tournée dans ce « temple de la ferraille » nous vaut des pages hilarantes et grinçantes sur le décor factice de ces hauts lieux, « infection métallique et répugnante. » La blonde de service « d'un platine surréel », n'échappe pas aux critiques acérées de celle qui se dit une « veuve d'entrepreneur » parce qu'elle le voit rarement, trop pris qu'il est par ses différents chantiers. Elle, est une « cycliste jusqu'au bout des orteils », ce qui lui permet de réfléchir aux efforts qu'accomplissent ses semblables pour assurer le bien-être de la planète. Mais elle, que fait-elle au juste ? Deux nouvelles, signées Jean-Sébastien Lemieux et Nicolas Tremblay, nous promènent dans deux chars allégoriques. La première se rattache au pianiste Glenn Gould, la seconde au — fictif ? — poète québécois Jean Char. Si un large détour vers la musique s'impose à la mémoire du narrateur captivé par un bruit récurrent, un écolier puni de plagiat doit « écrire mille fois une phrase sans fautes » dans laquelle le maître regarde du côté du poète français René Char. Clin d'œil qui nous vaut l'entrée en scène du père de l'enfant, condamnant sans savoir le cancre « hagard et perdu dans ses pensées » : il sera happé par une Corvette roulant en trombe « comme Hubert Aquin aimait le faire [...] ». L'enfant de Nicolas Tremblay et le narrateur de Jean-Sébastien Lemieux donnent l'impression saisissante de s'être trompés d'itinéraire. Musique et mots s'amalgament, s'ingénient à se confondre, à se transformer en un phénomène inattendu. Brouillage de pistes si bien amorcées et dénouées brillamment par les deux nouvelliers. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous est impossible de citer les neuf nouvelles enrichissant ce numéro 102. Toutefois, l'idée que les gens de lettres « haïssent» l'automobile, comme le mentionne Nicolas Tremblay dans sa présentation, nous semble saugrenue, erronée. Il suffit de lire les textes ingénieux qu'inspire ce véhicule aux auteurs sollicités pour nous rendre compte que le « char » fait partie de nos habitudes au même titre que le char-iot que l'on pousse dans les grandes surfaces ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la section « Intertexte », on signale l'article captivant de Michel Lord sur l'histoire de la nouvelle française. Nous y apprenons que les textes brefs, sous différentes appellations, passionnent tout un chacun depuis la nuit des temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;Ce dernier numéro invite le lecteur à profiter des dernières semaines de l'été. Nous le savourons au bord de l'eau, à une terrasse, au milieu de la foule ; nous le dégustons pour mieux nous imprégner du temps estival qui ne reviendra que dans un an et aussi pour apprécier des nouvelles singulières, inédites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;XYZ. La revue de la nouvelle&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;Numéro 102, dirigé par Nicolas Tremblay&lt;br /&gt;XYZ éditeur, Montréal, 2010, 102 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-953993428563180009?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/953993428563180009/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/08/vroum-vroum-estival.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/953993428563180009'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/953993428563180009'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/08/vroum-vroum-estival.html' title='Vroum... vroum... estival ! ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TGkhvHGj2wI/AAAAAAAAAiQ/YYo8DxsoPeM/s72-c/couverture102.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1223349179320176739</id><published>2010-08-02T08:36:00.000-04:00</published><updated>2010-08-02T08:36:10.225-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Scènes de vie familiale *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TFa7oDaxJBI/AAAAAAAAAiI/4nG6h4P92e0/s1600/50282.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TFa7oDaxJBI/AAAAAAAAAiI/4nG6h4P92e0/s200/50282.jpg" width="111" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Dans une nouvelle intitulée « Déambulations », on a écrit ceci : &lt;i&gt;Le mois d'août est tragique. Il donne tout, il reprend tout. &lt;/i&gt;On aurait pu ajouter que le mois d'août est aussi le mois des chats. Sur un muret campagnard ou sur le toit d'un édifice urbain, on les imagine se profiler sur le disque orangé de la pleine lune. Moment idéal pour lire les nouvelles de Margaret Laurence, &lt;i&gt;Un oiseau dans la maison.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vanessa Macleod oscille entre dix et douze ans, quand elle se fait l'« écouteuse professionnelle » des événements qui la bouleverseront elle et sa famille. Elle vit avec ses parents, entourée de ses grands-parents maternels et paternels, de sa tante Edna, sœur de sa mère. Début du siècle dernier à Manawaka, banlieue de Winnipeg, Manitoba. Le décor est dressé : la maison de ses parents et la « Maison de brique » où vieillissent la douce grand-mère Agnès, et le terrifiant grand-père Timothy Connor, son époux. Dès la première chronique, la Grande Dépression sévit. Le père de Vanessa, Ewen, est médecin, sa mère, Beth, infirmière, attend un deuxième enfant. Chaque dimanche soir, tous les trois partagent le repas familial chez les parents de Beth, chacun devant supporter les rivalités opposant les Macleod aux Connor et inversement. Ce soir-là, l'ambiance est tendue : Ewen, retenu auprès de « M. Pearl. Il est en train de mourir d'une pneumonie. [...] » ne sera pas présent, ce qui agace profondément grand-père Timothy, impitoyablement enraciné dans les principes rigoristes de l'époque. Arrive à l'improviste, l'oncle Dan, « le frère de grand-père ». Homme sympathique mais raté, joyeux ivrogne célibataire, il élève des chevaux et les revend sans grand succès. Il quémande de l'argent à Timothy qui, excédé, accuse son frère des pires maux de la terre et le met à la porte...&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi d'une chronique à une autre, Vanessa observe les adultes auxquels elle ne comprend pas grand-chose. Son intelligent esprit critique a vite découvert « qu'il était absurde d'essayer de se cacher : la meilleure cachette était de se tenir tranquillement assise sous les yeux de tous. » Ce qu'elle fera pendant les huit récits qu'elle relatera. Pouvons-nous dire que Vanessa est une petite fille privilégiée d'avoir vécu durant cette période trouble, tellement enrichissante ? Elle a le loisir de se promener dans la campagne ombragée d'arbres, le long des rivières, de partager une nuit étrange au bord d'un lac avec l'un de ses cousins. Elle goûte un air de liberté que n'ont pas connu les femmes de sa famille. Les personnages, car ce sont des personnages parfois irréels, combien retors dans leurs agissements, qu'elle côtoie lui apprennent à grandir, à mesurer la part du vrai et du faux. Même si d'insidieux non-dits encombrent le parcours existentiel de Vanessa, elle devine que les êtres humains, devenus adultes, ne sont pas toujours maîtres de leur destinée. Pas mieux qu'elle le sera plus tard de la sienne quand, adolescente, des secrets de la Maison de brique nichés dans des endroits inusités, lui révèleront que la vie n'est ni lisse ni douce, telle une soie... La mort inévitable qui menace ses grands-parents demeure pour elle un mystère, sorte de fatalité contre laquelle elle ne peut rien, ne l'atteignant pas particulièrement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nouvelle éponyme qui a trait à la mort de son père des suites d'une pneumonie, est l'une des plus émouvantes du recueil. Pour la première fois, Vanessa prend conscience de ce que représente la perte d'un être cher. Elle mentionne qu'elle a douze ans lorsque son père décède. Lui « frisait la quarantaine [...] ». Elle traverse une crise de révolte contre ses proches et surtout contre Noreen, jeune femme un peu sorcière, qui leur sert de bonne. Vanessa essaie de briser la conspiration du silence, la soumission inexplicable des uns et des autres, sans vraiment y parvenir. Seuls les contes fictifs inspirés de la Bible, qu'elle écrit dans un cahier d'écolière, l'aident à se maintenir à flot face à l'incompréhension des siens. Un après-midi, elle avait questionné son père sur la mort de son frère pendant la Grande Guerre. Sa réponse restant sibylline, il faudra des années avant que l'énigme soit élucidée. Une lettre et une photo dissimulées au fond d'un tiroir. Une autre nouvelle, &lt;i&gt;Les chevaux de la nuit, &lt;/i&gt;nous a particulièrement touchée. Chris, adolescent, cousin de Vanessa, résidera trois ans chez eux pour poursuivre ses études. Il porte en lui des rêves étourdissants qui finiront par le terrasser... Ainsi, le temps, qui compromet chacun, divulguera bien des cachotteries, la mort ne manquant pas d'être au rendez-vous des plus âgés. Quand Vanessa reviendra une dernière fois à la Maison de brique, elle aura une quarantaine d'années, âge de son père quand il était mort. Nous avons l'impression que toutes les petites dérives ont été pardonnées, les humbles fautes emportées sous la pierre tombale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À travers ces huit textes, nous percevons l'immense écrivaine que deviendra Margaret Laurence. Vanessa ne se mire-t-elle pas dans un miroir démultiplié où se déroulent les souvenirs de jeunesse d'une fillette qui n'est autre que l'auteure de ces histoires ? On laisse au lecteur le plaisir de découvrir une écrivaine majeure, mentor intellectuelle d'Alice Munro, de Margaret Atwood, pour ne nommer qu'elles. À lire aussi pour saisir combien les êtres d'alors, pour des raisons sociales et religieuses, restreignaient leurs aspirations à un semblant de vie qu'il fallait accepter au risque de sombrer dans la folie, tel Chris, si peu conventionnel pour se contenter des rebuts de l'existence...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Un oiseau dans la maison, &lt;/i&gt;Margaret Laurence&lt;br /&gt;Traduit de l'anglais (Canada) par Christine Klein-Lataud &lt;br /&gt;Éditions Alto / Éditions Nota bene, Québec, 2010, 287 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1223349179320176739?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1223349179320176739/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/08/scenes-de-vie-familiale-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1223349179320176739'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1223349179320176739'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/08/scenes-de-vie-familiale-12.html' title='Scènes de vie familiale *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TFa7oDaxJBI/AAAAAAAAAiI/4nG6h4P92e0/s72-c/50282.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-1077512719295829813</id><published>2010-07-19T08:33:00.001-04:00</published><updated>2010-07-19T08:39:35.785-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Des airs de famille *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TERF9RNEOlI/AAAAAAAAAiA/W_WzuSlsaNY/s1600/Larmes-SaintLaurent.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TERF9RNEOlI/AAAAAAAAAiA/W_WzuSlsaNY/s200/Larmes-SaintLaurent.jpg" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On aime la chaleur grisante, étourdissante de juillet ! La peau moitit, le geste s'alourdit, la pensée vacille. On ne sait&amp;nbsp; pourquoi, le regard se lève constamment vers le ciel. Le jour, bleu et vert, brille de tous ses éclats. La nuit, les étoiles guident nos pas hésitants, tels des mages estivaux. Le roman de Dominique Fortier, &lt;i&gt;Les larmes de saint Laurent, &lt;/i&gt;nous convainc de rester à l'affût du moindre signe insolite venu d'ailleurs...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-on dire que le roman se divise en trois parties ? On pense plutôt à trois nouvelles se recoupant d'une heureuse manière. Ce n'est pas lors de la première lecture que les indices reliant les protagonistes entre eux se précisent mais, plus tard, quand les récits se décantent. Nous faisons connaissance avec Baptiste Cyparis, unique survivant de l'éruption de la montagne Pelée, en Martinique, le 8 mai 1902. Homme noir dont le destin se répercutera sur ses descendants. D'abord emprisonné pour avoir défendu une « fille de joie » dans un bar, il le sera une fois encore pour un crime qu'il n'aura pas commis. Entretemps, exhibé comme phénomène dans un cirque, il épousera Alice dont le jeune fils nourrit les bêtes et prend soin d'elles. Plus tard, il s'éprendra follement de Stella, compagne de l'un des deux associés du cirque, avec qui il aura une brève aventure qui se terminera tragiquement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La deuxième partie se déroule à la même époque, en Angleterre. Augustus Edward Hough Love, mathématicien, y étudie le mystère des nombres et fut l'auteur « d'un lourd traité sur l'élasticité de solides [...] ». Si Dominique Fortier a pris quelque liberté avec son existence, il n'empêche que son portrait fascine, rappelant celui non moins passionnant de Baptiste Cyparis. Edward Love épousera Garance, musicienne qui s'intéresse aux bruits sourds de la terre et du feu. Elle mourra en donnant naissance à des jumeaux. Semblable à Baptiste, maintes fois insulté parce qu'il était noir, Love aura « l'impression que sa vie était finie, advenue, consommée, et pour la première fois il lui sembla véritablement connaître la peur. » Peur déroutante qui désespérera les deux hommes, épuisés qu'ils sont d'avoir trop espéré de la vie et perdu la bien-aimée. C'est le souvenir de Garance qui apportera une réponse au titre du roman à travers ses enfants. Une nuit du mois d'août, alors que les jumeaux ont quatre ans, leur père leur fait admirer les Perséides, « que Garance avait toujours appelées " larmes de saint Laurent " en l'honneur du malheureux saint né à la fin de l'été [...] »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre temps contemporain, un jour d'hiver. Une jeune femme promène son chien et ceux de ses voisins sur le mont Royal. Nous ne savons qui elle est, ni comment elle vit. Bientôt, elle croisera le chemin d'un jeune homme pas mieux loti qu'elle. Il lit beaucoup de livres traitant de civilisations — Pompéi, Herculanum — détruites par des tremblements de terre ou des éruptions volcaniques. Peu à peu, ils s'apprivoiseront, se confieront, l'air de ne pas y toucher, des petits secrets de leur ancienne vie. Ne sont-ils pas aussi jeunes que nous le pensions ? En deux pages, l'auteure glisse un important indice concernant le passé de la promeneuse de chiens. Elle aurait été trapéziste dans un cirque, un grave accident ayant interrompu sa carrière. Son partenaire, évoqué promptement, n'était plus qu' « un homme long et mince, aux traits tristes. [...] Il semble jeune mais a les yeux d'un vieillard ; il marche en s'appuyant sur une canne [...] ». Autant de repères relatant des années hypothétiques qui éclaircissent certains points obscurs de l'ascendance des deux jeunes gens. La fin, ou le commencement, de leur rencontre tout à fait inattendue, nous laisse pantoise de surprenante admiration, même si nous savons que rien, ni personne, ne se construit seul.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En un triptyque savamment élaboré, se révèle une ultime histoire d'amour qui, au long des pages, enjolivée de poétiques et nécessaires digressions, dirige le lecteur vers des événements hors du commun. On aime que Dominique Fortier sorte des sentiers battus, qu'elle nous informe de faits éloignés des modes, d'individus qui ont existé, un peu oubliés mais sans qui le regard que nous portons sur le monde actuel ne serait pas tout à fait le même. On aime aussi que, sans exagération, l'écrivaine emploie l'imparfait du subjonctif, ajoutant un charme très particulier à la rondeur déployée de sa phrase. Elle nous enseigne que les tribulations planétaires ne sont pas indépendantes des lois stellaires. Adversité que l'homme ne sait pas toujours interpréter, ni comprendre. Il est bien qu'une voix talentueuse lui rappelle qu'il dépend de l'universalité céleste et peu des contingences terrestres. Étrangement, le roman s'ajuste à celui d'Anne Michaels, &lt;i&gt;Le tombeau d'hiver, &lt;/i&gt;magistralement traduit par cette même écrivaine. On lit le roman de Dominique Fortier en nous disant que les civilisations soumises au bon vouloir de l'humanité, surtout aux cycles naturels de la planète, sont là pour ne pas durer. Vestiges éphémères de notre passage sur terre, nous avisant que d'un siècle à un autre, les êtres humains, malgré leur disparition, soudent une chaîne indestructible de laquelle ils ne peuvent échapper à leur destinée grandiose, parfois pathétique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les larmes de saint Laurent, &lt;/i&gt;Dominique Fortier&lt;br /&gt;éditions Alto, Québec, 2010, 344 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-1077512719295829813?