La nuit quand on ne dort pas, on imagine un monde qui ne serait plus à la merci des fuseaux horaires. À un moment donné, on se dit que pendant quelques secondes, tous les continents se sont apaisés, leurs dérives vers des guerres ou autres vacarmes meurtriers ont laissé la place à un sommeil où seule l'inconscience se débat dans des rêves et non dans des cauchemars, ourdis par le désir de tout saccager. On a lu le dernier roman de Mathieu Blais, Francœur.
Autre saccage que nous propose l'écrivain, à partir d'un fait divers, nous renseigne-t-il. On connait peu son œuvre mais dans ce livre on apprécie que la complaisance ne donne pas le ton au récit d'un homme qui a été tué dans le centre de détention, à Sainte-Anne-les-Bains, l'histoire de cet homme, délibérément fou, évoquée par un autre prisonnier, Bronco. Subjugué par la personnalité trouble de Maxime Francœur, arrivé là, un éternel grand sourire sur les lèvres, racontant à qui veut l'entendre son amour inconditionnel pour Rosemarie, qu'il a rencontrée chez le nettoyeur Saint-Amour. À Sorel. « C'était une fille de club, une barmaid, une belle fille aux cheveux teints noirs et au visage intelligent, une vivante, une crisse de vivante [ ... ] » Mais jamais elle n'est venue le voir, ni ne lui a écrit, ni téléphoné à Sainte-Anne-les-Bains. Bronco, le narrateur, prétend que cette histoire d'amour est une histoire impossible comme le sont les vraies histoires d'amour. Sympathie contrainte qu'échangent les deux hommes. D'abord à la cafétéria, puis à l'entretien de la chapelle, de la blanchisserie, où ils ont été jumelés. Mais c'est dans le couloir de la bibliothèque « seule place où le soleil se pointait un peu » que Francœur se laisse aller à relater des épisodes de sa vie. Une vie qui en vaut une autre. Une mère, professeure de mathématique au cégep de Sorel, un père commerçant d'une petite quincaillerie. Bronco ne croit pas que cet homme qui se gomine les cheveux, ne possède qu'un peigne, soit issu d'une famille traditionnelle, telle que la retrace son coéquipier de nettoyage. Il ne voit qu'un caméléon en lui qui s'inventerait des pans loufoques de vie. Une existence frelatée qui l'incite à devenir une brochette de personnalités. Francœur était-il un mythomane qui lisait, écrivait des poèmes, de longues lettres à Rosemarie ? Était-il un fou qui pratiquait un délire organisé ? Ce sont les questions que se pose Bronco à mesure que son compagnon narre une existence où des noms douteux s'amalgament au sien, tels Jacques Mesrine, Jean-Paul Mercier. Il y a aussi Antoine Boum-Boum Geoffrion, qui a détourné Rosemarie de l'amour de Francœur. Un Hells Angels qui deviendra son amant. Un soir, ivre d'alcool et de jalousie, hanté jour et nuit par Rosemarie et Boum-Boum, Francœur quittera le chalet, prendra la route avec son oncle et son cousin pour secourir Rosemarie qu'il entend lui demander de l'aider, de la délivrer.
Tout le roman est ainsi, oscillant entre réalité et fiction. La réalité de Francœur transcendée par ses excès : ses larmes et ses silences poignants. Le constant refus de Bronco de croire à ses « conneries », même s'il est fasciné par le mystère de cet homme qui fait de sa détention un leitmotiv douloureux, se dévoilant par à-coups, empruntant le sillage dangereux, voire interdit, de détenus à vie qui ont tracé dans la cour d'illusoires frontières, ces incarcérés dépeints eux aussi par Bronco, attentif à la moindre gesticulation suspecte. Francœur se plait à jouer les trouble-fêtes, n'ayant pas tout à fait conscience de ses déclarations « pas nettes ». Une nuit, il disparait alors que personne ne peut s'évader de la prison de Sainte-Anne-les-Bains. Ses hurlements de terreur quand il est confiné pendant trois jours au « trou ». Sa prétention à faire de la magie comme son grand-père. La crainte des hommes à son égard, leur inspirant des sentiments de haine et de fascination.
