mardi 18 avril 2017

Une maison d'édition en pièces détachées *** 1/2

Le soir, avant de nous endormir, on réfléchit à un thème qui conviendrait à notre introduction. On s'endort, la nuit devient opaque, les ombres s'épaississent, les rêves nous assaillent. Les heures silencieuses nous reposent. Puis, nous réveillant à l'aube, ce qui nous semblait délicieux la veille n'est plus que mots insipides, fades et inutiles. Vanité de la pensée. On commente le deuxième roman de Claude Brisebois, Sous couverture. 

Si la littérature romanesque détient plusieurs rôles, il est de bon ton qu'elle soit parfois divertissante. Même si on fréquente peu le genre, quand il est bien ficelé, on se laisse aller avec plaisir, en la compagnie de personnages qu'il faut prendre au premier degré. Ce qu'on a ressenti en lisant le roman de cette écrivaine qui, avec une histoire rocambolesque, nous tient en haleine du début à la fin de la cinq cent douzième page. On la résume, on ne peut en dévoiler l'intrigue au complet, ce qui serait impossible dans notre peu d'espace accordé à une critique, et qui serait insupportable au lecteur qui n'en demande pas tant de notre part. Jérémie Martin, jeune quarantenaire, brocanteur mais aussi antiquaire, deviendra le propriétaire d'un vieux meuble acquis dans une ferme, don d'un héritage familial. Le meuble renfermera un secret pour le moins inattendu. Alors qu'il l'a démonté pour le rénover, dans un tiroir scellé, Jérémie découvrira des documents révélant l'existence d'une maison d'édition clandestine, qui, au Québec, aurait eu son heure de gloire dans les années cinquante. Plusieurs livres y auraient été publiés, mais où sont-ils aujourd'hui ? Que sont devenus leurs auteurs ? C'est là que l'enquête de Jérémie commence avec l'aide de son assistante efficace, mais terriblement émotive, Solange Généreux, trentenaire. Comme souvent dans ces histoires à saveur de fables, de nombreux personnages s'y démènent, compliquant la tâche de protagonistes bien intentionnés, reconstituant, ici, la trame d'une maison d'édition québécoise condamnée à sa fermeture, ses œuvres jugées trop audacieuses ayant été censurées par l'État et l'Église. Le gouvernement de Maurice Duplessis pesant de tout son poids néfaste. L'éditrice, Élisabeth de Chavigny, Française émigrée au Québec, amie de Jean Cocteau, après avoir entrepris cette fabuleuse aventure mourra dans son manoir, seule, malade, désespérée de son échec.

La partie la plus captivante du roman, c'est quand l'auteure dépeint, pièces à conviction dans les mains de Jérémie et dans d'autres, suspicieuses, de quelle manière archaïque se fabriquait un livre avec le matériel désuet de l'époque. Bien sûr, ceci nous est raconté en alternance avec des intrigues combinatoires, qui conduiront Solange en France pour y chercher dans les dires de leurs familles, d'improbables écrivains ayant publié et séjourné dans la maison d'édition d'Élisabeth de Chavigny, Sous couverture. Solange ira de surprise en surprise, ne s'attendant pas, entre autres épatements, à éprouver une passion passagère pour un neveu de l'éditrice, cinquantenaire, séducteur et charmeur, qui mettra le cœur de Solange à rude épreuve, malgré son amour pour son patron, Jérémie Martin. Si elle cède à son attirance pour le bellâtre, elle n'en reste pas moins lucide et professionnelle. Son retour au Québec sera placé sous le signe des retrouvailles heureuses avec Jérémie. Entretemps, bien des événements se seront déroulés, plus ou moins embrouillés, d'étranges personnages interviendront, comme un vieil antiquaire jouant au chat et à la souris avec Jérémie. Une femme rébarbative qui, pour l'honneur de la famille, refuse de céder le livre écrit par son père. Du suspense bien dosé, des randonnées dans une ferme où l'entre-toit se révèle une cachette imprévisible. Une auteure, ayant publié sous un pseudonyme masculin, compliquera l'enquête du brocanteur et de son assistante. La venue inopinée du neveu, mettant à nouveau le cœur de Solange en émoi. Le récit rebondit sans jamais lasser le lecteur. Nous y trouvons matière suffisante à intéresser celui ou celle qui veut entrer dans une histoire plutôt amusante, mais qui aurait gagné à être resserrée, certains détails étant absolument inutiles, le genre méritant aussi sa part de non-dits.

Roman efficace et réjouissant, à lire l'été ou durant un week-end désœuvré. Ou encore durant une journée printanière pluvieuse. On reconnait que l'auteure, Claude Brisebois, a du souffle. Nullement, au cours de notre lecture, on n'a ressenti un creux de vague d'où il faut remonter avec détermination et talent. On recommande cette fiction pour la légèreté du propos, mais aussi pour se rendre compte à quel point fabriquer un livre a évolué, si l'être humain, lui, est resté fidèle à ce qu'il a toujours été. Vulnérable et faillible sous des dehors placides.


