lundi 18 novembre 2019

À chacune, à chacun son bout du monde ****

On a ralenti sciemment le rythme de nos publications. Réalisant qu'on avançait en âge, on a fait place à des sources d'intérêt, négligées ces dernières années. On court les galeries, on arpente plaisamment la ville, on s'attarde là où les arbres nous tendent leurs branches de verdure. Par contre, on a délaissé plusieurs événements littéraires, nous disant que la littérature se porterait bien sans notre présence qui, souvent, chuchote son ennui à notre oreille. On commente le roman de Hélène Rioux, Le bout du monde existe ailleurs.

Récit parmi les plus complexes et les plus achevés de l'œuvre de cette écrivaine et traductrice, reconnue depuis de nombreuses années dans le milieu et hors milieu littéraire. L'histoire se déroule en quelques jours, sur un bateau de croisière nommé " Le bout du monde ". Qu'en est-il de cette appellation, déguisée parfois en une subtile métaphore ? Quelques pages à saveur théorique ouvrent les portes d'une scène théâtrale où plusieurs protagonistes sont venus soulager leur angoisse existentielle ou alléger quelque déception amoureuse. Ils sont partis, sachant qu'un retour aux sources est inévitable. De voyageurs passionnés lors d'époques nanties de fabuleuses découvertes, ils se sont réduits en de touristes ordinaires, telle Marjolaine, serveuse puis cuisinière dans un banal restaurant montréalais depuis une quinzaine d'années, socialement appelé " Le bout du monde ". Comment cette femme simple et naïve a-t-elle pu s'offrir pareil périple ? Un flash, surgi de sa mémoire blessée, la fera se remémorer cette soirée où son patron l'a informée de son renvoi, majoré d'une prime de départ alléchante à la clé. Comme cela arrive, une nouvelle flamme embrase l'existence de Jean-Charles Dupont. Louison a décidé de moderniser l'estaminet en un restaurant branché. Point de jonction du roman de Hélène Rioux. Marjolaine ne peut éviter les différents passagers se démenant avec le temps qui découle, ne résoud rien. Toutes et tous gravitent autour d'elle, trainant avec eux le poids de leurs travers passés et présents. Un couple désemparé, leur fille, Daphné, a été enlevée puis assassinée par un psychopathe, qui se manifestera au moment le plus inopportun. Un poète, à l'inspiration stérile, se prête aux corvées des cuisines pour payer sa croisière. Deux hommes jouent inlassablement aux échecs. Un professeur de littérature retraité, une libraire de livres d'occasion, ne se quittent pas, discutent de sujets livresques qu'ignore Marjolaine. Une célèbre écrivaine à l'inspiration tarie. D'autres qui fourmillent dans les parages de l'ancienne serveuse, accablés qu'ils sont, chacun drainant une histoire dissonante. Une semaine sur un bateau se dirigeant vers une île grecque se veut jouissive quand elle s'avère insouciante, ce qui ne s'accorde pas ici aux humeurs nostalgiques des croisiéristes. À terre sont restés des proches de Marjolaine, mari, enfants, famille et amis, qui ne comprennent pas la raison de sa retraite solitaire. Ils doivent composer avec son silence, Marjolaine ne sachant utiliser internet. Ce monde, prisonnier volontaire d'un océan agité, comme si le bateau symbolisait soudainement la dérive mentale dans laquelle cette mini-société hétéroclite se recoupe, devant la subir jusque pied à terre.


Il est inévitable que ces nomades improvisés se croisent lors de promenades sur le pont, aient souvenance de quelques calamité commune, fassent connaissance ou se terrent dans un silence imprégné de vérités avortées. Le présent pour Marjolaine, c'est le boui-boui " Le bout du monde " qui se transforme en un chic restaurant, qu'elle n'aura pas le courage d'affronter, croit-elle, une fois à terre. Il y a aussi le destin misérable de Raoul Potvin, chauffeur de taxi, qui boit trop, mène une existence indigne depuis la mort de sa femme. Rejeté de tous, il rejoindra son bout du monde dans de terrifiantes conditions. Le poète, lui non plus, n'échappera pas à la pesanteur de sa stérilité intellectuelle. Recoupements surprenants, ces êtres étant à la poursuite de leurs propres démons quand les fantômes surgissent et les hantent. Que de trahisons livreront une part de vérité, rien n'étant immuable. Cette vertu philosophique ne se base-t-elle pas sur ce que nous faisons d'elle ? Soit une illusion supplémentaire pour conforter nos erreurs, nous rassurer pour mieux vivre loin du remords.