Chaque chapitre s'ouvre sur un bref préambule qui dirige le lecteur vers une dernière facétie dramatique de Francœur. Bronco, qui a hérité de sa mémoire, relate sous la directive de l'écrivain Mathieu Blais, un récit hautement élaboré, poétique, dicté par les souvenirs délabrés de Francœur, celui-ci étant décédé après qu'un lieutenant des Hells Angels fut arrivé dans ce lieu d'expiation. Les détenus les plus aguerris savent qu'il n'est pas venu pour rien, les Hells apportant tous les malheurs du monde avec eux. Les derniers jours, autant dire les dernières pages du roman, bien que décrits sous les effets dévastateurs de la peur, sont magistralement analysés par Bronco, dont nous savons qu'il a braqué plusieurs bijouteries, s'est fait prendre, tiraillé entre ses propres souvenirs et ceux de Francœur, manipulateur et fou. Nous avons souvent l'impression que les fondations de Sainte-Anne-les Bains sont érigées sur des réminiscences assonantes, philosophiques. Sur des rétrospectives hypothétiques qui feront s'écrouler les murs, les rendant friables comme d'illusoires châteaux de cartes, ou les effaçant d'un site géographique qui ressemblerait à une citadelle livrée à la force tumultueuse de l'océan.
C'est un roman captivant, incrusté de tout l'amour dont sont capables des hommes quand ils sont libres de leurs pensées, de l'interprétation de leurs rêves. Ce qui s'avère impossible quand le temps n'existe qu'en différé, en suspension, comme le mentionne Bronco dans un chapitre ayant trait à une improbable évasion. C'est la peur, toujours, qui « se répand dans la poitrine, et ça serre, ça serre comme c'est pas possible. » Sans moralité aucune, sans l'intention de séduire un lecteur qui, inhibé de ses préjugés, devra écouter Bronco qui, lui, rapporte une vie d'homme amoureux fou d'une femme, conscient de son erreur, faisant semblant de croire que son existence a été autre, une existence conventionnelle comme celle de tout un chacun. Francœur n'échappant que par un malheureux hasard, si ce péril existe, à la fatalité d'un Quasimodo moderne.
Francœur, Mathieu Blais
Leméac Éditeur, Montréal, 2018, 136 pages
Critique de livres, romans, nouvelles, récits.
Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture. Jean Cocteau
lundi 4 février 2019
lundi 28 janvier 2019
Ce que cache les cordes à linge urbaines *** 1/2
Le silence dans lequel se réfugient certaines personnes, nous impressionne. On les regarde vivre, se disant qu'elles emporteront moult secrets avec elles. L'être humain est d'une fragilité déconcertante quand il s'agit de mettre cartes sur table, comme nous ne le faisons plus depuis que le troupeau se range du côté du plus fort, le plus faible n'étant pas toujours celui ou celle à qui nous pensons. On commente le recueil de nouvelles de Lyne Richard, Les cordes à linge de la Basse-Ville.
Il est vrai que toute lecture s'avère subjective, donc émotive. Nous nous laissons emporter par des personnages qui, comme nous tous et toutes, ont subi moult déboires. Un livre est le miroir de nos conquêtes, surtout de nos défaites. Il suffit que nos failles soient malmenées par un semblant d'échec pour que nous nous mesurions à quelque situation insolite. Même la nostalgie est de papier. C'est ce qu'on a ressenti en lisant le troisième recueil de nouvelles de cette écrivaine qui, en quelques pages et quelques mots essentiels, a brossé des portraits d'hommes, de femmes et d'enfants, aux prises avec un moment de leur vie souvent douloureux. Chacune de ces nouvelles atteint une fibre blessée en nous, mal colmatée pour passer au travers sans un pincement au cœur.