Sous couverture, Claude Brisebois
Éditions Druide, collection « Écarts »
Montréal, 2017, 512 pages

lundi 3 avril 2017

Des jumeaux à l'âme atrophiée *** 1/2

Des livres. On en mange, on en boit, on en digère, on en vomit. On en donne, on n'en vend surtout pas. Les livres sont des envahisseurs qui, comme les chats, vivent leur vie sans se préoccuper de notre présence. Sans les livres, sans les chats, notre vie serait incomplète. Les deux sont complices, ils se permettent des outrances qu'on ne tolérerait de personne. On parle du premier roman de Marie-Hélène Larochelle, Daniil et Vanya.

Ces derniers mois, on s'est lassée des premiers romans. On y a trouvé que des états d'âme décortiqués par de jeunes narratrices qui, bien souvent, nous ont découragée par la banalité répétée de propos convenus. Faut-il faire de la littérature de tout et de rien, surtout de rien ? On en doute. On aime les livres audacieux, menés par des auteurs dont on devine qu'ils iront plus loin. Vers une maturité qui se manifestera au fur et à mesure que les livres s'écriront. C'est donc avec hésitation qu'on a ouvert le premier livre de Marie-Hélène Larochelle, déjà prête à ne lui accorder qu'une lecture distraite. Mais la surprise a été belle, on s'est laissée emporter par les déboires d'un jeune couple qui a adopté des jumeaux, d'origine russe. Daniil et Vanya. Elle, Emma, a dû interrompre une grossesse avancée qui ne lui permet plus d'espérer un deuxième enfant. Son mari, Gregory, désire fonder une famille. Tous les deux sont designers, leur petite compagnie fonctionne à merveille. Responsables, ils ont les moyens financiers d'élever plusieurs enfants.

Dès le voyage d'Emma et de Gregory en Russie, le mystère s'instaure. S'insère dans tous les chapitres, captivant le lecteur, lui donnant l'envie de poursuivre l'aventure de ce jeune couple aux prises avec l'administration russe, bizarrement expéditive en une telle circonstance. Sans chaleur humaine, les jumeaux sont remis aux futurs parents, ne sachant pas ce qui leur arrive. Ils ont seulement quelques mois, insensibles à la joie que partagent Emma et Gregory de se retrouver avec deux enfants alors qu'ils désiraient n'en adopter qu'un... Le voyage dans l'avion, qui les ramène tous les quatre à Toronto, sera perturbé par les pleurs douloureux des jumeaux. À l'hôpital, où ils seront examinés, sera décelé un inexplicable symptôme, révélateur de l'attitude des bébés au départ de la Russie. Emma réalisera très vite que ses garçons ne l'aiment pas, ils n'aiment personne, se suffisent à eux-mêmes. Se ressemblent-ils, nous ne savons trop. Une intense complicité les unit, un attachement viscéral les sépare des adultes, les évènements extérieurs les indiffèrent. L'enfance se maintiendra dans des conditions déconcertantes, ce que ne comprennent pas toujours leurs parents adoptifs. Les enfants s'adaptent mal à ceux de leur âge, au point qu'Emma se fera leur institutrice, refusant de les envoyer à l'école. Intelligents, Daniil et Vanya ingurgitent sans restriction les cours préparés par une mère qui a abandonné sa carrière pour se consacrer à ces deux garçons atypiques. Jusqu'au jour — on est souvent tentée d'utiliser ce terme justifiant la méfiance du lecteur —, jusqu'au jour donc où les enfants, devant se présenter à un examen officiel dans une école, refusent catégoriquement de poursuivre leur éducation solitaire en tête-à-tête avec leur mère qui se fait, il nous faut en convenir, de plus en plus étouffante.

Sous des dehors affables mais rébarbatifs, Daniil et Vanya vivent leur histoire sans ne jamais manifester un brin d'affection envers Gregory et Emma. Ils fuguent, s'isolent dans des lieux insalubres où personne ne peut les retrouver, où personne ne se doute de leurs premiers méfaits. Gregory et Emma reconnaissent que les jumeaux ont un comportement inquiétant, mais chacun, assisté de l'autre, se réfugie dans un déni sournois qui s'avérera catastrophique. Qui sont ces deux adolescents prétendument jumeaux, que savons-nous de leurs parents biologiques ? Pas grand-chose. C'est le médecin de famille de Gregory et d'Emma qui éclaircira bien des mystères qu'Emma, maladivement émotive, jusqu'à la fin, se refusera d'assumer. Cette fin se révélant inévitable.