L'intérêt captivant du roman — qu'à une époque révolue on aurait qualifié de mœurs — s'étaye à grand renfort de squelettes historiques, comme ceux de Christophe Colomb, découvreur supposé de l'Amérique du Nord, de Hernan Cortés, conquérant redoutable de l'empire aztèque. Les ossements de Rodolphe de Habsbourg, son suicide à Mayerling avec Marie Vetsera. Tant d'autres emplissent les pages, fils conducteurs controversés, leurs exploits évoqués avec ce que l'histoire officielle a bien voulu nous céder de ses douteux mystères. C'est là l'intelligence de l'écrivaine, Hélène Rioux, qui n'affirmant rien, amalgame vivants et morts, extirpe d'un univers ostentatoire des vérités erronées, soutirées de leur trompeuse et légendaire destinée. Le bout du monde n'est-il pas universel, l'éternité et ses turpitudes, un monde restreint, une « oubliette », perçue tel un rendez-vous avec des âmes délestées de leur poids charnel ? Mais jamais, la fiction, grandiose, savamment dosée d'un savoir acquis de longue date, d'un humour à la fois primesautier et caustique, ne s'éloigne de faits actuels, souvent filigranés.

Roman qui se lit à courtes lampées, chaque séquence — on préfère à chapitre —, nous confronte à des situations insolites. Houleuses. Tant terriennes qu'océaniques. Nous éloignant sans complaisance de la lecture linéaire à laquelle nous sommes habitués. On n'en attendait pas moins du talent poétique et lucide de Hélène Rioux qui, laissant peu de place aux sentiments mièvres et conventionnels, nous fait nous questionner sur la navigation de notre bateau de plaisance personnel. Notre retour réel ou fictif sur une terre où le premier pas, tangible, incertain, ne nous ramène-t-il pas aux origines de nos méfaits, nous obligeant à dénouer les causes qui ont engendré tant de malentendus avec nous-mêmes ? Toutes formes d'agonies résultant de nos refus ou de nos égarements.  Tels Daphné et Raoul Potvin, l'une victime d'une trop confiante jeunesse, l'un abimé d'un deuil trop lourd à porter. On ne suggère que ces deux-là, le récit étant dense, la narration intense, il serait fâcheux d'en divulguer l'abondante fenaison humaine.


Le bout du monde existe ailleurs, Hélène Rioux
Leméac Éditeur, Montréal, 2019, 237 pages

2 commentaires:

  1. Je partage ce témoignage aux partenaires qui souffrent dans leurs relations car il existe une solution durable. Mon mari m'a quitté ainsi que nos 2 enfants pour une autre femme pendant 3 ans. J'ai essayé d'être forte juste pour mes enfants mais je ne pouvais pas contrôler les douleurs qui me tourmentaient le cœur. J'étais blessé et confus. J'avais besoin d'aide, alors j'ai fait une recherche sur Internet et je suis tombé sur un site où j'ai vu que le Dr Ellen, un lanceur de sorts, peut aider à retrouver des amants. Je l'ai contactée et elle a fait une prière spéciale et des sorts pour moi. À ma grande surprise, après 2 jours, mon mari est rentré à la maison. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés et il y avait beaucoup d'amour, de joie et de paix dans la famille. Vous pouvez également contacter le Dr Ellen, un puissant lanceur de sorts pour des solutions sur son contact ellenspellcaster@gmail.com Vous pouvez également le Whatsapp +2349074881619

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