lundi 10 juin 2013

Aborder le passé et l'aimer encore ***

" On ne tombe que devant deux états : l'amour et la mort. Quelques-uns devant l'art. " Apophtegme écrit et utilisé dans l'un de nos livres, après la lecture du roman de Charles Morgan, Sparkenbroke. On parle du recueil de nouvelles de Jacques Girard, Attendez au moins la fin de l'histoire.

Vingt-deux textes plus ou moins longs relatent des moments percutants du passé de l'écrivain. Passé témoignant de ce que nous sommes devenus, qui nous a forgé une mémoire indestructible. Miroir nécessaire pour la suite de l'aventure humaine que nous poursuivons en faisant le bilan de nos succès et défaites. Émouvante leçon d'humanité que nous donne Jacques Girard en évoquant la fin de la vie d'une vieille Indienne, se remémorant la femme rebelle qu'elle représentait dans sa communauté. Des jeux d'enfance renvoient l'auteur à son petit-fils et à ses amis. Tendresse et courbatures ! Plus loin, les activités dominicales des années cinquante, sous l'œil paternaliste du clergé. « Allez donc savoir » pourquoi les courses automobiles comptaient au nombre des loisirs permis par l'Église ? Permissivité qui vaut au lecteur une nouvelle étonnante où le regard enfantin du narrateur s'attarde sur les « conducteurs » favoris, sur leur désir parfois crapuleux de remporter une victoire, sur la catégorie des voitures qui participaient à l'événement. Le père du jeune garçon créera une surprise en infligeant une correction à plus fort que lui. Été 1962, cinquante ans plus tard, Jacques Girard se souvient de son expérience d'assistant-mesureur dans un camp de bûcherons, qui incitera l'adolescent qu'il est, à rédiger des lettres pour deux bûcherons, intraitables hommes d'affaires, pour des amoureux qui ne savent écrire à leur bien-aimée restée au village... Il y a aussi Blanche, « jeune infirmière du Lac-Saint-Jean » qui, pour gagner l'argent de ses études, s'est exilée à Parent, « village perdu à trois cents kilomètres de la Tuque. » Un secret de chair dépeint Madeleine que l'auteur a rencontrée vingt ans plus tôt lorsqu'il enseignait. Une triste évocation pour lui, qui a essayé d'aider l'étudiante, incomprise de ses collègues, injustement bannie des jeux de ses camarades. Insatiable, elle se réfugie dans les livres, fantaisiste, elle s'habille en bohémienne, jusqu'au jour où Madeleine échappe à la compassion de son professeur de français. Un secret de chair, pacte de silence, qui sera peut-être une renaissance pour la jeune anticonformiste. Autre récit poignant : la santé chancelante de son père invite l'auteur à relater la vie difficile du vieil homme. Sa bonté, ses sacrifices pour que sa famille, femme et enfants, vive honorablement. Une marche en forêt avec les raquettes usagées du père encouragera le fils à se ressaisir, à y voir plus clair.

Parmi ces textes qu'on ne peut tous présenter, clins d'œil généreux sur des instants où se confondent petits et grands, on a relu avec plaisir la nouvelle L'Albatros — publiée précédemment sur le site du Chat Qui Louche —, l'une des histoires les plus originales du recueil. Là encore, le temps a fait son œuvre. Dans une salle de billard s'affrontent monsieur Pilote, « corps tordu par un accident cardio-vasculaire » et un adversaire « dandy arrogant, prétentieux, fils à papa. » Depuis, monsieur Pilote est mort, quarante ans ont passé...

Nouvelles nostalgiques certes, narrées par Jacques Girard avec pudeur et poésie, sans mièvrerie. Le livre fourmille de noms et de citations d'écrivains ou de poètes qui ont accompagné le libraire, le bibliothécaire, le professeur, le journaliste, à divers stades de ses professions. Le passé comme référence inspire joliment le conteur. Humour et humilité se conjuguent ; face aux grands dilemmes existentiels, ces deux vertus rehaussent les qualités essentielles, réjouissantes du recueil. Une vie tellement différente de celle que nous connaissons aujourd'hui devrait séduire la jeune génération, la faire interroger un homme avide de se pencher sur ses souvenirs assoupis, flottant dans sa mémoire prolifique. Allez savoir, à la manière de Réjean Ducharme !

On ne peut refermer le livre de Jacques Girard sans mentionner la présence de huit artistes peintres régionaux, qui ont contribué à la beauté visuelle de l'ensemble des textes.


Attendez au moins la fin de l'histoire, Jacques Girard
Nouvelles publiées à compte d'auteur, en collaboration avec Pierre Gill
Roberval, 2013, 128 pages




1 commentaire:

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