Faillite du couple, échec d'une adoption hasardeuse. Blessures de part et d'autre, parents et enfants ont joué un rôle qui leur était fatalement attribué. Les uns, prédateurs, les autres, proies. Tous, victimes. Ce roman bouscule les meilleures intentions, remet en cause l'adoption d'enfants desquels, mentalement, émotivement, nous ne pouvons interpréter les failles. La voix des garçons occupant la deuxième partie du roman, nous nous rendons compte combien les enfants rejetés par une mère biologique inconnue, retiennent en leurs entrailles d'insidieuses frustrations, entachant un avenir chancelant sur ses bases.

Ce roman, au style sans complaisance, à l'écriture sobre, devrait être lu par moult parents et ceux qui veulent le devenir, au risque d'essuyer un échec cuisant. Habilement, à travers une fiction convaincante, Marie-Hélène Larochelle a témoigné de l'impuissance à pénétrer dans le cœur d'enfants malmenés par une obscure vie prénatale, impossible à détecter, le désir de certains futurs parents d'aimer un enfant abandonné, leur faisant perdre de vue l'insondable d'une situation malaisée.


Daniil et Vanya, Marie-Hélène Larochelle
Éditions Québec Amérique, Montréal, 2017, 285 pages

lundi 20 mars 2017

Un homme et le souvenir poignant de son chien *** 1/2

Dans notre page, on a retrouvé un tableau, signé Pyotr Konchalovsky, représentant une fenêtre fermée sur un paysage d'hiver. Devant cette même fenêtre, une table ronde se profile, sa surface soutenant un vase de fleurs et un livre. Si on a contemplé longuement l'ensemble du tableau, évoquant un décor intimiste, c'est parce que les fenêtres et les livres déclenchent en nous une profonde émotion, qu'on n'a jamais su expliquer. On commente le premier roman d'Élie Maure, Le cœur de Berlin.

Il y a quelques semaines, on mentionnait le peu d'intérêt que provoquait en nous un certain genre de livres. Plus nous lisons, plus l'exigence de nos choix s'affirme, d'où notre décision à ne plus parler que de fiction qui en vaut la peine. On épluche les titres, la quatrième de couverture dont le rôle est d'allécher un éventuel lecteur. Cette fois, l'aventure nous a portée loin, vers le premier livre d'un auteur dont le patronyme ne nous a rien révélé sur lui-même.

On va tenter de récapituler l'histoire d'un homme, Simon, cinquantenaire, qui vient de perdre son vieux chien, Berlin. La douleur et la solitude seront si intenses qu'elles le déporteront vers une famille avec laquelle, pour des raisons obscures, il a coupé les liens. Un père autoritaire, une mère geignarde, deux frères, une sœur. Béatrice. Cinq ans passés en Algérie où le père enseignait. Une enfance tronquée pour Simon et Béatrice, nés à un an d'intervalle. Les deux aînés, plus proches de la réalité quotidienne, nourrie par la tyrannie du père, se remettront sans trop de blessures apparentes de cette escapade dans un pays alors sous domination française. Depuis, tous se sont perdus de vue, le père est mort dans les bras de sa fille, la mère survit dans une résidence. Passé et présent se côtoyant, le lecteur remontera le cours des événements, témoignés par le narrateur qui partage son temps entre la recherche universitaire, l'écriture, et son passe-temps favori, le vélo. Entrecoupé d'aventures sentimentales qui confirment l'ignorance qu'il a des femmes. Peu à peu, nous entrons dans la jeunesse du père, de sa famille, et dans celle de la mère. Sera dénoncé le pouvoir abusif qu'exerçaient des supérieurs d'orphelinats, de couvents, l'avenir d'enfants et d'adolescents traumatisés, ne dépendant que d'adultes bien souvent sans scrupules.

Nous lisons ce roman, telle une enquête menée par un homme de plus en plus exaspéré, perturbé par la disparition de sa sœur. Des bribes de sa vie lui parviendront en pièces détachées, narrées par les uns et les autres, une amie de Béatrice, par ses deux frères. Mais qui détient la vérité ? Personne. Que Béatrice elle-même qui enverra de longues lettres à Simon, rédigées tel un Journal. Elle y relate une histoire qui se veut fictive, griffée d'une brutalité bouleversante. D'une vérité dérangeante, que nous avons peine à imaginer tellement elle met au jour des drames parentaux et fraternels. Les pages décrivant l'Algérie, ses enchantements et ses déboires, se révèlent d'une sensibilité à fleur de sentiments que, seule, une personne ayant vécu sur le continent nord-africain peut souligner... Simon, apprenant les souffrances outrancières, silencieuses, qu'à subies sa sœur, réglera des comptes que la mort de Berlin aura suscités, son maître s'étant imposé des interrogations assourdissantes, muettes. Il se heurtera à un cercle d'injustice, mais qui se déroulant, atténuera les brisures des êtres que nous ne connaissons qu'en surface.