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/1077512719295829813/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/07/des-airs-de-famille-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1077512719295829813'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/1077512719295829813'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/07/des-airs-de-famille-12.html' title='Des airs de famille *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TERF9RNEOlI/AAAAAAAAAiA/W_WzuSlsaNY/s72-c/Larmes-SaintLaurent.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-5930379747588772627</id><published>2010-07-05T07:54:00.001-04:00</published><updated>2010-07-05T08:47:35.308-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Entre la terre et l'eau ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TDHH1o_AwWI/AAAAAAAAAh4/mRyLA_C2Sg4/s1600/tombeau.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TDHH1o_AwWI/AAAAAAAAAh4/mRyLA_C2Sg4/s200/tombeau.jpg" width="123" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Il en est des livres comme des êtres humains : il est rare d'en trouver d'exceptionnels. Quand cela se produit, on ne voudrait pas que le livre se termine, que l'être humain s'en aille. L'un et l'autre enrichissent notre quotidien parfois insipide. On aimerait avoir écrit le livre en question, garder pour soi l'être qui nous a fait don de sa grâce. Après avoir lu le roman d'Anne Michaels, &lt;i&gt;Le tombeau d'hiver, &lt;/i&gt;on a éprouvé un sentiment d'inachevé face à nos accomplissements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes en Égypte, en 1964. Avery et Jeanne sont mariés depuis un an. Il est ingénieur, elle, botaniste. Avery fait partie d'une équipe affectée au démantèlement d'Abou Simbel, à la reconstruction des anciens temples nubiens de Ramsès II et de son illustre épouse, Néfertari. Quelques années plus tôt a eu lieu l'érection du barrage d'Assouan. Jeanne, enceinte, sur la péniche qu'ils habitent, s'émerveille du désert, des étoiles au-dessus de sa tête, s'attriste des conséquences qu'entraînera le déplacement de cent vingt mille Nubiens, dont les villes seront noyées sous les eaux du Nil. Pour Avery et ses collègues, c'est l'ultime « solution du désespoir. » Plus ce dernier avancera dans sa mission, plus il sera révolté par l'entreprise inhumaine que les ingénieurs font subir au Nil, aux temples. Il imagine le fleuve, qui « offrait sa puissante fertilité au désert&amp;nbsp; [...] bientôt harnaché, sa soumission. » Avery imagine encore ce qui restera à sa place : « un réservoir immense redessinerait le territoire [...] ». Durant l'inauguration, « pas un mot ne sera prononcé sur les Nubiens forcés de quitter leurs anciennes demeures, ni sur les vingt-sept villes et villages disparus sous le nouveau lac. » Avery se remémore leurs noms, ce qui le ramène à Long Sault, en Ontario, où, en 1957, plus de deux cents kilomètres carrés de terres ont été inondées pour rendre les rapides navigables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'immersion dans le passé nous apprendra l'enfance douloureuse de Jeanne qui, toute petite, a perdu sa mère, l'immense tristesse de son père qui ne s'est jamais remis de son deuil. Nous connaîtrons la mère d'Avery, Marina, illustratrice de livres pour enfants ; l'affectueuse admiration qu'il porte à son père, lui-même ingénieur. Avery et Jeanne se sont rencontrés alors que celui-ci se promenait dans le lit asséché, pierreux, du Saint-Laurent. Les maisons et les fermes des comtés de Stormont, de Glengary et de Dundas ont été pillées pour en extraire les matériaux de construction. Tout ce qui restait a été éradiqué par « le feu et les bulldozers [...] » Première désillusion d'Avery sur les intentions insensées des experts à vouloir détourner l'eau et la terre de leur cours naturel. Plus tard, s'avérera l'erreur monumentale de ces sites artificiels... Ce jour-là, Jeanne ramasse les dernières plantes qui peuvent être sauvées. Avery et Jeanne, tout à leur colère personnelle, essaieront de réparer la faute des hommes en ne se quittant plus, en s'interrogeant sur le destin du monde qui n'a été que démolition et reconstruction. Le roman est largement ponctué d'une part historique, entrecoupée d'événements circonstanciels, tels la grossesse de Jeanne, le drame qui effritera l'amour du couple, soit le tombeau d'hiver. De retour à Toronto, proches de Marina, ils se sépareront. Jeanne habitera l'appartement de ses parents, Avery « louera un appartement en demi sous-sol près de la faculté d'architecture ». Une nuit, tandis que Jeanne plante des boutures dans un parc public, elle fera la connaissance de Lucjan, un Polonais exilé. Ils deviendront amants, d'où des pages érotiques voilées d'une extrême pudeur. Lucjan relatera à Jeanne, outre son enfance entre sa mère et son beau-père, la dévastation de Varsovie par les Allemands puis par les Russes ; la reconstruction du plus vieux quartier, la Vieille Ville, exactement comme avant, au point d'être gêné de marcher dans cette copie conforme. Après avoir sevré Jeanne de ses années polonaises, Lucjan, ne différant pas de ses semblables, rompra le lien qu'il avait noué avec elle, autre ruine.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est impossible de parler de ce magistral roman sans nous interroger sur la condition humaine dénoncée par André Malraux. Roman de la dépossession, roman combien humaniste. Roman biblique s'il en est, Anne Michaels conduit les protagonistes à travers un dédale poétique, tant elle cerne les villes anciennes&amp;nbsp; — la description du village nubien Ashkeit est admirable —, croyant peu au génie de ceux qui reconstruisent sans trop se poser de questions... Les morts, leur déplacement, ont une importance au même titre que les fantômes des vivants. Chacun survit, disparaît à sa manière. Roman de la mémoire que des aphorismes reliés entre eux éveillent à coups de réalisme et de rêve. Souci du détail que renforce une réflexion exhaustive, constamment écorchée, à vif, de l'auteure lorsqu'il s'agit d'amalgamer le présent au passé. N'écrit-elle pas : « Le passé ne change pas, ni le besoin que nous avons de lui. » Autant dire une rédemption, le pardon est si difficile à accorder. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chef-d'œuvre qu'Anne Michaels a mis douze ans à écrire et qu'il faut lire absolument. Son premier roman, &lt;i&gt;La mémoire en fuite&lt;/i&gt;, a été récompensé de plusieurs grands prix, traduit et publié dans une vingtaine de pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On mentionne la remarquable traduction de Dominique Fortier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le tombeau d'hiver, &lt;/i&gt;Anne Michaels&lt;br /&gt;Traduit de l'anglais (Canada) par Dominique Fortier&lt;br /&gt;Éditions Alto, Québec, 2010, 430 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-5930379747588772627?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/5930379747588772627/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/07/entre-la-terre-et-leau.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5930379747588772627'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5930379747588772627'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/07/entre-la-terre-et-leau.html' title='Entre la terre et l&apos;eau ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TDHH1o_AwWI/AAAAAAAAAh4/mRyLA_C2Sg4/s72-c/tombeau.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-4370687915780022365</id><published>2010-06-21T08:18:00.003-04:00</published><updated>2010-06-25T08:24:59.083-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Terreur et passion au Cambodge *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TB9YZxmcevI/AAAAAAAAAhw/ccZB0DHVqFs/s1600/unjourmeme.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TB9YZxmcevI/AAAAAAAAAhw/ccZB0DHVqFs/s200/unjourmeme.jpg" width="133" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On a déménagé, les arbres se balancent gaiement devant la porte-patio du salon. Plus loin, la rivière coule, calme, allongée, à l'intérieur de rives abritées d'herbes hautes, de fleurs sauvages. On voudrait que la paix environnante nous fasse oublier les atrocités du monde, mais on ne peut pas. D'où notre lecture du roman de Kim Echlin, &lt;i&gt;Un jour, même les pierres parleront.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire se déroule durant le génocide cambodgien pendant lequel deux millions de personnes ont été torturées, massacrées. Loin, très loin, les Nations unies veillent. Elles plaident la démocratie, mais ignorent les combats, les camps dissimulés dans la jungle, le trafic d'armes et le peuple, le « champ de mines qui s'étend du golfe de la Thaïlande aux frontières du Laos. » Les gens disaient que les Nations unies superviseraient les premières élections. Se nourrissaient d'illusions pour survivre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trente ans plus tard, Anne Greves raconte sa passion pour Serey, un étudiant cambodgien en exil. Elle avait seize ans, lui était son aîné de six ans. Ils avaient fait connaissance dans un bar du Vieux-Montréal, L'air du temps. Anne était là avec son amie Charlotte et d'autres filles, pour écouter chanter Buddy Guy. Entre eux, ce fut définitif, bien que Serey attendît l'ouverture des frontières de son pays pour repartir... À l'époque, Anne habitait chez son père, homme débonnaire et généreux. Sa mère était morte durant sa petite enfance. Confiée à Berthe, jeune femme qui entraînait la fillette à « entendre Etta James dans un club de blues sur Saint-Laurent », Anne a vécu une enfance peu orthodoxe, et quand elle rencontre Serey, elle connaît le blues et le jazz sur le bout des doigts. Si la musique et les chansons les unissent, une tendresse désespérée, insoutenable, renforcera un lien légitime : Anne recherche l'amour de sa mère, Serey son pays et sa famille. Ne dit-elle pas que de sa mère, elle a appris « que ceux qu'on aime peuvent disparaître soudainement, inexplicablement. » Finalement, Anne désertera la maison paternelle pour vivre avec Serey. Il inculquera à son amante certains rites du Cambodge, lui parlera de ses parents, de son frère cadet. Du règne sanguinaire de Pol Pot. Anne est tellement vulnérable qu'elle ne mettra jamais en doute l'amour que lui porte son amoureux, alors que celui-ci se reflète en elle. Phnom Penh, lancinante litanie, point de repère tangible quand, onze ans plus tard, Anne abandonnera tout pour retrouver Serey qu'elle a cru reconnaître à la télévision, dans la foule cambodgienne.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Drame émouvant et poignant narré par une femme entièrement consacrée à son amant. Un tel amour aurait-il abouti à quelque harmonieuse continuité en temps de paix ? Souvent, les guerres alimentent des sentiments exacerbés par les ombres tenaces de la mort, rôdant autour d'êtres préparés inconsciemment à cette ultime éventualité. Serey aurait-il rejoint Anne à Montréal ? Si dans des circonstances dramatiques la question ne se pose pas, cela signifie qu'en temps de guerre, une part irrationnelle en nous dirige nos agissements. Les aberrations dont Anne est témoin attisent en son for intérieur des sentiments mitigés, dictés par une culture qui la trouble, la séduit, malmenés par la barbarie d'hommes qui tuent sans raison. Vie et mort, affliction et conformité, vérités et mensonges, méfiance et délation, chaque contraire anime les jours et les nuits rattachant Anne à des paysages grandioses, à des êtres désintéressés qui l'aident à se construire un semblant de vie. Mau et Will, deux hommes dévoués à sa cause et à celle de son amant. Ce dernier ne confiera jamais à Anne qu'il travaille pour la résistance, qu'il rédige des discours pour l'Occident. Officiellement, il est traducteur. Préoccupée par son amour pour Serey, elle sillonne, curieuse, les rues pittoresques de la ville, s'acquitte de ses manques affectifs en s'adressant en kmer à des personnes inconnues, soumises aux restrictions contraignantes de la guerre. Plus tard, ayant attrapé le virus de la « fièvre des os » Anne, enceinte, accouchera d'une enfant mort-né. Plus tard encore, Serey sera tué lors d'un rassemblement de l'opposition. Risquant sa vie, accompagnée de Mau, Anne le recherchera : roulera son crâne dans un canal, au fond des eaux... Après avoir été emprisonnée, maltraitée, elle sera expulsée du Cambodge. De retour au Québec, elle se mariera, aura deux fils. Son mari partira, « il disait que c'était une erreur [...] ». Devenue « une femme d'un certain âge », Anne implorera Serey de revenir à la vie, qu'elle puisse sentir son souffle. Elle voudrait l'entendre chanter et chuchoter son nom une dernière fois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman dérangeant, éveillant la mémoire endormie, la voix assoupie de la conscience. Écriture saccadée, telle une respiration remplie de sanglots, sur le point de s'éteindre. Amour et haine, silence et bruit. Kim Echlin adhère à l'inutilité de la guerre, évoque l'abrutissement d'esprits pervers, le besoin de se soustraire à l'ordinaire, de conquérir un pouvoir douteux. Que sont devenus les tortionnaires des massacres qui se répètent sans qu'aucune leçon n'en soit tirée ? Entre lumière et noirceur, le roman contient l'espoir désemparé, la mémoire outragée d'une femme qui a aimé un homme au delà de l'amour. Qu'est-ce que l'homme ? se questionne Anne à la fin de son douloureux périple. Réponse lapidaire et infinie : « La cruauté humaine se transforme en note de musique, en une phrase cadencée. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On signale la sensible et intelligente traduction de Sylvie Nicolas. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Un jour, même les pierres parleront, &lt;/i&gt;Kim Echlin&lt;br /&gt;traduit de l'anglais par Sylvie Nicolas&lt;br /&gt;Éditions Québec Amérique, Montréal, 2010, 254 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-4370687915780022365?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/4370687915780022365/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/06/terreur-et-passion-au-cambodge-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4370687915780022365'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4370687915780022365'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/06/terreur-et-passion-au-cambodge-12.html' title='Terreur et passion au Cambodge *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TB9YZxmcevI/AAAAAAAAAhw/ccZB0DHVqFs/s72-c/unjourmeme.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-4886532374254789938</id><published>2010-06-07T08:53:00.001-04:00</published><updated>2010-06-08T15:42:35.111-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Toi, moi, mon village *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TAzr09YWM6I/AAAAAAAAAhc/yQFPZ6WMG6g/s1600/jean-francois_caron_publie__no_a_1442010_300.