D'emblée, Lyne Richard ouvre un éventail de péripéties, préparant le lecteur à éprouver quelque sensation chagrine. Elle présente l'écrivaine qui s'éveille en elle, comme pour nous avertir qu'elle n'est responsable de l'état de qui que soit. Seul son regard effleure les cordes à linge pleines du quotidien des protagonistes, se dépêtrant d'incidents propres à chaque vie humaine. Des surprises il y en a, des déceptions aussi. Un enfant qui enferme les mouchoirs de papier mouillés des larmes de sa mère qui ne se remet pas de l'abandon du père, enseignant, parti avec une étudiante. C'est banal en soi, mais c'est la manière de dire qui compte, et cette manière la nouvelliste la possède au bout de sa plume. Plus loin dans le livre, une adolescente doit quitter la chambre de son enfance pour continuer à grandir ailleurs. Sont dépeints tous les trésors enfouis, silencieux, entre les quatre murs de cette pièce enchantée. Nous avons envie de consoler la jeune fille, mais c'est son père qui se chargera de le faire. La nouvelle éponyme nous entraine avec un jeune homme qui, chaque lundi, étant en congé, fait sa tournée des cordes à linge. Il a fallu que l'auteure de cette magnifique fiction en fasse autant pour que les détails qu'elle décrit avec une précision déconcertante, nous emportent avec elle dans chaque rue de la ville — Québec —, nous fasse lever le nez vers ces témoins si humbles du corps souvent féminin. Il y a l'usure, tel un symbole, qui revient sans cesse. Les souvenirs du jeune homme, qui relate les récits de son père qui travaillait au cimetière. Du plus quelconque au plus affriolant, le linge se laisse porter non sur un corps mais dans les yeux attendris du narrateur. Les cordes à linge sont un prétexte enfantin pour se remémorer sa mère qui étendait le linge, sa grand-mère aussi. Les cordes à linge, conclut le jeune homme, « ce sont des générations de gestes d'amour ». Tout ceci murmuré, ébauché, jamais de fracas, ni de cris, comme dans le récit Les lames. Une femme, bien que déçue par les hommes, pense avoir trouvé un amoureux enfin compréhensif. Il passera une nuit chez elle, prépare le repas du soir quand elle est partie travailler. Tant de sollicitude lui fait perdre de vue cet homme différent de ceux qui ont piétiné sa vie, flétri les fleurs de son jardin secret. Quand, au bout d'une heure, elle ressort de la salle de bains, elle n'entend aucun bruit, dans le salon il n'y a personne. Subite méfiance relatée dans la question que pose la narratrice au milieu du salon désert. C'est un cri désespéré, un des rares cris du livre, qui sera pire que la déception de la femme ressentie avec ses anciens partenaires. Bouleversant texte rédigé en seulement quelques pages. L'essentiel est contenu dans les intentions de l'écrivaine, dans la suspicion apaisée de la narratrice. Jamais un mot trébuchant qui dénouerait une situation équivoque, comme celle de cette femme retraitée, qui se promène innocemment au parc de son quartier pendant que son mari travaille. Une rencontre inusitée lui fait ressentir une « poussée du désir jusque dans [ ses ] doigts, une marée de folie et de mystère qui [ lui ] couvre la langue ».
C'est dans cette veine de sensibilité au bout des yeux et des doigts que Lyne Richard élabore vingt-huit textes qui enchantent le lecteur par leur sobriété poétique, leur souffle tremblotant, tel un givre recouvre une vitre, en atténue les formes. Elle croise des regards éperdus qui lui demandent de prendre en considération les étrangetés d'hommes et de femmes, ne sachant trop où ils en sont, où se réfugier sinon dans des parcs, où mourir sinon dans un atelier d'artiste peintre. Ces êtres n'ont pas vraiment d'âge, ils ont vécu ce qui devait l'être, se confient dans le bien-être réconfortant des silences. Ils se meuvent dans l'enfance, comme nous le faisons lorsque l'innommable se produit sans aucune autre ressource que d'évoquer les années roses ou bleues, c'est selon. Années vertes pour d'autres. Il arrive que ces promeneurs s'agitant dans le temps et dans les lieux, se recoupent, rarement, mais comment résister à une femme dont le visage respire le bonheur, une femme amoureuse, se questionne l'homme de la nouvelle L'amoureuse. Un sans-abri, observant l'enfant avec sa boite contenant les larmes de sa mère, qu'il met « sur le tas de sacs verts » avant d'embarquer dans la voiture de son père. Émouvantes réminiscences qui n'ont d'autres ressources que de nous obliger à fuir ce qui a été si précieux. La fin du recueil sera partagée avec des renaissances, des ruptures, des tremblements. Avec Sara qui danse nue sur une autoroute au rythme d'une chanson de Leonard Cohen, sous les yeux ahuris des conducteurs et de son mari. Puis, l'écrivaine, avant de fermer son ouvrage, se met une dernière fois en scène, confiant au lecteur combien il est difficile de quitter un livre. Les exigences des protagonistes devant lesquels elle demeure impuissante. « Ils sont aussi vivants qu'une cicatrice sur un poignet. » Le lecteur, lui, se sent terriblement vivant, exalté, charmé par le talent d'une nouvelliste qui s'abrite derrière des mots qui n'ont de sens que pour l'éphémère d'instants vécus, rarement identiques quand ils se renouvellent.