C'est un premier roman remarquable, où l'écriture dense et riche cadence des propos confondants, mettant en valeur la ténacité d'un homme qui, profitant d'un été caniculaire à Montréal, ose se regarder dans les miroirs déformants familiaux et d'autres, défonçant des méandres mensongers entretenus pour se créer des vérités inacceptables. Roman intelligent et lucide, où la poésie narrative adoucit les mœurs dépravées d'hommes et de femmes victimes d'une époque restrictive, elle-même représentative de siècles opprimés, assujettie à une éducation qui ne demandait qu'à exploser hors de sa gangue suffocante...

Cependant, on émet une réserve. On doute que cette histoire d'ordre psychologique soit une première tentative romanesque de la part d'Élie Maure, la maîtrise de l'écriture nous ayant subjuguée, sinon éblouie.


Le cœur de Berlin, Élie Maure
Éditions Les Allusifs, Montréal, 2017, 237 pages

lundi 6 mars 2017

Un détour de quelques jours *** 1/2

Au loin, la barre du jour se montre plus écarlate de minute en minute. De nos fenêtres, on suit son étalement sur l'horizon, dont elle maintient la ligne de démarcation. Frontière sans risque de démantèlement parce qu'elle n'est pas née de l'esprit belliqueux des hommes, mais de la fraternité indissoluble du ciel et de la terre. On commente le roman de Ronald White, Nathalie ne vit plus ici.

L'histoire se déroule en cinq semaines, narrée par Charlotte, mariée à Simon Genest, mère de deux jeunes enfants. Pendant la nuit, alors qu'elle ne peut dormir, elle se remémore Nathalie, qui a semé bien de mauvaises herbes dans un jardin où en apparence ne poussait aucune fleur empoisonnée. Métaphore qu'on utilise pour donner un aperçu du drame qui couve, à l'insu de Charlotte qui n'a rien vu venir, amoureuse d'un mari attentionné, qui élève son garçon et sa fille dans un foyer équilibré et conventionnel. Simon, qui travaille dans une firme internationale, rêve de posséder un nouveau camion pour aller au bureau. Ce camion coûtant très cher, sans le consentement de Charlotte, il loue une chambre de leur condo à Nathalie, une ancienne copine de cégep, qu'il a retrouvée à la suite d'une entrevue à la télévision. Charlotte sera informée de sa décision la veille où la jeune femme, inconnue d'elle, doit aménager chez eux. Elle accepte mal cette intrusion mais elle essaie d'entretenir un climat de bonne entente. Peu à peu, Nathalie se révèle une femme déséquilibrée de qui le couple sait peu de choses. Célibataire, sans enfants, infirmière, s'est-elle présentée, alors qu'elle est en instance de divorce, mère de deux petites filles. À la suite d'un examen psychiatrique, la garde lui en a été enlevée. Elle s'est enfuie de Sherbrooke, ville où elle résidait, pour s'éloigner d'un mari autoritaire, d'un psychiatre qui lui soumet un traitement duquel elle doute de l'efficacité.


C'est au fil des jours qui passent, que Charlotte et Simon se révèleront à leur tour sous leur vrai jour. Charlotte travaille dans un ministère, à aucun moment elle n'a mis en doute l'amour de son mari pour elle et leurs enfants. L'envers de cette vie, semblable à celle de beaucoup de couples, n'a pas la couleur du temps qui s'écoule, uniforme, teintée d'un ciel d'orage. En partie responsable des événements qui s'ensuivent, Nathalie, malgré ses crises de profonde angoisse, découvrira le pot aux roses. N'étant pas la femme qu'elle prétend être, un étau intolérable se resserre  autour de sa personne, sa famille, son ex, son psychiatre l'ayant retracée. Seul, un vieux monsieur, pour survivre, s'est épris de sa jeunesse. Révélations qui s'accumulent et dans lesquelles se reflètera la part sombre de Simon Genest, qui, sous un abord inoffensif, a manipulé son épouse Charlotte, trahi sa confiance. Celle-ci ne demandait qu'un peu de bonheur, qu'une parcelle de tendresse et, soudain, il ne reste plus rien. Que de jeunes êtres abîmés, que le cadavre d'une jeune femme qui avait saisi la personnalité trouble de Simon Genest. Complexité de Nathalie, oscillant entre l'innocence et la perversité, pensant que l'attrait du sexe et de l'argent la sauverait d'une dégradation qu'elle ne pouvait éviter, la réalité lui échappant, entrecoupée de douloureuses migraines. Secouée de tremblements nerveux qui la désemparent.