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TAzr09YWM6I/AAAAAAAAAhc/yQFPZ6WMG6g/s200/jean-francois_caron_publie__no_a_1442010_300.jpg" width="148" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Malgré la chaleur printanière, on se pose des questions sur les réactions de certaines personnes. On a reçu un diaporama montrant le visage d'enfants africains. La misère, la faim, la maladie altèrent leurs traits juvéniles, assombrissent encore plus leur regard déjà sombre. L'amie qui nous en a fait part demande, presque naïve, de faire suivre à toutes nos connaissances. Il nous semble que depuis longtemps ces images troublantes s'insèrent dans notre quotidien. Ces visages défaits par la malnutrition nous emportent vers un homme de retour dans son village, lui aussi abandonné à son isolement, autre malnutrition. Titre : &lt;i&gt;Nos échoueries. &lt;/i&gt;Auteur : Jean-François Caron.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que se passe-t-il dans le village de Sainte-Euphrasie ? Pas grand-chose, il faut bien le dire. Pourtant, ce retour aux origines sera salutaire au narrateur. Ancré depuis longtemps dans cet espace déserté après la mort de ses parents, il n'hésite pas à quitter Marie pour poursuivre une quête d'où de nombreux souvenirs douloureux débouleront. En cours de route, il prend à son bord une de « ces jeunes aventurières frondeuses » qu'il aime. Arrivé à bon port, il doit se rendre à l'évidence : la maison natale se délabre, telle son « enfance grise. » Pendant qu'il parcourt les pièces, se remémore des joies, des peines se rattachant à chacune d'elles, son auto-stoppeuse a trouvé asile à l'épicerie du village, Chez Ouellet. La jeune fille, surnommée la Farouche, jouera un rôle tragique dans l'échappée provisoire du narrateur. Elle lui rappellera sans cesse le désespoir de Marie quand il est parti. Verbalisant dehors et dedans, nous avons l'impression qu'il écrit à son amie une lettre jamais expédiée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hormis la demeure familiale, le narrateur nous entraîne vers trois rues où les gens l'interrogent, ne comprennent pas pourquoi il est revenu sur ces lieux érodés par l'absence. Comme il est peu bavard, il leur laisse entendre qu'il va « reprendre possession de la maison. » Relation ambiguë avec les villageois qui le rejettent mais lui viennent en aide. Il y a aussi le souvenir de Sarah, petite fille amoureuse de lui, morte au fond d'un ravin. Quand il flâne pour retrouver ses repères, ou en créer, il s'abandonne à la dernière image désespérée de Marie, réalisant que le silence de la maison, sa solitude, lui parlent d'elle, de sa colère dans le cadre de la porte. Le narrateur dépeint le fleuve, sa paresse, la distance sournoise qu'il entretient avec ceux qui se promènent sur ses rives. Ainsi, de flânerie campagnarde au dédale limité des trois rues villageoises, il se laisse aller à des confidences surgies de sa mémoire, comme si le temps fabriquait des mensonges, les restituait au contact des êtres ou des objets retrouvés. Le presbytère, le cimetière. La pluie qui suinte davantage une nostalgie à fleur de peau. Une autre maison abandonnée et vide, celle de Pierre Saint-Pierre, aujourd'hui placé dans le foyer de gens âgés que dirige humblement sœur Marie-Madeleine-des-Eaux-Vives. Religieuse rebelle que le narrateur imagine comme étant la sœur de la Farouche... Il « exagère. Ce doit être à cause de la pluie. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Délaissant ses flâneries, ses rêves aléatoires, le narrateur brosse le portrait des habitués du bar. Que des échoués qui n'ont pas besoin de la lumière du soleil à l'intérieur de la salle à manger. Un homme, Yves-Marie, s'assoit à sa table, déclenche un flot d'images, se déroulant entre passé et présent. Cet homme, « un sensible », lui parle de son père, dévoilant des points obscurs qu'ignorait le narrateur. Chaque fois qu'il est confronté à des actes que son jeune âge ne lui permettait pas de sonder, il s'adresse à Marie, tel un témoin invisible et réconfortant. Lui-même n'est-il pas le spectateur de faits, encombrant sa quête vers un absolu qu'il s'est créé ? Ceux qui passent et qui restent inventent des ombres nécessaires à son intention, comme s'il était de trop dans ce décor moisi par l'existence insipide de chacun : personne n'aime être dérangé dans sa médiocrité quotidienne. Rien ne change, alors pourquoi vouloir bousculer des décennies de peurs camouflées au fond de soi ? Des petits riens parsèment le cheminement du narrateur, mais aussi des situations imprévisibles, telles les confidences de la Farouche venue un soir chez lui, plus tard le crime commis sur son corps. Descriptions captivantes des choses obscures, des gens qui se taisent, des « vieux » dans le foyer de sœur Marie-Madeleine-des-Eaux-Vives. Mystère de l'individu quand il profane des vérités qu'il pensait anéanties par le passage des années. Gestes qui démentent l'assurance que celui-ci manifeste lors de conversations avec le narrateur. Toute mort étant rédemptrice, celle de la Farouche ouvrira les yeux et le cœur du jeune homme. Une dernière fois, il adressera une lettre à Marie, lettre charnelle, encre du sang de la Farouche, qui le ramènera vers elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes éblouis par le talent poétique de l'auteur, Jean-François Caron. La justesse des mots, leur profondeur décrivant les désordres moraux du narrateur, ses doutes sur ce qu'il adviendra de lui et de Marie, s'avèrent d'une densité telle que le lecteur vit intensément les péripéties qu'engendrent ses désirs de retrouvailles avec ce qui n'est plus, ses rêves enfantins que rarement il ajuste à la réalité. Sarah et Marie représentent deux visages confondant le passé et le présent. Se greffe à eux le symbole de la corneille menaçant la Farouche, elle, qui ne les connaît pas encore. « Ça viendra. » Roman — en est-ce un ? — envoûtant, le village se faisant lui-même personnage. Son identité dans la démarche solitaire du narrateur importe davantage que les protagonistes à la merci d'événements usant ses pierres, sa terre... Premier roman qui mériterait d'être lu, une main posée sur un&amp;nbsp; mur caressé par la chaleur du soleil. On imagine un lierre grimpant sur les aspérités de pierres debout et, pourquoi pas, qui étoufferait les égarements d'un jeune homme en détresse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire absolument pour la beauté de l'écriture souple et forte. Pour sa poésie inspirée, qui, pas une seule fois, dénature les propos réalistes d'une histoire de chair et de pierre. De sang et d'eau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Nos échoueries, &lt;/i&gt;Jean-François Caron&lt;br /&gt;Éditions La Peuplade, Saint-Fulgence, 2010, 154 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-4886532374254789938?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/4886532374254789938/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/06/toi-moi-mon-village-12.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4886532374254789938'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4886532374254789938'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/06/toi-moi-mon-village-12.html' title='Toi, moi, mon village *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TAzr09YWM6I/AAAAAAAAAhc/yQFPZ6WMG6g/s72-c/jean-francois_caron_publie__no_a_1442010_300.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-2607022890793443246</id><published>2010-05-31T08:30:00.000-04:00</published><updated>2010-05-31T08:30:12.239-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Une nuit anglaise apocalyptique *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TAOrtU2XJ-I/AAAAAAAAAhU/9XiRshXyu3o/s1600/Coventry.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TAOrtU2XJ-I/AAAAAAAAAhU/9XiRshXyu3o/s200/Coventry.jpg" width="121" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On regarde par la fenêtre, la pluie zèbre les vitres. On songe à la bave des escargots argentant les feuilles de rhubarbe, laquant les salades qui s'alignent parmi les bégonias. Bref, le printemps se manifeste par des signes qui nous rassurent sur la venue de l'été. Le jardin, enfin, vit sa vie comme on vit la nôtre en lisant des histoires qui font réfléchir sur la démence humaine, tel le roman &lt;i&gt;Coventry, &lt;/i&gt;signé Helen Humphreys.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des dates situent le drame de deux femmes qui, chacune de son côté, se rejoindront dans l'enfer d'une nuit&amp;nbsp; à Coventry. Elles s'appellent Harriett et Maeve. Nous découvrons la première en quelques pages, le 20 septembre 1914. Elle a dix-huit ans, a épousé Owen deux mois plus tôt ; il a dix-huit ans lui aussi. L'Angleterre vient d'entrer en guerre, Owen s'est enrôlé et sera expédié en Europe pour défendre la France et son pays. Ce matin-là, l'accompagnant à la gare, Harriett ne se doute pas qu'elle ne reverra jamais son insouciant mari. Sur le chemin du retour, Harriett fera inopinément la connaissance d'une jeune femme de son âge, Maeve, qui dessine la flèche de l'église. Ensemble, elle prendront une impériale, « autobus à deux étages qui sillonnent les petits rues médiévales de Coventry que depuis un an. » Elles boiront un thé chez Harriett, se quitteront après que Maeve ait promis de revenir le lendemain. Sa nouvelle amie partie, Harriett réalisera « qu'elles ne se sont même pas présentées. » Vingt-six ans s'écouleront avant qu'elles se retrouvent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La date du 14 novembre 1940 nous présente Harriet se dirigeant vers le toit d'une église. Elle remplace Wendell Mumby, vieux monsieur qui a raté son tour de garde « parce qu'Harriett a lavé le plancher du vestibule [...] Wendell s'est tordu un genou en glissant. » Chaque nuit, quatre veilleurs de feu, juchés sur un toit distinct de l'édifice, tentent, à l'aide de moyens rudimentaires, d'en éteindre les flammes. Parmi eux se tient Jeremy, le fils de Maeve... Autre date fatidique, 5 mars 1919. Harriett se rend à Ypres, ville belge saccagée par les bombardements. Elle a reçu un télégramme l'avertissant qu'Owen était porté disparu. Malgré l'espoir de le revoir sain et sauf, Harriett avait dû se rendre à l'évidence : Owen était mort. Aujourd'hui, dans la localité en ruine, elle se remémore le peu de jours qu'ils ont vécus ensemble, sa dernière lettre interrompue brusquement. Elle se rend compte qu'elle ne sait rien de son mari, ignore ce qu'il a signifié pour elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dates dépeintes tels des plans rapides, situant les êtres, les lieux où se déroule l'histoire. De retour au 14 novembre 1940, nous assistons graduellement à la destruction de Coventry par une nuit de pleine lune. Longue et douloureuse séquence magistralement représentée par Helen Humphreys. Les odeurs âcres du feu, la fumée étouffante, les pierres brûlées, les bâtiments anéantis, rien n'est laissé au hasard. Des femmes et des hommes meurent, atteints par des projectiles qui explosent, ou ensevelis sous les décombres. Les quatre veilleurs de feu se replieront, ils ne peuvent plus contrôler l'ampleur incendiaire des bombardements. Sur le toit, Harriett se dévoilera à Jeremy qui, sous son accoutrement masculin, l'avait confondue à un homme. Après avoir affronté bien des dangers, tous les deux marchent ensemble vers un but précis : Harriett veut revoir sa maison, Jeremy, sa mère. Ni l'un ni l'autre ne se doute que de son côté, Maeve recherche Jeremy. Durant leur randonnée périlleuse, s'exacerbe la mémoire des deux femmes ; elle s'entrave de leur enfance paisible, plus tard, de la fougue de leur adolescence. Mémoire entachée des décombres de Coventry impitoyablement meurtrie par les avions allemands. D'intimes événements dus à cette nuit engluée dans des ombres néfastes, des silences entrecoupés de plaintes ou de bruits assourdis par le vacarme tonitruant de Coventry, rapprocheront brièvement Harriett et Jeremy. Il faudra attendre le 26 mai 1962 pour qu'Harriett et Maeve prennent la parole. Coventry a été reconstruite mais ni Harriett ni Maeve n'y habitent. Elles ont vieilli, pénétrées de réminiscences communes, obsédantes. De cette nuit traumatisante, Jeremy s'avère l'un des liens indestructibles unissant sa mère et Harriett.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman tragique et somptueux. On se demande si des circonstances exceptionnelles, aussi pénibles soient-elles, créent des occasions fastes, propres à l'âme humaine. L'amitié entre Harriett et Maeve aurait-elle été si prégnante en temps de paix ? L'harmonie d'une existence minimise-t-elle la force de sentiments surgissant parmi la débâcle ? On pense à une fleur qui pousserait entre les pavés disjoints d'une ruelle... Roman où la guerre humanise les êtres, les rend à leur expression de chair, de sang et d'os. Le pouvoir est ailleurs, entre les mains des vainqueurs, mais qui sont-ils au juste ? Helen Humphreys ne porte aucun jugement. Elle se pose en spectatrice efficace, qui témoignerait d'un champ de bataille anéanti, sondant les cœurs d'un œil attendri mais implacable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À lire, pour que notre mémoire, semblable à celle d'Harriett et Maeve, n'oublie jamais l'inutilité ignominieuse des guerres, leur violence déshonorante. Et aussi pour la beauté sobre de l'écriture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Coventry, &lt;/i&gt;Helen Humphreys&lt;br /&gt;traduit de l'anglais par Louis Tremblay et André Gagnon&lt;br /&gt;Éditions Hurtubise, Montréal, 2010, 240 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-2607022890793443246?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/2607022890793443246/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/05/une-nuit-anglaise-apocalyptique-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2607022890793443246'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/2607022890793443246'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/05/une-nuit-anglaise-apocalyptique-12.html' title='Une nuit anglaise apocalyptique *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/TAOrtU2XJ-I/AAAAAAAAAhU/9XiRshXyu3o/s72-c/Coventry.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8222367792977706163</id><published>2010-05-10T08:34:00.004-04:00</published><updated>2010-05-11T09:03:01.904-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Les états d'âme d'un psychiatre *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S-f9ieUnINI/AAAAAAAAAhM/JHsEj24B1KQ/s1600/lesmemoiresdudocteur.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S-f9ieUnINI/AAAAAAAAAhM/JHsEj24B1KQ/s200/lesmemoiresdudocteur.jpg" width="115" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Après avoir pris les transports en commun, on se questionne sur la pertinence des gens à bousculer les passagers. Plus loin, nous nous étions retrouvés sur le quai du métro à attendre la prochaine rame. Ce fut pareil pour l'autobus... Pourquoi tant de précipitation inconsciente, pour ne pas dire tant d'angoisse à gérer ? La vie demande-t-elle que nous courions délibérément vers sa fin ultime ? Avant cette phase définitive, il y a des distractions à savourer, comme lire le dernier bouquin de Vincent Thibault, &lt;i&gt;Les mémoires du docteur Wilkinson.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a redécouvert dans ces cinq récits le style flamboyant du livre &lt;i&gt;Le Secret Fardeau de Munch, &lt;/i&gt;signé Vincent Thibault, dont on avait dit grand bien au moment de sa parution. Du mystère, de l'humour, de la générosité englobent les déboires d'un psychiatre qui redoute de prendre sa retraite. L'appréhension de la solitude à venir le taraude d'où l'entrée en matière d'une chronologie à la fois empreinte de réalité et de fiction. Comme si de se situer dans le temps et l'espace donnait un sens plus véridique à ses propos. Particularité propre à l'auteur incitant le lecteur à se laisser emporter vers des voies personnelles. D'en tirer ce qui lui convient pour la suite de sa lecture. Ainsi, la première nouvelle s'ouvre-t-elle sur une solitude partagée avec un patient récalcitrant, mettant en doute les pratiques du docteur Wilkinson que depuis des décennies, de connivence avec le pharmacien, il exerce sur des malades conciliants. Le patient en question se montre rébarbatif, telle une conscience prête à se rebiffer. Le docteur Wilkinson n'aura pourtant qu'un regret, celui de ne plus revoir « jamais cet homme. » Il se trompe, car il reviendra deux fois : d'abord en chair et en os, ensuite par le truchement d'une lettre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le deuxième récit, &lt;i&gt;Le Vol de la mouche,&lt;/i&gt; on entre de plain-pied dans la retraite du docteur Wilkinson. Pour déjouer son ennui et sa fatigue, il a décidé d'écrire ses mémoires, plus exactement de narrer des aventures survenues au long de l'exercice de sa profession. Ici, l'histoire s'avère policière, minutieusement psychologique. Une jeune femme, Sally, s'éprend d'un vil séducteur qui, évidemment, l'abandonnera avant de disparaître. Entre en scène le frère de Sally qui à son tour disparaît. Chassé-croisé entre les deux hommes, entre Sally et le docteur. Ce dernier finit par cesser toute agitation physique et, grâce à une mouche sur la chevelure de Sally, plus tard, à la taverne — l'histoire se déroule en 1942 —, « sur un vieux journal au coin du comptoir », « tout s'emboîta presque magiquement et les preuves ne furent pas difficiles à réunir. » Moralité : la jalousie transforme aveuglément le plus innocent d'entre nous...