Lyne Richard, étant une écrivaine discrète, on ne peut que plaider en faveur de ses histoires qui occupent, avec joie et sérénité, une partie de notre temps accordé à la lecture, celle-ci ralentissant volontairement son rythme pour se fixer longuement dans notre mémoire, sensible à la sobriété des mots qui nous apprennent l'indispensable de l'être humain.
Les cordes à linge de la Basse-Ville, Lyne Richard
Lévesque éditeur, Montréal 2018, 130 pages
Il est vrai que toute lecture s'avère subjective, donc émotive. Nous nous laissons emporter par des personnages qui, comme nous tous et toutes, ont subi moult déboires. Un livre est le miroir de nos conquêtes, surtout de nos défaites. Il suffit que nos failles soient malmenées par un semblant d'échec pour que nous nous mesurions à quelque situation insolite. Même la nostalgie est de papier. C'est ce qu'on a ressenti en lisant le troisième recueil de nouvelles de cette écrivaine qui, en quelques pages et quelques mots essentiels, a brossé des portraits d'hommes, de femmes et d'enfants, aux prises avec un moment de leur vie souvent douloureux. Chacune de ces nouvelles atteint une fibre blessée en nous, mal colmatée pour passer au travers sans un pincement au cœur.
D'emblée, Lyne Richard ouvre un éventail de péripéties, préparant le lecteur à éprouver quelque sensation chagrine. Elle présente l'écrivaine qui s'éveille en elle, comme pour nous avertir qu'elle n'est responsable de l'état de qui que soit. Seul son regard effleure les cordes à linge pleines du quotidien des protagonistes, se dépêtrant d'incidents propres à chaque vie humaine. Des surprises il y en a, des déceptions aussi. Un enfant qui enferme les mouchoirs de papier mouillés des larmes de sa mère qui ne se remet pas de l'abandon du père, enseignant, parti avec une étudiante. C'est banal en soi, mais c'est la manière de dire qui compte, et cette manière la nouvelliste la possède au bout de sa plume. Plus loin dans le livre, une adolescente doit quitter la chambre de son enfance pour continuer à grandir ailleurs. Sont dépeints tous les trésors enfouis, silencieux, entre les quatre murs de cette pièce enchantée. Nous avons envie de consoler la jeune fille, mais c'est son père qui se chargera de le faire. La nouvelle éponyme nous entraine avec un jeune homme qui, chaque lundi, étant en congé, fait sa tournée des cordes à linge. Il a fallu que l'auteure de cette magnifique fiction en fasse autant pour que les détails qu'elle décrit avec une précision déconcertante, nous emportent avec elle dans chaque rue de la ville — Québec —, nous fasse lever le nez vers ces témoins si humbles du corps souvent féminin. Il y a l'usure, tel un symbole, qui revient sans cesse. Les souvenirs du jeune homme, qui relate les récits de son père qui travaillait au cimetière. Du plus quelconque au plus affriolant, le linge se laisse porter non sur un corps mais dans les yeux attendris du narrateur. Les cordes à linge sont un prétexte enfantin pour se remémorer sa mère qui étendait le linge, sa grand-mère aussi. Les cordes à linge, conclut le jeune homme, « ce sont des générations de gestes d'amour ». Tout ceci murmuré, ébauché, jamais de fracas, ni de cris, comme dans le récit Les lames. Une femme, bien que déçue par les hommes, pense avoir trouvé un amoureux enfin compréhensif. Il passera une nuit chez elle, prépare le repas du soir quand elle est partie travailler. Tant de sollicitude lui fait perdre de vue cet homme différent de ceux