Le monde est ainsi fait que l'auteur, Ronald White, en a tiré une histoire émouvante, presque triste, où les victimes sont des femmes si peu aptes à lutter contre une apparente inertie sournoise. Femmes adultes, fillettes impubères, livrées obscurément à l'hypocrisie d'un homme en qui elles avaient cru, comme on croit à un ciel bleu qui, brusquement, s'assombrit, déverse son eau cinglante sur des épaules vêtues de teintes estivales. Le roman, morcelé de nombreux dialogues percutants, apprend au lecteur que toute vérité, quoi que nous en pensons, est salutaire à démystifier. Le désengagement forcé de Charlotte, la mort de Nathalie, les mensonges de Simon, apportent une dimension dérangeante à un récit qui, dans une vie normale, aurait dû se terminer dans une harmonieuse amitié à trois. Charlotte se serait endormie au lieu de faire le procès d'un homme, lisse comme la surface trompeuse  d'un lac. 


Nathalie ne vit plus ici, Ronald White
Les Éditions Sémaphore, Montréal, 2016, 185 pages


lundi 20 février 2017

Et si on lisait ce qui en vaut la peine ? ****

Janvier est en déroute, février court après un semblant de printemps. On souhaite des éclats de soleil, rutilants et chauds. Un avant-goût de vert sur la palette de la nature. On n'aime pas la neige, on aime la vie qui chante dans le gosier des oiseaux, dans le murmure de la canopée du parc. On commente le sixième recueil de nouvelles de Jean-Paul Beaumier, Et si on avait un autre chien ?

Il en est des nouvelliers comme des romanciers, certains nous séduisent, certains nous indiffèrent. Cependant, on reconnaît que la nouvelle est un art difficile à traiter. Peu d'écrivains qui en tâtent sont aptes à en aborder l'écriture sans risquer de se perdre dans leur bavardage. Des nouvelliers comme Andrée Chedid, Annie Saumont, Françoise Sagan, pour ne nommer que ces trois-là, se retrouvent peu souvent sous notre regard critique. Il ne s'agit pas de faire court mais d'aller à l'essentiel, quitte à recourir aux non-dits. Cette abstinence, perçue entre les lignes, le lecteur sait l'interpréter, il est accessoire de tout divulguer, la fin d'une histoire s'ouvrant parfois tel un éventail. Pour ces raisons et d'autres qu'on tait, on s'est réjouie de la lecture du dernier recueil de Jean-Paul Beaumier. L'auteur utilise les ingrédients nécessaires à écourter des textes savoureux, sans y ajouter d'oiseux superlatifs qui alourdiraient les propos qu'il offre généreusement au lecteur. Son souci, par le truchement de la voix masculine de son personnage principal, est de nous faire part de son exigence à dépeindre la vie quotidienne, ses joies, ses déboires. Ici, le narrateur est accompagné d'une femme prénommée Suzanne, Valérie ou Mireille. Elle se campe, solide, réaliste, tempérant les humeurs, plutôt maussades, d'un nouvellier fictif, qui use d'humour pour dissimuler son agacement. On a l'impression que cette femme témoigne de l'effritement des sentiments qui unissent leur couple depuis de nombreuses années. Elle se révèle dans l'ordinaire du quotidien, cependant indispensable. Lui, se retranche dans la fiction, assurant en quelque sorte sa survie. La nouvelle, titrée La bibliothèque, confirme son évasion dans une mort hypothétique. Autre nouvelle qui convainc le narrateur de son désir de solitude, Dénouement. Il se balade seul sur la plage, exaspéré d'une semaine de vacances imposée par sa conjointe. Exaspéré aussi par un texte duquel il ne parvient pas à poursuivre le cheminement. Il s'interroge sur la finalité de sa fiction quand il aperçoit une jeune femme parcourant la plage, jouant avec son chien. Il ne l'approche pas, elle ne le fuit pas, elle disparaît, creusant sa marque dans le sable, que le remous des vagues effacera. Subtilité de la relation amoureuse qu'on a savourée dans le texte, on pourrait dire silencieux, intitulé L'autre rive. Le narrateur fait revenir son ex-compagne dans leur chalet pour lui faire admirer son dernier livre qui vient de sortir en librairie. Désarroi, incompréhension d'elle, qui veut fuir ce qu'elle a déjà quitté.

Ces dix-neuf nouvelles ne peuvent toutes être citées, bien qu'elles le mériteraient. Quelques-unes ne tiennent qu'au fil palpable du souvenir comme dans Un trouble, grand. Beaumier démontre une fois encore son talent à manier l'art difficile de la synthèse. Il en va de même pour la fiction, Dans les circonstances. On aime la trame qui symbolise l'ensemble du recueil. Agitation et figement en parallèle. À quoi ça rime ? se déguste en ce sens. Lui, feuillette un dictionnaire, elle, tricote un chandail. Chacun retranché dans ses réflexions, tous deux au bord du drame. L'ironie se démarque lorsqu'un professeur de littérature doit faire face à la séduction provocatrice de l'une de ses étudiantes, Séduisez-moi. Plus grave, le ton décrivant une action sans retour possible, Nuit sans lune. Plus contemplatif, le ton polissant un esthétisme détaillé, Supertone. 