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un alligator fera les frais de la troisième histoire. Le reptile se tient coi dans le salon, effraie les gens quand ils rentrent chez eux « au retour d'une partie de bridge [...] ». En plus, ces affreuses bêtes vident les coffres à bijoux : l'une d'elles porte un collier de perles autour du cou. Kodjo, le sorcier du village — nous sommes au Togo —, sera accusé d'user d'un sordide pouvoir : celui d'hypnotiser les reptiles. Il se réfugiera chez le docteur, lui-même victime de l'intrusion d'un alligator dans sa salle de bains, le suppliant de prendre l'affaire en mains après lui avoir raconté qu'un couple allait se venger de la mort de leur fillette soi-disant occasionnée par l'inefficacité de ses amulettes. Quand la vérité finira par éclater, nous mesurerons combien il est facile de berner les gens...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les troisième et quatrième histoires se partagent entre l'innocence puérile et la crédulité absurde d'un homme en mal de sauver ses semblables. En premier lieu d'une maison présumée close puis d'un « brigand » au cœur tendre. Le docteur Wilkinson se fera l'apôtre de sentiments grandiloquents, démodés de nos jours. L'honneur chevaleresque, l'honneur de l'estime de soi et des autres. Le dernier récit, écrit par le père de l'auteur, Jacques Thibault, relate cinquante ans plus tard les mésaventures d'un jeune homme durant l'été 1919. Accueilli par des amis de ses parents, dans l'Isère, il s'émerveillera du site qui l'entoure, l'embellissant d'îles inventées, comme celle du comte de Monte-Cristo. Il découvrira dans la chambre du fils de ses hôtes, des disques d'une musique nouvelle en vogue dans les « boîtes parisiennes » : le &lt;i&gt;jazz. &lt;/i&gt;Histoire à la fois touchante et cruelle, digne d'un adolescent de l'époque. Le vernisseur, confident de son remords, ne lui dira-t-il pas qu'il est douloureux de devenir un homme... Le contexte situationnel&amp;nbsp; voulait que les étapes de l'existence d'un humain puisent leurs sources dans l'échec d'expériences naïves mais rédemptrices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Menés par une écriture maîtrisée, ces récits constamment nous font sourire, nous enchantent. Se regroupent des acteurs désignés par leur profession : le banquier, bien que celui-ci apparaisse parfois sous l'appellation amicale du « vieux Harry », le tavernier, le pharmacien, le maire, les clients du tavernier, ceux du banquier. Tous jouent un rôle déterminant, montant chacun à son tour sur les planches imaginaires d'un théâtre dressé par le docteur Wilkilson. Ne devrait-on pas plutôt mentionner un cirque ? En filigrane se profile le père Anton Moore qui, de temps à autre, intervient sous la plume inspirée de l'auteur. Verve intarissable de Vincent Thibault, effets de style brillants qu'il distille à ses personnages, laissant de côté le sérieux d'anecdotes pour le moins cocasses, ne retenant que la fantaisie de trames souvent loufoques. On n'a qu'un vœu à formuler : souhaiter la bienvenue au docteur Wilkinson dans la littérature québécoise !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les mémoires du docteur Wilkinson, &lt;/i&gt;Vincent Thibault&lt;br /&gt;Les éditions de la Pleine Lune, collection « PLUME »&lt;br /&gt;Lachine, 2010, 138 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8222367792977706163?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8222367792977706163/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/05/les-etats-dame-dun-psychiatre-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8222367792977706163'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8222367792977706163'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/05/les-etats-dame-dun-psychiatre-12.html' title='Les états d&apos;âme d&apos;un psychiatre *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S-f9ieUnINI/AAAAAAAAAhM/JHsEj24B1KQ/s72-c/lesmemoiresdudocteur.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-827134578987531276</id><published>2010-05-03T07:42:00.001-04:00</published><updated>2010-05-03T07:42:34.730-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Comme des mains impuissantes *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S961cyDlg2I/AAAAAAAAAg0/G6s_im3BDDo/s1600/cellequimanque.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S961cyDlg2I/AAAAAAAAAg0/G6s_im3BDDo/s200/cellequimanque.jpg" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On lit, on entend tellement d'atrocités sur le monde dans lequel nous vivons, qu'il est reposant de se préserver de tout séisme humain. Pour ce faire, on écoute George Gershwin, on fréquente les musées, on se réfugie dans des livres qui en valent la peine. Ainsi, les nouvelles du premier recueil de Camille Allaire, intitulé &lt;i&gt;Celle qui manque,&lt;/i&gt; nous persuadent, une fois encore, de l'extrême vulnérabilité de l'être humain. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Textes sensibles, comme des mains serrant un objet fragile. Ils décrivent en deux ou trois pages des instants de vie douloureux, essoufflant chaque personnage lorsqu'il lui faut écarter l'idée d'un malheur possible. Cela ne dure pas longtemps, mais suffisamment pour que les êtres apprivoisés échappent à celui ou celle qui raconte. La nouvelle éponyme, &lt;i&gt;Celle qui manque, &lt;/i&gt;donne la parole à une galeriste ; elle se souvient de sa mère en préparant une exposition sur son œuvre. Dans la même veine, nous suivons Gabrielle jusqu'à &lt;i&gt;Barcelone&lt;/i&gt;, partie à la recherche de son père. Elle se questionne sur le déroulement de leur première rencontre. Plus loin, une jeune femme désemparée par l'indifférence de ses semblables se croit inutile dans la société qu'elle fréquente. Un seul regard d'intelligence lui procurerait quelque importance. L'éternel conflit mère-fille se ligue &lt;i&gt;Contre Linda.&lt;/i&gt; On ne saurait nommer toutes les tentatives que déploient les protagonistes pour éviter la noyade. Les expériences acquises, ces " choses de la vie " agréables mais qui, selon les événements, tournent au cauchemar. Une narratrice « dévastée, dévastée, dévastée », se rappelle le bonheur qu'elle a vécu avec un homme, qui soudainement l'a quittée sans autre forme d'explication que la venue d'une femme bousculant l'ordinaire d'années trop tranquilles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce patchwork de nouvelles, nous ébahit l'habileté de Camille Allaire à dépeindre les affres d'hommes et de femmes blessés par une flèche empoisonnée, telle une balle perdue tuant un innocent. L'art de la synthèse habite l'auteure en même temps que d'heureuses trouvailles poétiques adoucissent le sort peu enviable des acteurs qu'elle met en scène. On a aimé que le texte &lt;i&gt;Deux ou trois livres&lt;/i&gt; soulage la blessure du narrateur qui, à la suite d'une rupture, déménage, abandonnant une imposante bibliothèque. Détachement des objets quand un pétale de l'existence tombe et fane. &lt;i&gt;La tristesse qui nous sépare &lt;/i&gt;nous amène au chevet d'une vieille femme que veille sa petite-fille. Celle-ci imagine la jeunesse rebelle de sa grand-mère voguant par delà les mers, pour rejoindre son amant. Un voilier miniature l'accompagnera dans sa mission périlleuse. &lt;i&gt;Entre tes lèvres et les miennes, &lt;/i&gt;dénonce les réflexions amères d'une jeune femme qui n'en peut plus de rencontrer un ami de qui elle est amoureuse. &lt;i&gt;Brusquement &lt;/i&gt;ou le geste fatal d'un homme qui a failli commettre un crime sur la femme aimée. Les couleurs se sont emmêlées jusqu'à devenir rouge sang dans sa tête lorsque « tout a explosé. » Plusieurs textes, évoqués d'une manière subtile, laissent le choix au lecteur d'envisager une issue qui lui serait personnelle, peut-être plus paisible. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au hasard des pages, on s'est arrêté sur les errances de personnages en proie à des tremblements stupéfiés. Comment tolérer le désordre existentiel, et surtout s'en remettre, quand des calamités sordides submergent un quotidien lisse comme une plage de sable blond ? Tôt ou tard, la plage se transforme en un désert hostile où grouillent des bêtes reptiliennes, symbole du malheur risquant de nous abattre. Les nouvelles de Camille Allaire suscitent des mirages trompeurs dans l'âme&amp;nbsp; d'individus déstabilisés, les condamnant aux tourments après les avoir sevrés de bonheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est un superbe premier recueil que nous offre Camille Allaire. Écrits avec des mots simples, composés de courtes phrases, ces textes concis rassemblent des situations tellement humaines que leur réalité déconcerte. Si la magie empruntée à la fiction donne au recueil force et assurance, la part imaginaire n'empiète jamais sur les interrogations que, l'air de ne pas y toucher, l'auteure pose. On souhaite que Camille Allaire récidive sans tarder, en sachant combien l'art de la nouvelle se tresse de mots essentiels, de pages nourries du talent, plus que prometteur, d'une auteure qui n'en est pas à ses premières armes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Celle qui manque, &lt;/i&gt;Camille Allaire&lt;br /&gt;Éditions Triptyque, Montréal, 2010, 96 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-827134578987531276?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/827134578987531276/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/05/comme-des-mains-impuissantes-12.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/827134578987531276'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/827134578987531276'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/05/comme-des-mains-impuissantes-12.html' title='Comme des mains impuissantes *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S961cyDlg2I/AAAAAAAAAg0/G6s_im3BDDo/s72-c/cellequimanque.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8236481990846474625</id><published>2010-04-26T08:57:00.000-04:00</published><updated>2010-04-26T08:57:41.943-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Une île en faillite *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S9WNtRPPTGI/AAAAAAAAAgs/PLLeO8hyMkk/s1600/cristallisation-ogawa-158x300.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S9WNtRPPTGI/AAAAAAAAAgs/PLLeO8hyMkk/s200/cristallisation-ogawa-158x300.jpg" width="105" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On a beau scruter quelques feuilles mortes, résidus de l'automne dernier, contempler des brins d'herbe vert céladon, le jeune marronnier en pleine sève, rien ne semble suspect : les indices d'un printemps précoce ne mentent pas, ils se rassemblent, nous demandent de leur faire confiance. La chatte, en accord avec les odeurs de la terre, dédaigne d'alimenter notre méfiance. On se résoud aux promesses de la nature, on s'assied au soleil, un roman de Yoko Ogawa entre les mains. Il y est question d'une île en hiver, d'une &lt;i&gt;Cristallisation secrète.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amnésie collective, régime totalitaire, anéantissement d'une île et de ses insulaires, tels sont les thèmes récurrents du roman de Yoko Ogawa. Publié en 1994 au Japon, en France et au Québec en 2009, il nous transporte d'emblée vers une jeune narratrice, romancière de son état. Avec un fatalisme triste et désenchanté, elle se souvient de sa mère, sculpteure, qui dissimulait des petites choses dans les tiroirs d'une commode. La fillette est invitée à les ouvrir pour en retirer quelque trésor : un ruban, un grelot, une émeraude, un timbre, plus tard, un parfum. Nous comprenons que cette femme agit ainsi pour que sa fille se souvienne des objets qui, à une époque révolue, ont signifié beaucoup pour elle et, surtout, pour que la mémoire de celle-ci ne les efface pas. Arrêtée par la police secrète, la mère ne quittera plus le cœur abîmé de la narratrice : sans aucune émotion, elle nous fera part des prochaines pertes qui assombriront sa vie d'adulte. Ce sont d'abord les oiseaux, puis les roses, les photographies, les graines... Autant de disparitions manigancées par les traqueurs de souvenirs, sbires impitoyables de la police secrète. Camouflée sous la neige, l'île perd de sa consistance, les habitants, tétanisés par la peur, ne se souviennent plus ni des oiseaux, ni des roses, ni des photographies. Mémoires blanches symbolisées par l'opacité du paysage, parfois par la mer dès qu'un personnage se rappelle un détail heureux de la vie d'avant la tenue d'un pouvoir dictatorial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autour de la narratrice, se meuvent le grand-père, mari de sa nourrice, autrefois mécanicien sur le ferry. « Plus personne ne peut y monter pour aller quelque part. » Maintenant à la retraite, le grand-père vit « tout seul à bord. » Il y a aussi son éditeur, R, menacé, qu'elle cachera dans une chambre secrète de sa maison. Peu de personnages habitent le roman, mais un tel foisonnement de souvenirs obsédants le parcourent que l'impression d'une foule en mouvement ne cesse d'envahir les pages. Illusion due au talent de l'auteure, l'action, en relief, parfois, en filigrane, étouffée par la neige, rythmée par le bruit des vagues, s'amplifie chaque fois qu'un événement insolite mobilise les gens hors de chez eux, gangrenant leur semblant de vie.&amp;nbsp; Des camions bâchés sillonnent les rues, des hommes en « veste et pantalon vert foncé [...], leur arme à moitié dissimulée au creux de la hanche » s'engouffrent dans des maisons, en ressortent avec des gens vaincus par la terreur. Des spectateurs horrifiés assistent à ces démonstrations de force, la mémoire et le cœur à bout de souffle...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En parallèle, la narratrice écrit son prochain roman. Une dactylo, sous l'influence d'un curieux professeur, se rend compte que sa machine perd ses lettres avant qu'elle-même perde sa voix. Impuissante et sous le joug du professeur, elle monte, muette, dans la pièce du clocher de l'église. L'histoire du roman en cours n'est pas vaine et renferme des correspondances entre le grand-père, l'éditeur, la mère. Tous les trois ont capté des souvenirs impossibles à oublier, dernier refuge confortable pour la jeune femme qui, elle, à l'inverse des personnes aimées, se défait volontairement des objets perdus, devenus inutiles. L'amour qu'elle leur porte se teinte davantage d'un espoir nostalgique, enrayant ses peurs, que de sentiments nourris d'une atmosphère sereine. Comme la mémoire et les corps, une rupture s'installe entre le passé et l'avenir qu'elle devine chez des dissidents protégés dans des cachettes qui, eux, ont encore le courage et la force de revenir vers l'extérieur, les traqueurs de mémoire n'intervenant plus, croyant avoir saccagé l'île et les insulaires...