qui ont piétiné sa vie, flétri les fleurs de son jardin secret. Quand, au bout d'une heure, elle ressort de la salle de bains, elle n'entend aucun bruit, dans le salon il n'y a personne. Subite méfiance relatée dans la question que pose la narratrice au milieu du salon désert. C'est un cri désespéré, un des rares cris du livre, qui sera pire que la déception de la femme ressentie avec ses anciens partenaires. Bouleversant texte rédigé en seulement quelques pages. L'essentiel est contenu dans les intentions de l'écrivaine, dans la suspicion apaisée de la narratrice. Jamais un mot trébuchant qui dénouerait une situation équivoque, comme celle de cette femme retraitée, qui se promène innocemment au parc de son quartier pendant que son mari travaille. Une rencontre inusitée lui fait ressentir une « poussée du désir jusque dans [ ses ] doigts, une marée de folie et de mystère qui [ lui ] couvre la langue ».
C'est dans cette veine de sensibilité au bout des yeux et des doigts que Lyne Richard élabore vingt-huit textes qui enchantent le lecteur par leur sobriété poétique, leur souffle tremblotant, tel un givre recouvre une vitre, en atténue les formes. Elle croise des regards éperdus qui lui demandent de prendre en considération les étrangetés d'hommes et de femmes, ne sachant trop où ils en sont, où se réfugier sinon dans des parcs, où mourir sinon dans un atelier d'artiste peintre. Ces êtres n'ont pas vraiment d'âge, ils ont vécu ce qui devait l'être, se confient dans le bien-être réconfortant des silences. Ils se meuvent dans l'enfance, comme nous le faisons lorsque l'innommable se produit sans aucune autre ressource que d'évoquer les années roses ou bleues, c'est selon. Années vertes pour d'autres. Il arrive que ces promeneurs s'agitant dans le temps et dans les lieux, se recoupent, rarement, mais comment résister à une femme dont le visage respire le bonheur, une femme amoureuse, se questionne l'homme de la nouvelle L'amoureuse. Un sans-abri, observant l'enfant avec sa boite contenant les larmes de sa mère, qu'il met « sur le tas de sacs verts » avant d'embarquer dans la voiture de son père. Émouvantes réminiscences qui n'ont d'autres ressources que de nous obliger à fuir ce qui a été si précieux. La fin du recueil sera partagée avec des renaissances, des ruptures, des tremblements. Avec Sara qui danse nue sur une autoroute au rythme d'une chanson de Leonard Cohen, sous les yeux ahuris des conducteurs et de son mari. Puis, l'écrivaine, avant de fermer son ouvrage, se met une dernière fois en scène, confiant au lecteur combien il est difficile de quitter un livre. Les exigences des protagonistes devant lesquels elle demeure impuissante. « Ils sont aussi vivants qu'une cicatrice sur un poignet. » Le lecteur, lui, se sent terriblement vivant, exalté, charmé par le talent d'une nouvelliste qui s'abrite derrière des mots qui n'ont de sens que pour l'éphémère d'instants vécus, rarement identiques quand ils se renouvellent.
Lyne Richard, étant une écrivaine discrète, on ne peut que plaider en faveur de ses histoires qui occupent, avec joie et sérénité, une partie de notre temps accordé à la lecture, celle-ci ralentissant volontairement son rythme pour se fixer longuement dans notre mémoire, sensible à la sobriété des mots qui nous apprennent l'indispensable de l'être humain.
Les cordes à linge de la Basse-Ville, Lyne Richard
Lévesque éditeur, Montréal 2018, 130 pages
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