Il y a encore la mort du chien, Utopie, emblème attrayant qui raccorde les nouvelles entre elles. Renoue des liens défaillants entre les protagonistes. Maintenant que les enfants, Laure et Vincent, ont grandi, quitté la demeure familiale, faut-il qu'un chien, non pas les remplace, mais compense la vacuité que leur départ a suscité, sillonne les ornières vulnérables du temps qui passe, bouscule l'ennui qui, peu à peu, ronge un homme et une femme s'emmurant chacun dans ses obsessions ? Se détournant du mystère grafignant les relations amoureuses, refusant de se contempler dans le miroir de leur déni. Ils conviendraient alors qu'un chien s'avère de bonne compagnie, que l'être humain a sa place dans un espace fait de tolérance, de tendresse, d'humilité.


À lire, pour apprécier la beauté de ces fictions, comme on l'a fait soi-même, tout en se délectant du regard méticuleux, rigoureux, de Jean-Paul Beaumier, observant la marche boiteuse de ses semblables. À partir de ces failles, l'écrivain conçoit des histoires apparemment banales, mais qui dénoncent la conduite d'individus quand rien ne va plus, tel le jeu dangereux de la roulette russe, se hasardant à celui, plus modéré de la vie.


Et si on avait un autre chien ? Jean-Paul Beaumier
Éditions Druide, Montréal, 2017, 160 pages



dimanche 5 février 2017

Requiem pour un avocat *** 1/2

On n'est pas comme Juliette Gréco, qui haïssait les dimanches. On les aime pour le repos qu'ils nous procurent, pour le farniente qu'ils créent dans nos agissements, pour la lenteur qu'on reconquiert durant quelques heures. Les dimanches sont comme la goutte d'eau dans un océan d'illusions, le frisson du vent sur un lac de platitudes. On pourrait faire mieux, on ne fait rien, on ne pense surtout pas, on attend le lundi en se lamentant. On parle du livre d'Antoine Brea, Récit d'un avocat.

On ne connaissait pas cet écrivain que grâce à son éditeur, on a découvert en lisant son dernier opus. Le titre, sobre et rationnel, ne nous invitait pas à nous introduire dans l'histoire d'un homme qui, à la suite de péripéties survenues environ une année plus tôt, démontre avec moult détails, que l'honnêteté professionnelle, pas mieux que le goût de la perfection, ne s'avèrent des vertus suffisantes pour ébranler les barrières d'ordres établis. Bien que cet homme, atteint de problèmes mentaux, ait toujours su maîtriser son handicap envers la société.


Le drame, dépeint brièvement par l'écrivain, mentionne au lecteur le crime commis sur la personne d'une jeune femme de vingt-cinq ans, Annie B., aide soignante, d'origine alsacienne. Enlevée par deux immigrants kurdes, Ahmet A. et Unwer K., elle avait été violée, brûlée vive, dans une forêt du Jura. Fait divers authentique commis dans la nuit du 8 et 9 juillet 1994.

Cette affaire sordide, l'avocat la décrira minutieusement avant de se résigner au pire. À la suite d'une rencontre avec une vieille dame richissime, qui a pris en une amicale pitié Ahmet A., détenu à la prison Centrale de Clairvaux, elle demande à son interlocuteur de mettre au clair les complications administratives, inhérentes à la condition d'étranger de Ahmet A., d'influencer sa libération conditionnelle.

Le narrateur nous tient en haleine dès qu'il fait la connaissance de cet homme, apprécié du personnel carcéral, des codétenus. Depuis sa réclusion, le criminiel se montre docile, réfractaire à tout acte de rébellion. Exemplaire, il serait donc équitable que son sort de prisonnier soit adouci, sa sanction révisée. Mais s'y opposant, Ahmet A. surprendra son avocat par l'opiniâtreté à vouloir expier sa peine dans les conditions imposées deux décennies plus tôt.

Plus on pénètre dans ce récit invraisemblable, plus la lecture devient passionnante. L'étau se resserre certes, mais subjuguée par les rouages ténébreux d'un système judiciaire gangrené, on suit cet homme dans ses déboires professionnels, sa personnalité fragile s'aggravant jusqu'au dénouement final. Fatal. Vie insipide d'un avocat, condamné à des amours trébuchantes, astreint à dénouer des dossiers autant ennuyeux que l'est son quotidien.

Récit bouleversant se révélant à travers des chapitres séquentiels, une écriture élégante, un style concis, empreint d'une nostalgie maladive. Écriture un peu désuète comme l'avocat agissant dans une dimension qui n'est plus tout à fait sa réalité propre, qu'il accepte sans très bien la comprendre et surtout sans n'y pouvoir rien. L'écrivain Antoine Brea, qui exerce lui-même, sous un autre nom, la profession d'avocat, pose discrètement au lecteur une pléiade de questions que nous ne pouvons résoudre sans risquer de nous retrouver au bout d'une corde...