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous est impossible de lire ce grand roman engagé sans songer à certains pays asiatiques soumis à un régime totalitaire. À leur population impuissante, persécutée par les roueries prévisibles de leurs tyrans. L'écriture, à la fois simple et ronde, enrobée de mots essentiels, stigmatisée de touches poétiques, comme savent les concocter brillamment les écrivains japonais — on pense à Aki Shimazaki —, la poésie garante d'une sagesse plusieurs fois millénaire qui, à travers les pires drames, soulève une aura de patience, de déchirement, de subtilité fantastique. Yoko Ogawa, dont on connaît une partie de l'œuvre, signe un roman riche, aux allusions troublantes, oppressées par le poids de la neige, du silence feutré qu'entretiennent les bourreaux et les victimes entre eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Cristallisation secrète, &lt;/i&gt;Yoko Ogawa&lt;br /&gt;traduit du japonais par Rose-Marie Makino&lt;br /&gt;Actes Sud / Leméac, Arles, Montréal, 2009, 345 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8236481990846474625?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8236481990846474625/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/04/une-ile-en-faillite-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8236481990846474625'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8236481990846474625'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/04/une-ile-en-faillite-12.html' title='Une île en faillite *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S9WNtRPPTGI/AAAAAAAAAgs/PLLeO8hyMkk/s72-c/cristallisation-ogawa-158x300.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-4680342153290742482</id><published>2010-04-12T08:30:00.002-04:00</published><updated>2010-04-12T15:34:37.147-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Histoire d'un membre intime  ! ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S8MSTB44pnI/AAAAAAAAAgk/SD57A2_bufk/s1600/15715.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S8MSTB44pnI/AAAAAAAAAgk/SD57A2_bufk/s200/15715.jpg" width="129" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Si les vacances estivales se pointaient à l'horizon, on recommanderait la lecture d'un roman qui nous a fait sourire... Après avoir parlé de livres graves et réfléchis, il est plaisant de flâner au soleil, un bouquin divertissant serré entre les doigts. Avril nous permet enfin de savourer le printemps qui nous assure de la longueur de ses journées, de ses promesses de chaleur, assise à une terrasse, les pages du roman qui nous a fait sourire voletant dans la brise. On nomme &lt;i&gt;Belle-Bite le hobo, À la poursuite de Jonas 1, &lt;/i&gt;signé Hector Vigo, patronyme Guy Genest.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le roman s'ouvre sur l'itinérant Jonas qui, de passage à Québec, arpente la ville qu'il ne connaît pas, une nuit de froid intense. Il s'arrête pour vider sa vessie sans savoir que, proche de lui, se tient l'itinérante Betty-la-Bombe, « blottie dans une encoignure sous un amoncellement de papier journal ». En admirant le « biblique organe » de Jonas, elle se jure d'en retrouver le propriétaire, alors que lui a déguerpi, s'enfonçant dans la nuit glaciale. À partir du membre convoité, toutes sortes de tribulations cocasses feront s'entrecroiser une magistrale poignée d'individus, évoluant dans une société de rats réfugiés dans les égouts de Québec. Il est troublant de penser que sous nos pieds, une vie secrète détient ses propres lois, sa faune souterraine fomentant de cruelles revanches. Nous connaissons le trafic assourdissant des égouts de New York, mais que des humains s'activent avec une multitude de rats dans les bas-fonds fétides de Québec incite le lecteur à poursuivre l'histoire captivante d'hommes et de femmes, dont le but disparate les rassemble dans la cave du Conseil, pour se confronter durement à leurs dangereux dilemmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jonas, alias Belle-Bite, surnommé ainsi par Betty-la-Bombe, prisonnier d'un groupe de rats dirigé par le Grand Bernie, le Roi des rats, doit être livré au Polonais Vladimir le Borgne, un homme monstrueux au visage défoncé lors d'une attaque de malfrats, à Saint-Diego. Il est convaincu que Jonas a été témoin de sa maltraitance sans intervenir auprès de ses tortionnaires. De son côté, Betty-la-Bombe, persuadé que Jonas s'est engouffré dans les égouts, part à sa recherche avec ses deux amies, Piment et Roxy, itinérantes comme elle. Il y a aussi la Brigade des égouts qui extermine les rats, ceux-ci n'hésitant pas à tuer les agents de ladite Brigade pour se nourrir. La population compte sur le lieutenant Vincent Bouillon et ses hommes pour « juguler l'infecte menace que la prolifération des rats faisait peser sur tous [...] »&amp;nbsp; Soupçonneux, les uns et les autres qui cheminent dans les « intestins nauséabonds de la ville », iront de surprise en surprise. Toutefois, aucune moralité n'est à tirer de cette fable gigantesque, la conclusion échappant à une finalité probable. L'auteur, Hector Vigo, intervenant parfois dans l'action, tel un témoin voyeur, complice des décisions farfelues ou irrationnelles de ses personnages, n'a pas jugé utile de s'arrêter en si bon chemin. La déroute causée par des faits survenus inopinément, entraîne Jonas, Betty-la-Bombe, Vladimir le Borgne, Vincent Bouillon et ses acolytes, dans des échappatoires qui vaudront au lecteur la description jouissive de péripéties burlesques... Au passage du terrible ouragan humain qui a chassé plusieurs intrus hors des égouts, le massacre des rats a été inévitable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, ne nous y trompons pas. Derrière ces rencontres inaccoutumées de rats et d'humains combattant pour ne pas périr, se dissimulent des vérités que l'auteur glisse intentionnellement. D'ailleurs, quelques-uns des protagonistes et les rats n'ont-ils pas un langage commun, l'un des points forts du roman. Ceux et celles qui communiquent avec les muridés privilégient une part d'innocence dissimulée en eux. Jonas n'a-t-il pas toujours fui pour échapper à ses grands-parents qui « la nuit, s'adonnaient à leurs cochonneries sans plus s'occuper de lui. » ? Ces derniers ont recueilli l'enfant « quand ses parents étaient morts dans l'incendie de leur maison. » Prisonnier du Grand Bernie, surveillé par une troupe de rats vindicatifs, des souvenirs de sa triste enfance renaîtront à ses dépens. Ce qui lui permettra de renouer avec une force mentale qu'il pensait perdue, de ressentir des désirs sexuels qu'il a rarement assouvis. Au fur et à mesure que les acteurs creusent leur propre drame, des fragments du passé surgissent, remettant en cause ce qu'ils sont devenus, pour la plupart, suspicieux, gonflés de hargne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, une question se pose. Comment aurait été perçu ce roman au langage cru, qu'on a évité de reproduire ici, dédié entre autres à la regrettée Gabrielle Gourdeau, s'il avait été rédigé par une femme ? On salue le courage de Josée Bonneville, nouvelle directrice littéraire de chez XYZ, d'avoir publié tel quel cet ouvrage. N'ignorant point les insolences verbales de Gabrielle Gourdeau, qui, malheureusement, ont desservi son œuvre, on doute encore de l'évolution des mœurs langagières quand il s'agit de promulguer un livre aux accents sulfureux écrit au féminin. En attendant une réponse favorable à notre question épineuse, régalons-nous des intrigues désopilantes, manigancées habilement par Hector Vigo. Savoureuses, crédibles malgré l'inusité du sujet, elles sont dépeintes sans prétention. Une fable délectable dont on attend avec patience le tome 2, titré &lt;i&gt;Les malheurs de Siphon&lt;/i&gt;, (bonjour, comtesse de Ségur !) peut-être au printemps prochain...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Belle-Bite le hobo. À la poursuite de Jonas 1, &lt;/i&gt;Hector Vigo&lt;br /&gt;Les éditions XYZ inc. Montréal, 2010, 220 pages&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-4680342153290742482?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/4680342153290742482/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/04/histoire-dun-membre-intime.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4680342153290742482'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/4680342153290742482'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/04/histoire-dun-membre-intime.html' title='Histoire d&apos;un membre intime  ! ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S8MSTB44pnI/AAAAAAAAAgk/SD57A2_bufk/s72-c/15715.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-5158947884661891590</id><published>2010-03-29T08:20:00.002-04:00</published><updated>2010-03-29T15:11:56.426-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='essai'/><title type='text'>Croire en Dieu sans aucun doute *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S7CbBPTcdxI/AAAAAAAAAgc/7zjf8x1h0Mg/s1600/63156.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S7CbBPTcdxI/AAAAAAAAAgc/7zjf8x1h0Mg/s200/63156.jpg" width="110" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Que dire des nouvelles mondiales qui prennent possession du peu de temps dont nous disposons. Les journaux et la télé nous informent du pire ; rarement, le bien auquel contribuent des hommes et des femmes ne fait l'objet d'une mention spéciale. Est-ce utile de nous rebattre les oreilles des méfaits de nos semblables ? Depuis longtemps, grandes et petites guerres se perpétuent sans que nous en tirions une leçon. Dieu nous aurait-il oubliés ? Allons voir ce qu'il en est dans l'essai d'Alain Gagnon, &lt;i&gt;Propos pour Jacob.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En introduction, un narrateur confie à son petit-fils ce qu'il lui léguera à sa mort : des réflexions personnelles, des questionnements spirituels traitant de l'existence de Dieu. Ce même narrateur prévient Jacob qu'il s'avancera « à pas prudents de loup » dans « l'ampleur du sujet » qu'il prétend connaître. Celui du monde tel qu'il est, mais aussi dans l'univers d'un dieu qui sommeillerait en nous, soit le sacré qui nous différencie du règne minéral, végétal, animal. Tout d'abord, Alain Gagnon affirme que l'Esprit est « un, sans temps ni lieu. » Impérieux, il souffle, se réverbère au centre de toutes les philosophies. Dépourvues de cet esprit universel, nombre d'œuvres auraient avorté : poésie, littérature, peinture, architecture, la nature s'appliquant à nous démontrer la perfection de la fleur la plus humble. Faut-il responsabiliser Dieu d'un semblable et grandiose dessein ? Ne nourrit-on pas aujourd'hui un brin de lassitude, quand rabâchant à souhait les causes de malheurs superposés les uns sur les autres, nos oreilles et nos yeux se ferment ? Dieu n'est-il pas désespéré de devoir tout reconstruire, contemplant le monde usé plutôt qu'existant mal, comme le suggère l'auteur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On admire Alain Gagnon d'attester sans faillir l'existence de Dieu. Les exemples théoriques ou concrets se multiplient que nous ne pouvons mettre en doute. Pourtant, n'appartient-il pas à chacun d'interpréter " l'aspiration vers l'infini " tel un phénomène scientifique, logique et intelligent, une volonté naturelle complexe et moins crédule ? N'est-ce point devenir l'égal de Dieu en se faisant complice de ses créations ? En soi, ne sommes-nous pas des dieux par le fait même de combattre dans un maelström essoufflant une destinée qui nous a été transmise, pour que nous la menions du mieux possible ? Ne sommes-nous pas, à l'image de Dieu, le « Sacakoua » du début de l'univers ? En quoi Dieu et ses créatures ont-ils changé ? Plusieurs mythes nous apprennent que des rebellions se sont produites avant que Dieu entreprenne sa tâche ; on pense aux faux prophètes qui, en leur temps, ont juré être les sauveurs de l'humanité avant que Jésus se sacrifie pour elle. Que de brumes idéalistes et fascinantes suggérées par Alain Gagnon ; tant de légendes préhistoriques sont ancrées dans nos consciences, imprégnant l'innommable en nous, défiant nos peurs, nos forces. Notre conscience propre au règne hominal, celle qui nous est étrangère, peut-elle être gouvernée par des anges ou des démons, exilés que nous sommes dans un « univers auquel nous nous adaptons de par notre nature animale [...] » ?&amp;nbsp; Que penser des atrocités que l'homme a mis sur pied pour exterminer ses frères&amp;nbsp; ? Où intervient le divin cosmique quand il s'agit d'exploiter la misère des innocents, ceux et celles qui ne savent se défendre contre des hommes de mauvaise volonté ? Peut-on demander aux démunis de vaincre la souffrance et la peur pour devenir Dieu ? L'Être divin serait-il sélectif ? Le péché originel nous aurait-il départagés ? Les martyrs s'abandonnant au dogme chrétien — et l'ignorant — lors de spectacles sanguinaires se présentaient-ils déjà comme des hommes nouveaux, une vision béatifique exaltant leur indéfectible croyance ? Le christianisme n'est-il pas né de ces affres, d'un enivrement céleste, répliqueront les irréductibles de la Foi.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le livre, car c'en est un où l'amour du divin l'emporte sur la pauvreté morale, intellectuelle de l'homme, foisonne de références qui ont guidé Alain Gagnon vers des ancrages resplendissants. Nos interrogations tumultueuses sont prises en main par l'auteur, serein et grave. La Joie de croire en Dieu s'avère la force suprême de l'ouvrage, louant « l'homme intérieur » que nous devons chercher au détriment du « vieil homme ». On a aimé que Gagnon multiplie ses approches, citant Nicodème, Paul de Tarse, Maître Eckhart, Sri Aurobindo, l'empereur Marc-Aurèle, définissant ainsi nos diverses consciences à travers des paraboles de Jésus. Mais Dieu est-il accessible à tous, sa parole à Lui se répercutant « par images et impressions [...] » indicibles. Il serait impossible de répertorier les axiomes philosophiques que propose l'auteur, l'œuvre se révélant riche, extrêmement réfléchie. Il suffit de s'acheminer intérieurement vers une éthique embellie d'une « vraie » liberté, ce que recommande l'auteur à son petit-fils. L'humain ne se révèle-t-il pas le véritable sujet et mystère de cet essai érudit, inclassable ? &lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour clore ces éloquents propos, &lt;i&gt;99 bouts de papier&lt;/i&gt;, sous forme d'aphorismes, vagabondent spontanément d'une pensée à une autre. Ils sont là, témoignant d'une angoissante lucidité, nous obligeant parfois à nous interroger sur la nécessité de vivre, de parcourir en trébuchant une courte distance heurtant nos certitudes, nos hésitations. Il n'empêche qu'en fermant ce livre, et malgré la beauté spirituelle du texte, la sincérité absolue de l'auteur, nous ne sommes sûrs de rien, surtout pas de l'existence d'une entité désincarnée, pétrissant, telle la glaise, la chair périssable de l'humain. Le génie de l'homme, selon Nietzsche, n'est-il pas d'être " humain, trop humain ", donc imparfait. À défaut de croire en Dieu, croyons en la parole persuasive d'Alain Gagnon, lui aussi, trop humain !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Propos pour Jacob, &lt;/i&gt;Alain Gagnon&lt;br /&gt;Les Éditions de la grenouille bleue, Montréal, 2010, 122 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-5158947884661891590?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/5158947884661891590/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/03/croire-en-dieu-sans-aucun-doute-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5158947884661891590'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5158947884661891590'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/03/croire-en-dieu-sans-aucun-doute-12.html' title='Croire en Dieu sans aucun doute *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S7CbBPTcdxI/AAAAAAAAAgc/7zjf8x1h0Mg/s72-c/63156.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-49651740564163520</id><published>2010-03-22T08:32:00.000-04:00</published><updated>2010-03-22T08:32:00.813-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Récits'/><title type='text'>Quatre hommes en débandade *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S6djI0TAFUI/AAAAAAAAAgU/X7YDhDlr9EM/s1600-h/lesanneestennis.