lundi 25 mars 2019

Des blessures au bout du cœur *** 1/2

Il neige. On se remémore les paysages d'un pays chaud, celui qui a témoigné de notre jeunesse. Cela nous arrive peu souvent, on est occupée à lire, on s'évade dans le monde fictif d'écrivains qui nous aident à traverser l'hiver. Ou bien on revoit des lieux de réjouissances découverts durant un séjour estival. Ces créateurs d'histoires ne se rendent pas compte à quel point on leur est redevable. On a lu les nouvelles d'Anne Genest, Les papillons boivent les larmes de la solitude.

Quand une lecture se fait simple et naturellement limpide, nous n'imaginons pas le travail qu'il y a derrière tant de fluidité, parce qu'il est de bon ton de lire sans trop se poser de questions. C'est ce qu'on a ressenti en nous délectant des récits brefs d'une écrivaine de qui on ignorait le talent, car il en faut beaucoup pour parvenir à cet état apparent de détachement. Pour ne pas dire de dépouillement. L'auteure résume en quelques pages des situations que vivent hommes et femmes, surtout des femmes, définissant un moment de leur existence, toujours peuplées d'une profonde solitude.

Quatorze textes qui interpellent chacun et chacune de nous selon sa forme de sensibilité. On aime les nouvelles qui créent des émotions, les font remonter en surface, translucides et mouvantes. Une femme, un homme, y jouent leur rôle, nous confient ce que nous réserve un temps reculé, tel Valentin, journaliste et éditeur, qui a découvert des lettres d'une femme révoltée qui a réellement existé au Québec, au XIXe siècle. La province est à la merci de l'Église, représentée ici par un curé réfractaire aux revendications audacieuses de cette femme. Des femmes. La fin est édifiante. Encore, on s'interroge. La langue morte. Un récit concis, explicite, comme le sont la majorité. Le nu, un itinérant à qui un professeur de dessin propose de poser nu dans son atelier. Le vagabond hésite puis accepte. Le corps, dépouillé de ses vêtements, montre un quadrillé d'irradiations qui surprend le professeur, le fait changer d'idée. Autre fiction émouvante qui pourrait ne pas être illusoire, le questionnement d'une femme quand elle ramasse une minuscule chaussure rouge au kiosque des objets trouvés où elle est préposée. À qui appartient cette petite chose « fabriquée dans un similicuir fripé » ? À force de chercher, elle parviendra à une conclusion qu'elle n'avait pas du tout imaginée. Le lecteur non plus ne s'attendait pas à un tel dénouement pathétique. C'est souvent dans la ville turbulente que se situent ces scénarios fracassants. Le passage d'une femme qui, dans un supermarché urbain, place des pensées qu'elle a écrites au milieu  d'étagères encombrées de produits divers. Or, un inconnu s'est aperçu de son manège, il l'aborde, lui fait un étrange chantage. Le marché. Un homme, boutiquier de figurines religieuses, possède un kiosque dans une église. Statuettes qu'il a dénichées aux quatre coins du globe, y mettant toute sa fortune. La popularité dont jouit l'église a profité au boutiquier qui suit dévotement la messe. Puis, « les paroles liturgiques étant formulées, il s'installait devant le kiosque, prêt à recevoir les fidèles. » Mais la bonne entente ne peut durer sans qu'un jour le mal se glisse dans un cœur aux apparences innocentes. Un matin, le commerçant découvre le désastre de son inventaire et une grande part de ses figurines dilapidées. Après que les policiers eurent fait leur travail, le boutiquier enquêtera minutieusement, se délestant pour ce faire de sa propre personnalité. Une piété de plâtre. Elle nourrit les oiseaux et les chats. Se niche dans une « chambre mansardée, enfoncée dans une ruelle percée par une poignée de frênes. » Elle observe le comportement des volatiles, des félidés, éveillant en elle le désir de s'occuper d'un humain. Un soir, dans la pénombre, un bruit lui parvient, une silhouette se dessine entre le branchage. Cet homme, car c'est en un, veut-il lui faire du tort, à elle, ou à ses bêtes ? Le dénouement sans ambages nous a amusée, on a souri de l'habileté de l'écrivaine à combiner la " chute " de ces textes. Leur charme tient au fait que, si la solitude embrouille les intentions des protagonistes, en dénonce l'ennui, ils vivent seuls et plutôt chichement, se manifeste en eux une soudaine sérénité envers soi, envers une tierce personne.

On en passe, ces nouvelles se révélant autant attachantes les unes que les autres. L'écriture, sensitive,  joue avec les permissives saveurs du langage. Tout est mentionné en mots essentiels, sans entrer dans d'inutiles fioritures qui n'apporteraient rien à des circonstances rarement irréparables, blessant des êtres humains qui, malgré eux, se suffisent à eux-mêmes. Ils souffrent d'un excès de générosité aggravée par des réminiscences d'enfance ou d'adolescence auxquelles ils n'essaient pas de se soustraire. L'ordre de l'existence, parfois son désordre, n'est-il pas généré par le commencement d'une relation plus ou moins houleuse avec la mère et le père ? Personne n'échappe à cet état, nos peurs de jeunesse confrontées avec ce que nous devenons, tel M. Trân, qui aborde un mystérieux sourire pour apprivoiser des enfants de la rue. La nouvelle qui clôt le recueil nous a particulièrement touchée, Ta Babylone. Un homme qui se sent vieillir cherche à vendre sa librairie d'ouvrages usagés. Découragé par l'inertie de ses semblables, il décide de donner tous ses livres. Le point de vue est décrit par sa fille qui relate les souvenirs qu'elle a préservés de la librairie de son père. Histoire émouvante, on voudrait que les livres trouvent preneuse si généreuse. Ce serait un deuil en moins... On a omis de signaler que chaque nouvelle est sous-titrée d'une citation qui se rapporte à un texte en particulier. Sorte de préambule, profilant les acteurs, avant d'entrer sur leur scène personnelle, nous signifier que chaque instant apporte son lot de quiproquos. Le parcours à cheminer possède lui aussi son grain de fantaisie, grâce à l'œil aigu d'une écrivaine observatrice, magistralement douée pour synthétiser l'art de vivre avec ou sans les papillons virevoltant à ses côtés...


Les papillons boivent les larmes de la solitude, Anne Genest
Les Éditions de l'instant même, Longueuil, 2018, 100 pages

 

2 commentaires:

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