Histoire à lire, pour apprendre à ne pas céder aux mécanismes outranciers et trompeurs d'une justice aux plateaux instables. Mais de s'interroger sur les problématiques du milieu judiciaire et carcéral, sur les mesures drastiques en prison.


Récit d'un avocat, Antoine Brea
Éditions Le Quartanier, Montréal, 2016, 120 pages





mardi 24 janvier 2017

Entre sorcières et humains *** 1/2

Il est des nuits comme des journées, actives ou paresseuses. On dort, on ne dort pas, le sommeil, lui aussi, impose ses trêves. Faites de joies ou de peines, comme si les émotions ne savaient se contenter de la lumière du ciel. On ressasse des événements sans importance, on devrait mentionner des faits divers, la mémoire exacerbée les affublant du costume usé d'une époque révolue. On commente le roman de Nancy Vickers, Maldoror.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les histoires de cette auteure généreuse ne nous accablent pas des problèmes sociétaux actuels. Elle nous emporte sans transition aucune dans des lieux où sévissent d'étranges personnages, des femmes principalement, qui ont pris en main leur destinée d'anges ou de démons. C'est le cas ici où, dans un village intemporel, Maldoror, un musicien de génie, mondialement célèbre, Vlad Vamberger, après avoir donné un concert, s'éprend d'une jeune fille au prénom insolite, Immaculée. Elle est l'enfant de la sorcière et peintre ésotérique, Vanessa. Cette dernière pressent que sa fille a été conçue lors d'une soirée vaudou, en Haïti. Le père, elle ne sait plus, mais il est évident que le musicien la trouble, lui rappelle un homme qui a pratiqué sur elle des rites dont elle ignorait alors la puissance. Vanessa s'entoure d'une cour d'oiseaux qui prennent la parole, de chats qui interviennent dans les moments cruciaux. Animaux qu'elle vénère au même titre que la mort inexpliquée de sa meilleure amie, Séverine, la hante. Ses tableaux s'animent, accusent, se rebiffent. À la suite de son mariage avec Vlad, sa fille, Immaculée, donnera naissance à des jumeaux, une fille et un garçon, Trinité et Océan, qui lui coûteront la vie. Inconsolable, Vlad repartira en tournée, ses enfants seront confiés aux bons soins de Vanessa et des nourrices. C'est dans cette atmosphère quelque peu repliée, hétéroclite, que les jumeaux d'Immaculée grandiront, devenant eux-mêmes des adolescents empêtrés dans une éducation surannée, influencée par leur grand-mère que, plus tard, après le décès de leur père, ils refuseront de rencontrer, l'accusant de maléfices à leur endroit.

Le destin inusité de ces personnages marginaux serait banal si leur aventure personnelle n'était pas dictée par les agissements troublants des jumeaux qui s'éprennent l'un de l'autre, essaient d'invoquer en leur savoir musical, la dernière œuvre de leur père, qu'il n'a pas eu le loisir de terminer avant sa mort. Justiciers l'un de l'autre, ils s'imposeront des contraintes amoureuses pour que l'enfant de la musique renaisse dans la future naissance de leur fille. Amalgame des relations incestueuses entre le stryge de Vlad, Trinité et Océan, que Vanessa surveillera de loin, son pouvoir de sorcière la faisant pénétrer dans un futur angoissant et déstabilisant. On ne révélera pas toutes les péripéties animant ce roman, cela serait impossible, les cartes du tarot dévoilant le drame qui se prépare, inévitable, le feront en notre nom. Le feu, synonyme de passion, bien souvent de destruction, conclura une fiction qu'on n'a pas l'habitude de savourer parmi nos pérégrinations littéraires. Il suffit de faire confiance à l'imagination fertile de l'écrivaine, Nancy Vickers, qui, elle, ne craint pas les représailles de divines sorcières pour avoir dénoué, avec talent et originalité, leurs intrigues manigancées entre vivants et morts.

À lire, pour se faire une idée de mondes inaccessibles, qui, semblables à des horizons parallèles, terre et mer, finissent par atteindre les humains que nous sommes, tels les dieux, jadis, ne manquaient pas de se masquer pour mieux nous atteindre. Au fond de nous-même, on s'interroge sur l'identité des protagonistes que Nancy Vickers dirige avec doigté, habile metteure en scène. Ne sont-il pas issus d'un rêve éveillé ou d'une improbable rencontre avec des êtres évanescents, ne souhaitant que retourner dans leurs limbes insondables ?