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S6djI0TAFUI/AAAAAAAAAgU/X7YDhDlr9EM/s200/lesanneestennis.jpg" width="108" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Le temps de feuilleter un livre, d'en lire quelques pages, on se rend compte que le fond de l'air contient des senteurs que seul le printemps possède. Un retour à la vie pour tous ceux qui souffrent, une source d'énergie pour ceux qui en ont besoin. En attendant ces effets tonifiants sur la misère du monde, on parle des récits de Normand Corbeil, &lt;i&gt;Les années-tennis.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quatre récits qui appartiennent au temps de la jeunesse, synonymes des années-tennis. Nous savons que les grands champions de ce noble sport sont jeunes et qu'au delà de la trentaine, déclinent leur fougue, leur vivacité. &lt;span style="color: black;"&gt;Ainsi, les protagonistes parcourant les récits de Normand Corbeil prennent-ils le tennis comme point de ralliement pour se raconter ou relater les déboires inavoués de leurs &lt;/span&gt;partenaires et amis. Ils ont été jeunes, ont joué ensemble de fabuleuses parties, se sont renvoyé des balles tant sur les courts que dans leur existence. Michel se souvient chaleureusement de Pierre-Robert Wilson, dit Bob, qui a disparu. Les deux hommes se sont fréquentés « une bonne quinzaine d'années » mais la vie les a séparés, comme elle a dispersé, après les années quatre-vingt, leur groupe de tennis. Tous avaient dans la trentaine, « Borg et McEnroe fascinaient la planète [...] » Nous devons ce récit intense au sergent M. qui enquête sur la disparition de la bicyclette de la fille de Michel ! De fil en aiguille, la conversation s'engage sur le parcours des uns et des autres jusqu'au moment où le sergent M. interroge Michel sur la disparition de Pierre-Robert Wilson que personne n'a vraiment connu. Alors, déboule une histoire édifiante, remplie d'une tendresse nostalgique pour un homme que la peur de vieillir tenaille. Quand sa femme le quittera pour un voyage indéterminé avec une amie, il ne se remettra pas de ce dernier avatar. Il étouffera sa douleur derrière un double subterfuge, procédé qu'il utilisait habilement envers ses partenaires de tennis... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le deuxième récit donne la parole à Arnold, autre joueur passionné des années quatre-vingt. Il s'apprête à partir en vacances en Europe, à quitter pour un mois son appartement et ses amis, dont une certaine Gisèle avec qui il a ébauché une liaison. À mesure que s'écoule le temps, l'angoisse le taraude ; Arnold réalise qu'il n'a aucune raison, ni envie, de s'éloigner de sa ville. Nulle part le passé surgira, ce sera le vide, le creux qu'éprouve celui qui a abandonné ses racines. Un mois pendant lequel les années-tennis occuperont l'espace touristique. Les habitudes fabriquent autour du corps d'Arnold une toile d'araignée qui le protège mal des décalages rythmant ses constants combats. « Une habitude, c'est un pli cosmique. » Cauchemars nocturnes et diurnes, réflexions existentielles qu'il ressasse, ne se donnant pas la peine d'ouvrir les yeux sur Nice : il « s'ennuie de ce qui est si près qu'on ne le voit plus. » Vacances ratées, vacances aveugles, tel un mur dressé devant un avenir improbable. Pour enrayer son anxiété, alléger ses phobies, il écrira dans un cahier d'écolier de courtes anecdotes. Funambule éveillé, il traîne sa solitude amère au centre de paysages que son esprit survolté embrume, frôle des hommes et des femmes qui, eux, ne le voient pas, Arnold empruntant l'allure révoltée d'un exilé incompris...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les troisième et quatrième récits dépeignent deux hommes aux antipodes l'un de l'autre. Bernard décrit son beau-père, Henri, homme à la fois secret et débonnaire, qui, derrière une formidable pudeur, dissimule une grave maladie du cœur dont il mourra. Bernard et Henri ont joué au tennis ensemble, bien que ce dernier fût un joueur médiocre. Les filles d'Henri subjuguent les deux hommes même si l'une d'elles, Viviane, est l'épouse du narrateur. Enfants, elles ont été rompues à la danse, leur gestuelle en a gardé une langueur sensuelle. À l'agonie, ce sont leurs jambes nues qu'Henri voudra revoir... Le dernier récit met en scène Pascal, joueur de tennis du groupe. Narcissique à outrance, il ne doute pas de l'effet qu'il produit sur ses partenaires ou ses amis. Pascal se sent parfaitement à l'aise dans l'ère de l'image qui étale sa magie un peu partout. Rien ni personne ne le menace, croit-il, jusqu'au jour où il fera la connaissance d'Édouard, « le plus que parfait ». Subjugué, Pascal le décrira avec les yeux du cœur, ces yeux incapables d'objectivité ; tous deux joueront au chat et à la souris, philosophant sur la manière d'être et de voir, échange où excelle Édouard, laissant Pascal pantelant. Il faudra qu'un incident déclenche une alarme dans la tête de celui-ci pour qu'il retrouve ses esprits. Étrange match de tennis et complicité avortée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Profitant de narrer magnifiquement l'histoire de quatre hommes hantés par leur jeunesse égarée, Normand Corbeil glisse entre chaque ligne une pensée philosophique sur la condition de l'être humain, sur ses failles et sa profondeur. Sur ses ressources et ses incapacités à regarder la vie en face quand se présentent d'imprévisibles bouleversements, bousculant la fade inertie du quotidien. Tous les quatre incitent leur narrateur à se projeter dans le miroir que l'existence a dressé, pour mieux contempler leurs lacunes. Autant dire que ces matches en simple aboutissent à des matches en double ! Des récits où le point de mire se maintient au niveau élevé du tennis professionnel. On ne regardera plus jouer Roger Federer et ses adversaires avec l'œil néophyte du spectateur parfois un peu désabusé...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les années-tennis, &lt;/i&gt;Normand Corbeil&lt;br /&gt;VLB éditeur, Montréal, 2009, 202 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-49651740564163520?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/49651740564163520/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/03/quatre-hommes-en-debandade-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/49651740564163520'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/49651740564163520'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/03/quatre-hommes-en-debandade-12.html' title='Quatre hommes en débandade *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S6djI0TAFUI/AAAAAAAAAgU/X7YDhDlr9EM/s72-c/lesanneestennis.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3329303338656772017</id><published>2010-03-08T08:54:00.001-05:00</published><updated>2010-03-08T08:57:16.409-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Onze femmes funambules *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S5UBXvvWNKI/AAAAAAAAAgM/p8uDEdqgz7o/s1600-h/incertitudes.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S5UBXvvWNKI/AAAAAAAAAgM/p8uDEdqgz7o/s200/incertitudes.jpg" width="132" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Février n'est plus qu'un souvenir glacé, avalé par la promesse de jours cléments. On s'en réjouit d'autant que le soleil se fait haut, délimitant un invisible point d'horizon signalé par une lumière plus dense, des ombres plus longues... On aime le ciel brouillé de mars, la pluie qui balaie la malpropreté de l'asphalte camouflée sous la neige. Ce renouveau nous incite à nous balader dans la ville puis, au retour, à nous plonger dans la lecture du recueil de nouvelles de Josée Bilodeau, titré &lt;i&gt;Incertitudes.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous entrons dans ces histoires en toute sérénité, nous attendant aux mésaventures de onze femmes inquiètes, comme le mentionne la quatrième de couverture. Or, ce n'est pas simple d'emprunter un tel couloir agrémenté de miroirs où se reflète une femme, composée de dix autres. Un homme, prénommé Gilles, tient la main d'une certaine Sophie, parfois s'en détache pour s'emparer de celle d'autres femmes que Sophie observe en spectatrice blessée. Gilles est un homme pareil à ses semblables : qualités et défauts ordinaires, suffisamment ennuyeux pour que sa partenaire du moment aille voir ailleurs, rêve d'un amoureux autrement séducteur. Ce que fait Sophie dans la nouvelle intitulée &lt;i&gt;Lorsqu'une porte se ferme, ouvrez-en une autre. &lt;/i&gt;Le recueil commence sur une illusion, celle de croire que Gilles aimera Sophie pour le restant de sa vie alors qu'il a « quitté sa femme après l'avoir chérie pendant dix ans [...] » Sophie n'est pas dupe, déjà des failles s'insinuent durant leur aménagement. La première narratrice, qui s'avère l'ombre sororale de Sophie, se promène seule dans un marché mexicain, sur une place colorée, abandonnant son amant à la terrasse d'un café : il fait&amp;nbsp; « la gueule » ! Cependant, angoissée, elle ne peut s'empêcher de le suivre de loin. Une petite toile, &lt;i&gt;La Travesia, &lt;/i&gt;posée sur un chevalet, la fait frissonner, l'étourdissant de ses terrifiantes vérités qu'elle n'ose affronter. Plus tard, nous retrouverons la Travesia dans le regard de Sophie, autre fil conducteur de quelques-unes de ces femmes aux prises avec de communs sentiments humains, provoqués par la sottise d'hommes qui ne savent voir plus loin que les apparences... &lt;i&gt;Dans la chambre andalouse, &lt;/i&gt;récit particulièrement apprécié, une femme assiste à une corrida et quand le torero rentre dans l'arène, elle le confond avec son amant. Nous avons droit alors à la véritable corrida qui s'exerce entre une femme et un homme épris l'un de l'autre, que le passage du temps a banalisée. Amante passionnée à l'imagination débridée, amant fatigué des joutes trottant dans la tête essoufflée de son amante. Toutes les figures de la corrida se jouent entre eux jusqu'à la finale inévitable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une nouvelle basée sur la nostalgie nous entraîne dans une gare. Violette y cherche un homme qu'elle a aimé des années plus tôt. Fragilité et lucidité de l'amoureuse qui anticipe l'issue de son infructueuse attente. Une rose rouge, cliché de l'amour déçu et qui, pourtant, « les avait amusés sur le coup [...], se fane à ses pieds. Autre récit significatif de la solitude rongeant une mère de famille recomposée. Elle, son conjoint, les enfants sont dans un train de nuit ; ils rentrent à Lausanne après avoir passé leurs vacances en Suisse. Voulant aller aux toilettes, s'éloignant de wagon en wagon, la narratrice se retrouvera entourée de spectres mouvants, d'ombres malfaisantes qui auront momentanément raison d'elle. Plus nous avançons dans notre lecture, plus un effet de&amp;nbsp; surréalisme envoûtant se crée. Dans &lt;i&gt;Eux, tous les autres,&lt;/i&gt; Sophie prend une fois encore la parole : révoltée, elle nous apprend que Gilles l'a quittée, elle en veut au monde entier. Silence opaque magistralement ressenti et dépeint par Josée Bilodeau, qui tiendra la route jusqu'à la dernière page. &lt;i&gt;Le bébé de Maria &lt;/i&gt;ne manque pas de nous rappeler celui de &lt;i&gt;Rosemary's Baby &lt;/i&gt;évoqué par Sophie et son amant, ami de Gilles et de sa nouvelle compagne. L'étouffement se propage, cruel et ravageur, quand l'auteure met en scène une dernière narratrice ; incapable de se remettre d'une peine d'amour, elle se laisse envahir par un jasmin d'appartement qui, lui aussi, à sa manière, lutte contre l'abandon...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La deuxième moitié du recueil, comme démarquée par une frontière invisible, intensifie ses personnages, leurs actes parfois irrationnels. Les paysages répandent leur lumière estivale, l'air charrie ses fragrances amères et poivrées. Se nouent des rencontres fatales, rarement édifiées sur un quotidien où les choses l'emportent sur de ternes habitudes. Onze femmes repoussent une machinale routine, propre aux gestes coutumiers, à la parole bavarde. Pourtant, elles prennent des risques, mettant en jeu leur existence menacée par la moisissure d'anciennes peurs, de sordides amours qui ne valent pas la peine d'être poursuivies... L'écriture servie par un style particulier, souvent poétique, où des phrases narratives se limitent à un seul mot, tel un hoquet sangloté par des voix empreintes d'une souffrance muette,&amp;nbsp; anime onze récitantes insatisfaites, mais en mesure de faire table rase d'un passé indigne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;/div&gt;Un autre très beau titre de Josée Bilodeau, qu'il faut lire entre ciel et terre sur le point de s'isoler d'une ligne confuse, horizontale, métaphore de vies refusant de se confiner dans une saison cotonneuse, comme tout amour confortable, se rebellant contre des hommes quelconques, abolissant au prix d'efforts surhumains, les conséquences désastreuses de leurs sentiments inconsistants. La moralité veut que chaque femme mobilise les forces qui les soudent les unes aux autres, sans se croire obligées de déclarer une guerre meurtrière à leur partenaire. La plume de Josée Bilodeau fait merveilleusement office d'arme pacifique, joignant l'humour à l'harmonie des mots, étouffant les sons désagréables de l'amour qui s'use, se désagrège. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Incertitudes, &lt;/i&gt;Josée Bilodeau&lt;br /&gt;Québec Amérique, Collection « Littérature d'Amérique »&lt;br /&gt;Montréal, 2010, 136 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3329303338656772017?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3329303338656772017/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/03/onze-femmes-funambules-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3329303338656772017'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3329303338656772017'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/03/onze-femmes-funambules-12.html' title='Onze femmes funambules *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S5UBXvvWNKI/AAAAAAAAAgM/p8uDEdqgz7o/s72-c/incertitudes.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-3138433647057118392</id><published>2010-02-22T08:37:00.000-05:00</published><updated>2010-02-22T08:37:34.655-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Nouvelles'/><title type='text'>Humains, rien qu'humains ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S4KIgx2fQAI/AAAAAAAAAf8/y7Az6wszYrw/s1600-h/89455-307-7.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S4KIgx2fQAI/AAAAAAAAAf8/y7Az6wszYrw/s200/89455-307-7.jpg" width="131" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;Alors qu'on pestait contre le froid intense, une amie nous a fait remarquer qu'en février, autour de son anniversaire, un redoux cicatrisait les blessures des branches causées par les intempéries hivernales ; les écureuils folâtrent, les oiseaux piaillent,&amp;nbsp; claironnant que la froidure décline. Nous armant de patience, on a choisi de lire entre autres bouquins, le recueil de nouvelles de Claudine Paquet, &lt;i&gt;Entends-tu ce que je tais ? &lt;/i&gt;Pour le meilleur, on a voulu répondre à cette question.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous le savons, les nouvelles en tous genres comptent parmi nos plaisirs de lecture. De l'une à l'autre, des univers se composent, parfois meurent. Histoires concises résumant des événements qui, en butte à la longueur du roman, risqueraient d'être&amp;nbsp; ennuyeux. Ces textes dépeignent des travers existentiels, humains, rien qu'humains. Aucune prétention littéraire n'encombre les voix se propageant au long des quelque cent pages ; nous les écoutons raconter leurs chagrins, leurs joies, se cherchant un confident qui resterait là en marge, témoin n'intervenant que par le truchement d'une compassion muette. Les voix se taisant, elles ont remué ce qu'il y a de fragile en nous : une eau agitée par nos réminiscences, se faisant l'écho de celles, éloquentes, énoncées par l'auteure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout recueil de nouvelles étant inégal, on a préféré certains récits, par le fait qu'ils nous touchaient davantage. Se divisant en trois parties, le livre nous interroge avant de nous assurer que les ombres antérieures nous enchaînent aux vicissitudes de l'avenir. Puis, pour nous consoler de divers échecs, Claudine Paquet nous propose l'art comme dernier champ d'espérance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nouvelle qui donne le ton à l'ensemble, sous-titrée &lt;i&gt;Le phare,&lt;/i&gt; met en scène un couple vieillissant se reposant sur une plage. « Allongé confortablement sur un transat », l'homme philosophe sur sa jeunesse perdue, sur celle de sa femme dont le corps n'est plus tout à fait ce qu'il était... &lt;i&gt;Terminus &lt;/i&gt;témoigne de l'adolescence perturbée de Jonathan aux prises avec la drogue.&amp;nbsp; &lt;i&gt;Le plus loin possible &lt;/i&gt;ramène le narrateur à Québec « prison au parfum de désespoir », aux obsèques de son frère, alors qu'il s'est exilé en France quinze ans plus tôt. &lt;i&gt;Masque de cirque &lt;/i&gt;exalte le cri révolté d'une femme contre un homme superficiel et volage qu'elle a profondément aimé.&amp;nbsp; &lt;i&gt;Et si je partais ? &lt;/i&gt;évoque encore une femme qui n'a pas le courage de rompre le quotidien insipide qu'elle partage avec son mari. Plus loin dans le recueil, Claudine Paquet nous rappelle le poids du passé à mesure que nous vieillissons, la place indélébile qu'il occupe dans nos souvenirs de jeunesse — &lt;i&gt;Le Pont-de-Fer — ; &lt;/i&gt;la mort de Lysanne, victime de la tragédie du World Trade Center, narrée par son père, incapable de se remettre de cette &lt;i&gt;Injustice. &lt;/i&gt;Dans &lt;i&gt;Là-bas, &lt;/i&gt;un jeune homme de retour du Rwanda où il a travaillé pendant un an « dans plusieurs camps de réfugiés au sein de l'équipe de la Croix-Rouge »&amp;nbsp; fête Noël dans sa famille au Québec. Le déséquilibre entre l'extrême pauvreté et l'abondance l'agresse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela serait impossible de citer les nombreux textes qui parcourent le livre, en font un objet de papier contenant les regrets, les nostalgies, les bonheurs qui, variablement, gèrent nos humeurs. Se faufile entre chaque histoire, un brin de fantaisie nécessaire à la respiration alourdie par des drames qui ont blessé autrui ou brisé des hommes et des femmes ne demandant qu'une parcelle de bonheur dont chacun a droit et besoin. Une nouvelle qu'on a particulièrement aimée, sensuelle et fêtant le mouvement corporel, s'intitule &lt;i&gt;Les pas du désir. &lt;/i&gt;Un danseur en herbe fait son apprentissage avec « la grande Carla d'Espagne, la déesse du ballet flamenco. » Il se souvient de ce qu'elle a représenté pour lui durant sa carrière. Inspiratrice du désir qu'insuffle le jeu du corps, elle fera naître chez le « jeune artiste » des frustrations sexuelles qu'elle ne comblera jamais. Envoûté&amp;nbsp; par le lyrisme qui anime sa partenaire, il deviendra à son tour, un magicien de la danse. On a apprécié que le recueil se ferme sur des fous rires, sur des étoiles à rallumer, une chanson ramenant un soupçon d'espoir chez madame Clara. Sur Élie qui, au grand dam de sa famille, a décidé de franchir le pas de la matérialité pour se consacrer à sa véritable passion : la musique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nouvelles à la fois troubles et limpides que le lecteur déguste. Des sentiments contradictoires les traversent comme tout ce qui est humain. Nous sortons de là réconfortés, nous disant que nous ne sommes pas seuls à subir la pesanteur outrageante des calamités qui forgent les nœuds gordiens de notre existence. L'écriture débarrassée de ses fioritures, nous porte vers l'essence même des mots que Claudine Paquet utilise avec une élégance sobre, nous propulsant vers un temps ordinaire : celui de tous les dangers, mais aussi de toutes les consolations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Entends-tu ce que je tais ? &lt;/i&gt;Claudine Paquet&lt;br /&gt;Guy Saint-Jean Éditeur Inc., Laval, 2009, 133 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-3138433647057118392?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/3138433647057118392/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/02/humains-rien-quhumains.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3138433647057118392'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/3138433647057118392'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/02/humains-rien-quhumains.html' title='Humains, rien qu&apos;humains ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S4KIgx2fQAI/AAAAAAAAAf8/y7Az6wszYrw/s72-c/89455-307-7.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8176564214221552637</id><published>2010-02-08T08:16:00.000-05:00</published><updated>2010-02-08T08:16:43.541-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Sept hommes égarés en Orient *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S3AOqAQTCAI/AAAAAAAAAf0/kgCVf0TiBI4/s1600-h/maleficium.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S3AOqAQTCAI/AAAAAAAAAf0/kgCVf0TiBI4/s200/maleficium.jpg" width="119" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;On lève le nez vers le ciel, il est bleu et froid. On revient à la terre, elle est blanche et gelée. On n'insistera pas davantage sur les couleurs du temps, l'hiver poursuivant inexorablement son chemin. Alors, on rêve d'un livre — roman ou nouvelles — qui nous emmènerait vers des paysages exotiques, là où le soleil, l'océan et la verdure battent joyeusement leur plein. On l'a trouvé rapidement, titré &lt;i&gt;Maleficium, &lt;/i&gt;signé Martine Desjardins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu importe que l'abbé Jérôme Savoie ait existé ou pas. Pour notre plaisir de lecture, il se fera le confesseur de sept hommes qui auront séjourné dans différents pays orientaux, proies outragées d'une ambition démesurée, d'un rêve transformé en cauchemar. Tous les sept seront affublés d'un handicap physique à partir duquel ils mesureront la petitesse de l'homme après qu'il se soit perdu dans des lieux paradisiaques, enchanteurs au regard occidental. Jardins édéniques où une jeune femme, telle une Ève ingénue, leur tendra un piège irrésistible. Pourtant, chacun dit de l'inconnue qu'elle est peu séduisante : elle est pourvue d'une blessure à la lèvre supérieure, que les narrateurs décrivent selon la vision qu'elle a bien voulu leur laisser paraître. Cernés par une insatiable avidité, la voient-ils seulement comme une créature terrestre ? L'idée d'une diablesse se fait jour dans leur esprit quand ils parlent d'elle à l'abbé Savoie. Lui-même se signera quand, à la fin des sept histoires, la jeune femme se réfugiera dans la maison de Dieu. L'homme abandonné à ses vieux démons intérieurs lorsqu'il ne sait plus se dépêtrer de la rationalité qui le gouverne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'inconnue blessée frappe les sept hommes d'un hideux maléfice, Martine Desjardins nous dépeint ses malheurs survenus dans son enfance et son adolescence. Elle se présente à la fois comme la part faible et forte de notre opiniâtreté inconsidérée, nous rendant sourds et aveugles. L'abbé Savoie sera à son tour affligé d'une infirmité, lui qui a écouté sans faillir les confidences vénéneuses de prétendues victimes. À sa manière, il a pénétré dans des cités ensorcelantes où une feinte félicité l'emportait sur la cruauté. D'où sa clémence silencieuse à l'égard des sept récitants. En pardonnant, il se fait le complice d'actes que lui-même aurait accomplis sans la protection de la soutane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré les dissentiments qui nous éloignent de ces hommes, ils invitent le lecteur à découvrir un Orient protégé des aléas du modernisme. Sur leurs tapis volants, sultans, maharajas, princes sillonnent ces contes, se posent dans des jardins où la suavité des roses emplit l'air, comme pour en dissimuler la puanteur. Roses et hommes se pâment, au seuil de leur tragédie personnelle. Roses qui se fanent, hommes dont le handicap, évoqué pleinement par l'auteure, les conduit vers un échec dont ils ne mesurent pas encore la portée. La jeune femme à la lèvre fendue devient l'habile émissaire alimentant leur désir de pouvoir ; quand elle leur tend la main, ils la prennent sans se méfier du danger qu'elle contient. Ainsi la pomme offerte par une Ève surgie de nulle part, à sept hommes sans scrupules. Nous pouvons nous poser les questions suivantes : que pensait Adam en acceptant le fruit convoité dans la main de sa compagne ? Se voyait-il déjà le maître incontesté du paradis terrestre ?&amp;nbsp; Les doigts de Dieu et d'Adam sur le point de s'unir n'étaient-ils qu'un leurre, essayant d'apprivoiser le reste du monde pour mieux le contraindre ? Autant de questions dévastatrices à lire entre les lignes, ces récits sensuels, hors d'une temporalité contemporaine, permettant cette dérive. L'impression demeure que les sept hommes s'apitoient sur un échantillon lamentable et laid de leur existence, ignorant délibérément un éventuel avenir qui serait celui de panser leurs plaies physiques et morales. Contes chimériques où les suppositions envahissent l'esprit perturbé du lecteur sans rien résoudre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Livre intelligent, inclassable. Livre aux abords enivrants mais combien plus profond que n'en suggèrent les apparences. Sept histoires d'hommes aux prises avec l'austérité religieuse et civile de la fin du XIXe siècle, tellement ouvert à la modernité. Il n'en demeure pas moins que pour inspirer l'imaginaire débridé d'une écrivaine au talent original, confirmé par trois précédents romans, l'ère fabuleuse des actes valeureux ou vils, s'y prête. Le style touffu, merveilleusement efficace, ajustant ces récits, convient parfaitement au monologue, parfois irréel, des protagonistes. Les images abondant sous la plume de Martine Desjardins, fables enrichies d'une rigoureuse recherche, ne s'avèrent-elles pas la télévision de ce temps, comme plus tôt les spectacles moyenâgeux se déroulant sur une place publique ? L'écrivaine a très bien saisi que chaque époque se nourrit d'un style n'ayant rien à voir avec la concision télégraphique de nos dernières décennies dévolues à la rapidité des images que nous créons ou qui nous sont imposées. Histoires qui, par leur construction, s'insèrent à la nouvelle. Leur chute, de récit en récit, nous tient en haleine. Une fois rassemblées, ces histoires forment un tout exhaustif, que concluent les révélations de la jeune femme invisible, inaugurant une mise en abyme inattendue, surprenante. Un livre où les sept péchés capitaux sont représentés par sept égarés dans un Orient dépravé...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On rappelle que cet ouvrage est parmi les finalistes du Prix des libraires 2010.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Maleficium, &lt;/i&gt;Martine Desjardins&lt;br /&gt;Éditions Alto, Québec, 2009, 189 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8176564214221552637?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8176564214221552637/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/02/sept-hommes-egares-en-orient-12.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8176564214221552637'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/8176564214221552637'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/02/sept-hommes-egares-en-orient-12.html' title='Sept hommes égarés en Orient *** 1/2'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S3AOqAQTCAI/AAAAAAAAAf0/kgCVf0TiBI4/s72-c/maleficium.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-5147908714979804659</id><published>2010-01-25T08:51:00.000-05:00</published><updated>2010-01-25T08:51:13.707-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un immigrant libanais en hiver ****</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S12hvJsKjAI/AAAAAAAAAfs/pARfg0RpLY8/s1600-h/1034665-gf.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="200" src="http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S12hvJsKjAI/AAAAAAAAAfs/pARfg0RpLY8/s200/1034665-gf.jpg" width="128" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Contemplant le paysage assoupi derrière la vitre, on sème des mots sur la page blanche. Pareillement, on aimerait joncher la surface neigeuse de feuilles vertes, de fleurs multicolores. Pour satisfaire ce désir écologique, on n'a d'autre choix que de guetter le réveil de Dame Nature. En attendant l'heureux moment, on fera dos à la fenêtre, on regardera jouer la chatte, on se penchera sur le deuxième roman de Rawi Hage, &lt;i&gt;Le cafard. &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'emblée, un narrateur nous informe qu'il est amoureux de Shoreh, une amie iranienne. Depuis sept ans qu'il vit à Montréal, il subit la faim, le froid, la misère ; se nourrit de miettes et de drogue. Il habite un « petit studio » sordide dans le périmètre du boulevard Saint-Laurent. Les cafards y pullulent, parfois le menacent, au point de se confondre avec eux, de se métamorphoser en un répugnant cancrelat chaque fois que, poussé par une curiosité irrépressible, il s'introduit dans une maison. À la suite d'une tentative de suicide, le jeune homme suit une thérapie qui l'oblige à raconter son passé à Geneviève, sa psychologue. Intelligent et rusé, il a très vite saisi qu'il déambulait au delà des apparences et, quoi qu'il narre, Geneviève ne saura jamais s'il ment. Séducteur arrogant, ne révélant jamais son nom ni son pays d'origine, il est incapable d'assumer une ancienne blessure familiale : il n'a pu abattre Tony, le mari trafiquant de sa sœur, tuée par ce dernier. Depuis cette tragédie, il cherche un bouc émissaire pour étancher sa lâcheté. L'animal se présentera sous la forme de monsieur Shahid, un « petit chauve », qui vient dîner dans un « restaurant iranien de l'ouest de la ville » où le narrateur travaille momentanément comme aide-serveur. Monsieur Shahid, ancien gardien de prison en Iran, a torturé et violé sa « bien-aimée » Shoreh. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Y a-t-il une histoire architecturant ce roman ? Ce sont les personnages, gravitant autour du narrateur, qui envahissent l'espace intérieur. Celui-ci relate son passé familial à sa thérapeute, encaqué qu'il est entre vérités et mensonges. Transformé en cafard, il s'est immiscé dans sa maison, à Outremont, et ne lui fait plus confiance. Leur différence sociale le déstabilise ; ne lui dira-t-il pas que le « pacifisme est un luxe [...] » il faut « être riche ou sans inquiétude, comme vous. » Pour échapper à ses questions, qu'il juge douteuses, il se balade de café en café, affrontant la neige et le froid glacial. Les gens qu'il côtoie sont des habitués de la communauté iranienne : Youssef, professeur, un de ces « pseudo-Français d'Algérien paresseux, prétentieux [...] » qui se valorise en discutant de « littérature et de révolution. » Il y a aussi Majid, ancien journaliste iranien, reconverti en chauffeur de taxi. Réza, musicien frustré, qui lui doit quarante dollars et se prend pour un génie incompris. Le patron du restaurant et sa fille, adolescente aguichante, qui considèrent le jeune homme comme un moins que rien, profitent de son instabilité et de sa vulnérabilité mentale pour exploiter sa précarité. Farhoud, l'homosexuel, « bourreau des cœurs ». Abou-Roro, « votre instructeur de vol et de crime » le situera un jour Geneviève. Plus proche de lui, sa concierge russe, qui promène le chien de sa voisine, une vieille dame à qui elle a volé « sa porcelaine et les habits de sa jeunesse. » Elle fera de lui son complice...