Maldoror, Nancy Vickers,
Éditions David, Ottawa, 2016, 250 pages







 

dimanche 8 janvier 2017

Un été d'apprentissage ***1/2

À la mi-juin, elle nous annonce fièrement qu'elle a trouvé l'amour de sa vie. On la félicite, on connaît les épreuves qu'elle a traversées. On sait aussi qu'elle n'est plus très jeune. Hier, elle nous revient, le visage ravagé, les yeux rougis par trop de larmes versées. Elle nous apprend, le souffle court, que l'homme qu'elle aimait l'a lâchement quittée. On ne sait quoi dire, on éprouve une colère sourde envers cet homme qui a brisé le cœur d'une femme amoureuse. On a lu le roman de Carole Massé, La gouffre.

Nous sommes en 1951, au Québec. Un été à Baie-Saint-Paul. Estelle, quatorze ans, vit avec ses deux tantes, célibataires, indépendantes avant l'heure. La jeune fille aime aller se balader en vélo près de la rivière La Gouffre, elle y trouve le calme et apprécie le charme des lieux. Mais cet après-midi-là, une surprise l'attend sous la forme étourdissante d'une jeune femme qui, pour des raisons inconnues, apparait à Estelle. Elle s'appelle Gloria, se dit danseuse, raconte à l'adolescente ce qu'elle espère de la vie. Après quelques heures de gloire dans un cabaret de Montréal, célèbre à l'époque, Gloria rêve d'entreprendre une carrière à Hollywood. En attendant que ses projets se concrétisent, il faut vivre, et Gloria sera embauchée comme cuisinière à la ferme d'Émile, homme débonnaire dont le portrait nous a touchée. Ses deux fils, Louis et Jacques, gèrent la ferme du mieux qu'ils peuvent, chacun entretenant des illusions, l'un sur le passé d'une guerre mal digérée, l'autre sur l'avenir loin de la ferme. L'arrivée de Gloria sera le prétexte à mettre en évidence les refoulements de chacun et, surtout, à nous faire découvrir les sentiments farouches d'Estelle envers Gloria, quand elle apprendra que cette dernière y travaille.

L'intrigue, évidemment, ne s'arrête pas au chambardement que créera la beauté sensuelle de Gloria, sa personnalité rebelle de femme autonome, encore moins au mystère dont elle s'est pourvue pour mieux séduire son entourage dont Estelle s'avère le pivot. À quatorze ans, l'admiration portée sur autrui se révèle une passion juvénile, qui imprègne une existence encore en l'état de cocon. Le sujet de fascination devient mentor, ce que Gloria représentera pour la jeune fille quand, des années plus tard, celle-ci relatera cette histoire de cœur abîmé par une femme qui, elle, accomplira ses ambitions de jeunesse. La fiction, bellement narrée par Carole Massé, dont nous reconnaissons l'infaillible talent d'écrivaine, nous fait part en même temps du changement politico-social qui s'opère lentement au Québec. À travers Estelle, sa profession de costumière, l'effervescence qui bouleverse les projets inattendus des divers protagonistes, toujours témoignés par Estelle qui, telle Zazie, a vieilli.

Roman de l'apprentissage des sentiments humains, de leur joie, de leur peine, de leurs contradictions. De la fin de la naïveté mais aussi de la fidélité trouble ressentie envers un être inaccessible, qui ne nous quitte jamais malgré l'éloignement. Inévitablement, la mort rôde, pèse et chagrine, sans que la vie en soit altérée, le lot d'un pays, d'un être humain, étant d'avancer vers des lendemains salvateurs. On a aimé cette histoire superbement décrite au niveau simplement humain, le cœur des hommes et des femmes palpitant au-delà de ses capacités quand un événement improbable survient durant un été. Le soleil, la chaleur, le crissement des insectes, les ciels criblés de myriades d'étoiles, cisèleraient-ils le souvenir que nous gardons de quelques semaines hors du quotidien ? Évanescent, tels nos yeux intérieurs déforment une réalité consacrée à l'exagération de nos sensations. Il en est ainsi en chacun et chacune, nous vivons par procuration, ne voulant pas déserter tout à fait le paradis des vertes années. Estelle, estropiée de l'âme, entraîne le lecteur dans une fureur de vivre, propre aux êtres épris d'un idéal surgissant de toutes les rivières bouillonnantes, de tous les étés vacanciers.

Simplicité de l'écriture poétique de Carole Massé, subtile approche psychologique, le ton accélère son rythme en même temps que les personnages regardent loin devant eux, que les années noires du Québec se grisaillent, se diluent derrière elles. Juste équilibre du temps qui passe, qui s'effiloche dans des embardées nécessaires à rassembler des morceaux du puzzle, comme le fait Estelle avec des morceaux de tissu, qui consolident son talent de costumière, ce qu'elle ignore encore...


La Gouffre, Carole Massé
XYZ éditeur, Montréal, 2016, 380 pages