&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Protagonistes grouillants, tout comme les cancrelats prenant leur aise dans la cuisine du narrateur. Il est fasciné par l'écoulement de l'eau, dit-il, vie souterraine qu'il recompose la nuit, errant dans les rues encombrées par la neige, imprégnées d'odeurs nauséeuses. Derrière la façade méfiante maintenant établie des uns et des autres, s'inscrit en chacun un drame personnel qu'ils ne savent affronter ni colmater. Les tourments subis en Iran, les ont fait fuir vers un pays meilleur, pensaient-ils, alors qu'ils végètent entre drogue, pauvreté, chocs culturels auxquels ils n'étaient pas préparés. Humiliation honteuse qui les fait se regrouper, tels des cafards, victimes de situations autant perverses que douloureuses. Montréal n'est pas le paradis qu'ils escomptaient où se diluerait le désespoir d'antan ; la conquête de la ville, et de soi, se fait à pas hésitants, de la même manière que le narrateur essaie d'assouvir ses fantasmes sexuels auprès de Geneviève, qu'il finira par ne plus aller voir. Son parcours médical interrompu, il atteindra son objectif en abattant le tortionnaire de Shoreh. N'est-ce pas avant tout venger sa sœur ? Dualité entre deux femmes, dualité entre deux hommes : qui abat-il au juste ? Chez lui, n'a-t-il pas été pris à parti par un cafard albinos géant qui n'était autre que son double ? Ne sachant trop comment faire face à son acte démentiel, il se réfugiera dans le monde « d'en bas » [...] « un univers en soi » où personne ne pourra le rejoindre.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roman captivant qui rappelle les fabuleux&lt;i&gt; Contes des Mille et une Nuits&lt;/i&gt;. Chacun devient Shéhérazade qui imaginait des histoires abracadabrantes pour sauver sa vie. Chacun y va de sa propre version des faits, comme si de les extérioriser atténuait le mensonge qui les englobe. Clins d'œil aux &lt;i&gt;Cent ans de solitude &lt;/i&gt;de Gabriel Garcia Marquez quand le narrateur se dissimule sous la carapace d'un cafard géant pour mieux se fondre dans l'anonymat et les méandres de sa déchéance. Voix chuchotant ou hurlant, voix qui sont les siennes, nous dépeignent le trafic d'armes entre le Canada et l'Iran, la condition misérable des apatrides démunis, l'esprit de vengeance leur permettant de survivre... Hiver montréalais pérégriné avec rage, nous suivons le narrateur dans son quotidien insipide, nous partageons avec lui ses petites joies, ses métamorphoses, sa marginalité. Ses amours sans lendemain, sa haine des bien nantis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après &lt;i&gt;Parfum de poussière, &lt;/i&gt;premier roman encensé par la critique internationale, couronné de prix prestigieux, Rawi Hage nous offre un ouvrage audacieux et pudique où la violence et la tendresse se conjuguent suffisamment pour ne pas en divulguer la véritable teneur. Une magistrale intensité, un rythme qui déboule, essoufflant, vertigineux. Une écriture lyrique, un peu paranoïaque, extrêmement lucide, des trouvailles langagières, un humour sombre,&amp;nbsp; convoquent le lecteur à découvrir une œuvre ou à renouer avec un écrivain hors du commun. À lire absolument.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On mentionne l'excellent et sensible travail de la traductrice, Sophie Voillot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Le cafard, &lt;/i&gt;Rawi Hage&lt;br /&gt;Traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Voillot &lt;br /&gt;Éditions Alto, Québec, 2009, 386 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-5147908714979804659?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/5147908714979804659/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/01/un-immigrant-libanais-en-hiver.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5147908714979804659'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/5147908714979804659'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/01/un-immigrant-libanais-en-hiver.html' title='Un immigrant libanais en hiver ****'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S12hvJsKjAI/AAAAAAAAAfs/pARfg0RpLY8/s72-c/1034665-gf.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-708656837930718059</id><published>2010-01-14T07:52:00.000-05:00</published><updated>2010-01-14T07:52:28.168-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='revue littéraire'/><title type='text'>Vingt-cinq ans, déjà centenaire ! ***</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S08Td4X6_iI/AAAAAAAAAfk/ZT2GGdQtbWg/s1600-h/100.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S08Td4X6_iI/AAAAAAAAAfk/ZT2GGdQtbWg/s200/100.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Saison blanche et froide où sortir n'est pas toujours de tout repos. On apprécie à juste titre de travailler chez soi, de regarder virevolter les flocons de neige derrière la vitre. Les ombres atténuent les angles des pièces, les livres semblent figés dans un engourdissement qu'on respecte. On profitera de ce répit pour nous arrêter au numéro 100 de la revue &lt;i&gt;XYZ. La revue de la nouvelle.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est toujours avec plaisir qu'on lit des nouvelles, qu'elles soient publiées dans des recueils ou des revues qui, au Québec, leur font la part belle. Les auteurs répondent généreusement à l'appel comme l'ont fait, ici, ceux et celles qui siègent sur le collectif de rédaction de ladite revue. Des nouvelles où le nombre cent erre dans tous ses états. Humour, gravité, réflexion habitent des histoires plus ou moins longues, parfois très courtes comme le texte de Christine Champagne, &lt;i&gt;La minute qui tue. &lt;/i&gt;On a toujours aimé la plume incisive de cette auteure qui, en quelques lignes, brosse des situations couvrant un instant ou une vie entière. Dans la même veine heureuse, on signale &lt;i&gt;Il y a cent ans, &lt;/i&gt;de Régis Normandeau où, brièvement, une petite fille interroge son grand-père sur un « curieux objet avec une écriture bizarre » qu'elle a trouvé dans un grenier. L'objet en question n'est autre qu'un livre, racontant le Petit Chaperon rouge, tel qu'on l'écrivait cent ans plus tôt, avant l'apogée d'internet. Sourire jaune assuré... Signant &lt;i&gt;Sans nouvelle, &lt;/i&gt;Michel Lord propose la réflexion d'un professeur de littérature québécoise qui vit dans un village avec son compagnon, ses chats et surtout ses livres. Il nous dépeint sa naïveté quand, dans « les années 1980 », il avait pensé que la nouvelle « allait être le genre du présent et surtout du futur. » [...]&amp;nbsp; « On lit bref, on est de son temps. » C'était sans compter la venue d'internet...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;Des nouvelles plus élaborées donnent un large aperçu sur l'intégralité de la thématique. Jean-Paul Beaumier met en scène une fillette qui, profitant de l'absence de sa mère, oblige son petit frère à sentir du lait suri, ce qui lui cause des nausées. L'enfant se vengera d'une manière moins innocente. Du blanc et du rouge connotent la fin de l'enfance, l'entrée dans l'adolescence... Dans &lt;i&gt;Sans effusion de sang, &lt;/i&gt;Daniel Pigeon s'appuie sur la mise en marche d'un grand collisionneur pour nous démontrer que dans cent ans, le monde ne sera ni meilleur ni pire que celui dans lequel nous vivons. Avers et revers de toutes les médailles... Nicolas Tremblay pratique la satire autour d'un homme qui, responsable du centième numéro de la revue XYZ, se couche à trois heures du matin, s'adresse à une femme imaginaire ; il « s'égare » sur une émission littéraire télévisée, remisée à une centième chaîne, sur sa femme endormie avec, à ses côtés, « un exemplaire du centième d'XYZ », sur des ébats érotiques possibles avec la femme imaginaire, sur l'animatrice sexy à la télé... Nouvelle grinçante, percutante, égratignant au passage les spectres ou succubes farfelus, qui habitent l'esprit inquiet de certains écrivains. Agitation émotive, humour débandé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne décrira pas toutes les nouvelles qui composent le numéro. Celle d'Esther Croft, celle de Jean-Sébastien Trudel figurent parmi les plus intéressantes. Chacune à sa manière dénonce une forme d'injustice intime et sociale. Mais l'histoire qui nous a semblé la mieux réussie se trame autour des déconvenues d'une jeune femme, nouvelle titrée &lt;i&gt;Cent jours avec Caroline&lt;/i&gt;. On a l'impression que Caroline appâte les événements qui démantèlent une existence, ou bien, idée plus fictive, rassemble les sujets engendrant des histoires sans queue ni tête. L'auteur, Gaëtan Brulotte, invite le lecteur à choisir, entre mille maux, la Caroline excentrique, provocante ou la Caroline, victime lucide d'avatars générés souvent par des êtres sans scrupules. Et que dire du narrateur qui témoigne de sa vie brève... Les trois nouvelles classées dans la section " Hors-thème ", signées André Carpentier, Chantal Fleury, Gisèle Villeneuve apportent une touche finale très singulière et personnelle à ce numéro. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'ensemble se révèle agréable à découvrir et à lire, on reste un peu sur notre soif. On s'attendait à plus d'éclat, à plus de pétillement. À un feu d'artifice. On a ressenti un peu de fatigue filtrer d'une nouvelle à une autre, comme si le champagne arrosant ce centième numéro s'était éventé. Vingt-cinq ans d'existence pour une revue littéraire québécoise, ce n'est pas rien, c'est même beaucoup. Malgré notre mince réserve, on lui souhaite un heureux anniversaire et encore longue vie à elle !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;XYZ. La revue de la nouvelle&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;Numéro 100, dirigé par Nicolas Tremblay&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;XYZ éditeur, Montréal, 2009, 102 pages&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-708656837930718059?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/708656837930718059/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/01/vingt-cinq-ans-deja-centenaire.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/708656837930718059'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/1698701740091907736/posts/default/708656837930718059'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/2010/01/vingt-cinq-ans-deja-centenaire.html' title='Vingt-cinq ans, déjà centenaire ! ***'/><author><name>Dominique Blondeau</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S08Td4X6_iI/AAAAAAAAAfk/ZT2GGdQtbWg/s72-c/100.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-1698701740091907736.post-8521682074215393118</id><published>2010-01-04T10:43:00.000-05:00</published><updated>2010-01-04T10:43:17.574-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='roman'/><title type='text'>Un amour en suspens *** 1/2</title><content type='html'>&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S0IMeVIb84I/AAAAAAAAAfc/XJx36f192iA/s1600-h/30130.jpg" imageanchor="1" style="clear: right; float: right; margin-bottom: 1em; margin-left: 1em;"&gt;&lt;img border="0" src="http://1.bp.blogspot.com/_-4GScStEEkA/S0IMeVIb84I/AAAAAAAAAfc/XJx36f192iA/s200/30130.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Malgré la neige et le froid, on demeure optimiste. Temps bienheureux pour la lecture, en attendant que le fond de l'air exhale une bouffée printanière ! Que les jours rallongent suffisamment pour oublier les intempéries hivernales. Quelques livres de la saison automnale nous tenant compagnie, pourquoi ne pas commencer l'année nouvelle avec l'un d'eux ? Le roman, &lt;i&gt;La garçonnière,&lt;/i&gt; de Mylène Bouchard mérite qu'on lui accorde notre attention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont fait connaissance au cégep du Vieux-Montréal. Ils se prénomment Hubert et Mara. Elle est née à Noranda, lui à Péribonka. Ils se sont plu tout de suite, ne peuvent vivre l'un sans l'autre. Doivent avoir dix-sept ans. Durant des vacances d'été, Mara rejoindra Hubert à Péribonka. Rendez-vous pris avec des amis au bord d'un lac. Nuits étoilées, sacs de couchage. Montagnes à l'horizon. Tous deux imaginent et inventent des rails, des chemins de fer reliant leur contrée respective ; raccordant la rue Maisonneuve à la rue Saint-Viateur, là où ils résident à Montréal. Ils songent à l'avenir, ignorant d'inévitables « accidents de parcours ». Ils fréquentent les cafés du Mile-End, en font leurs lieux privilégiés, les points particuliers des événements qui les rapprochent ou qui, plus tard, les sépareront. Lui est photographe, elle, animatrice à la radio. Il est amoureux fou de sa&amp;nbsp; « Reine Mara ». Elle est davantage préoccupée par son indépendance, qu'elle ne veut pas encombrer d'un amour qu'elle juge purement physique. Un amour platonique lui suffit, croit-elle. Il y aura un torrent de lettres déversées par Hubert, un étouffement ressenti par Mara, une rupture définitive puis des rencontres fortuites, avant de s'exiler, lui à Prague, elle à Beyrouth. Éloignement n'aboutissant qu'à une inextinguible amertume.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dix-sept ans se sont écoulés, Hubert a pris femme, a fondé une famille. Mara mène une vie solitaire, incomplète, consacrée à son travail d'animatrice reconnue. Lui est devenu célèbre grâce à deux romans qui « avaient fait grand bruit au Québec, et ailleurs dans la francophonie. » Obsédés l'un par l'autre, ils se retrouveront à Beyrouth dans un café, Hubert ayant été invité au Salon du livre à « prononcer une conférence sur l'intertextualité [...] ». Des torpeurs les secouent, ils ne savent se raconter, ni n'éprouvent le désir de trop parler. Hubert proposera à Mara de faire une virée à Maameltein, « quartier un peu plus loin sur la côte, dans la baie de Jounieh [...] ». Et là, s'isolant de la foule, ils loueront une garçonnière. « La plus éloignée de toutes. » Pendant une semaine, ils s'aimeront désespérément, « un amour se consumait vraisemblablement. » « Puis, l'instant fatidique » où Hubert annonce à Mara qu'il doit rentrer à Prague. « À son départ de Beyrouth, c'était la dernière fois qu'ils se voyaient. » Pourtant, une autre fois se présentera qu'Hubert repoussera « froidement », rappelant à sa compagne « le délire épistolaire qui avait, aussi, assommé leur liaison, à l'époque. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait épiloguer indéfiniment sur ce roman foisonnant de réflexions se rapportant au cinéma, à la littérature. De William Skakespeare à Milan Kundera, du poète et chanteur Richard Desjardins au cinéaste Peter Greenaway, l'aventure périlleuse de Mara et d'Hubert se nourrit de références spécifiques à l'amour, à l'éternité qu'il devrait représenter entre deux êtres assortis. Amour impossible, malmené par les réticences de Mara, qui refuse de se laisser aller à la passion étouffante d'Hubert. Quoi de plus culpabilisant que les interdits rongeant le cœur d'une femme et d'un homme faits l'un pour l'autre ? Le temps qui a passé sur Hubert et Mara nous est exposé comme un avertissement, nous exhortant à ne pas gâcher les sentiments que la vie ne distribue peut-être qu'à ceux et celles aptes à les cultiver, telle une fleur rare, à les ciseler, tel un diamant brut. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Histoire d'amour malheureuse, qui aurait pu sombrer dans le pathos et la banalité, si Mylène Bouchard, douée d'un talent percutant, n'avait su la maîtriser. L'écriture, ample et intelligente, fusionne avec une narration descriptive et psychologique ; les dialogues incisifs, presque tranchants, s'épurent de tout superflu, acheminant le lecteur vers l'essentiel de ce qui se trame à vie entre Hubert et Mara. La structure du roman, édifiée parfois comme un scénario, renforce les paysages et les personnages s'amalgamant avec eux. Jusqu'à la fin de leur troublante et grinçante histoire, Hubert et Mara rendront grâce aux lieux propices qui les ont vus grandir, enfin, devenir adultes. Un homme et une femme vieillissants. La boucle sera dénouée par Mara dans une lettre ultime qui, elle en est certaine, contiendra les seules et véritables paroles amoureuses qu'elle aura adressées à Hubert. Paraphrasant Shakespeare, si cher à l'auteure, &lt;i&gt;the rest is silence&lt;/i&gt;... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La garçonnière, &lt;/i&gt;Mylène Bouchard&lt;br /&gt;La Peuplade, Saint-Fulgence, 2009, 200 pages.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;Dominique Blondeau - dominblondeau@yahoo.fr&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/1698701740091907736-8521682074215393118?l=dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/feeds/8521682074215393118/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.bl
